Un collectif de citoyens veut sauver L'Eglise Saint-Jacques de Bordeaux

La photo peut choquer. Elle montre une église bordelaise du 15e siècle, la plus importante de la période jacquaire, transformée en parking. Ce patrimoine caché, au coeur de la ville, invisible de l'extérieur, appartient à un propriétaire privé. Un collectif veut le sauver. 

Photo de l'intérieur de l'Eglise Saint-jacques prise depuis la rue en mars 2020.
Photo de l'intérieur de l'Eglise Saint-jacques prise depuis la rue en mars 2020. © Jean-Pierre Nicolas
Depuis la rue du Mirail, la façade, bâtie au XIXe siècle, ressemble à des dizaines d'autres à Bordeaux.
 

Pourtant, derrière le rideau de fer, cachée des regards, se dresse une église du Moyen-âge. C'est le dernier vestige d'un hôpital-prieuré qui accueillait, au Moyen-Age, les pèlerins de Saint-Jacques de Compostelle empruntant la voie de Paris, l'une des deux grandes routes historiques vers la ville sainte en Espagnole. 

"Un monument ancien quasiment inconnu des Bordelais qui est en grand danger d’être détruit faute d’une quelconque protection" écrit le collectif 1120 Sauvons l'Église Saint-Jacques de Bordeaux. 

Car aussi incroyable que cela puisse paraître, cette église créée il y a 900 ans et reconstruite au XVe siècle n'est pas classée aux monuments historiques ni même à son inventaire. Hasard malheureux de son histoire qui l'a vu passer entre les mains des Jésuites quand le pèlerinage de Saint-Jacques de Compostelle était en perte de vitesse. Puis  elle est cédée à deux architectes bordelais quand la congrégation religieuse est expulsée de France et dépossédée de ses biens à la fin du XVIIIe siècle. 

Tour à tour théâtre, salle de spectacle ou de bals, elle servirait aujourd'hui de garage pour voitures et se dégrade petit à petit. La voûte de son chœur, comportant une clé de voûte du XVe siècle représentant saint Jacques, s’est écroulée en 2001. 
 
© Juan Reyero


Depuis quinze jours, un spécialiste de l’Aquitaine des rois d’Angleterre (XIIe – XVe siècle), diplômé de la prestigieuse université d'Oxford est en croisade : il veut sauver l'Église Saint-Jacques. 

Guilhem Pépin connaissait son existence. Il y a quelques années, il avait lu un article de Samuel Drapeau, Docteur en histoire de l'art médiéval à l'Université de Montaigne à Bordeaux. Publié sur internet en 2015, le texte fourmille d'informations sur le passé de l'hôpital-prieuré de Saint-Jacques, "probablement l'ensemble monumental médiéval le plus méconnu de la ville".

Pourtant, c'est à l'occasion de ses recherches sur les "rôles gascons", ces documents administratifs du Duché d'Aquitaine que Guilhem Pépin croise à nouveau la route des prieurs de Saint-Jacques. 

Sur la page Facebook de Bordeaux je me souviens, il tombe ensuite sur la fameuse photo prise de l'intérieur de l'Église, depuis la rue. 
Il comprend alors que le cliché peut émouvoir et lance le 5 mai un "collectif de citoyens bordelais et des habitants de la Métropole de Bordeaux afin de sauver ce monument bordelais exceptionnel".

Son premier but, explique Guilhem Pépin, est de faire découvrir le lieu aux citoyens bordelais 

C'est un patrimoine pour les générations futures qui concerne toute l’Europe avec les chemins de Saint-Jacques. 



En quinze jours, le post a été vu plus de 60 000 fois indique son auteur. 

 

Je suis le premier surpris. Il y a un nombre incroyable de Bordelais,  de citoyens qui m’envoient des photos qui me demandent ce qu’ils peuvent faire...

Officiellement, le collectif rassemble un petit groupe de spécialistes en histoire, urbanisme ou patrimoine. L'épidémie du coronavirus empêche, pour l'instant, toute réunion de plus de dix personnes. Mais Guilhem Pépin estime à plusieurs centaines ses membres actifs

Le deuxième objectif avancé par le collectif est de convaincre le propriétaire, une commerçante bordelaise de l'inscrire à l’inventaire supplémentaire des monuments historiques. Un statut avantageux (subvention de travaux, possibilité de défiscalisation) et qui encadre les travaux de restauration. Situé à quelques mètres de la limite du secteur protégé, le terrain s'étend sur près de 500 m2  et  pourrait aiguiser l'appétit de promoteurs immobiliers. La propriétaire, apparemment attachée à son bien, a jusqu'ici résisté. 
Mais juge Guilhem Pépin:  

Ce monument dépasse la propriété privée. Il appartient quelque part aux citoyens bordelais et surtout il appartient aux futurs bordelais. 


Car le but ultime du collectif, c'est de restaurer la voûte écroulée et l’église dans son intégralité pour l’ouvrir au public au moins lors des journées européennes du patrimoine.

Initié à l'histoire gasconne par son père, Guilhem Pépin confesse un rêve, personnel, celui d'en faire un «centre d’études médiévales sur l’Aquitaine des rois d’Angleterre"  le CEMARA et d'y associer un centre d’exposition essentiellement sur le Bordeaux médiéval et jacquaire pour lequel il a, là aussi, imaginé le nom : Roumieu, pèlerin en Gascon. Alors bien sûr, il le reconnaît, il n’a aucun pouvoir sauf celui de proposer mais la campagne des municipales pourrait vite reprendre et  il pourrait avoir une écoute attentive des candidats.  Le sujet emballe les réseaux sociaux et commence à sortir dans la presse. 

























 
Poursuivre votre lecture sur ces sujets
histoire culture
l’actualité de votre région, dans votre boîte mail
Recevez tous les jours les principales informations de votre région, en vous inscrivant à notre newsletter