Réouverture des terrasses mi-mai : des restaurateurs craignent le manque de main d'œuvre

Selon plusieurs élus qui ont assisté à une réunion de crise Covid-19 avec le Président Macron, jeudi 15 avril, les terrasses et musées seraient les premiers établissements à rouvrir au moment du déconfinement. Réaction à Bordeaux. L'Aquitaine et la côte ouest sont moins touchées par l'épidémie. 

Une terrasse à Bordeaux.
Une terrasse à Bordeaux. © Bernard Gouley / FTV

Des réouvertures des terrasses et des musées par étapes autour du 15 mai et étalées sur deux mois, voilà ce que prévoit le gouvernement. Mais pas encore de date précise. Une bonne nouvelle ?

40 % des restaurateurs ont des terrasses

"Chaque mesure qui nous rapproche de la réouverture est appréciable", commente Laurent Tournier président du syndicat Umih (Union des métiers et des industries de l'hôtellerie) en Gironde. "Les restaurateurs qui n'ont pas de terrasse ne sont pas concernés, mais cela reste une bonne nouvelle. Et ils sont prêts à rouvrir. On attend maintenant une date fixe".

Le gouvernement a confirmé que la réouverture se fera par phasages de trois semaines : mi-mai d'abord les cafés et restaurants avec terrasse, puis trois semaine après vers la mi-juin, la réouverture des sales avec jauge (pas encore précisée), et enfin début juillet la réouverture totale et "retour à la normale pour la sasion estivale, on espère".

On attend maintenant une date fixe de réouverture. Et on espère surtout que les chiffres du virus vont s'améliorer.

Laurent Tournier, président Umih 33

Franck Chaumes, restaurateur de l'Orangerie dans le Jardin Public de Bordeaux, veut rester optimiste. "C'est le bout du tunnel.On est impatient de retravailler, moralement cette situation, c'est horrible !"

Jauge ? Extension des terrasses ?

Le gouvernement n'a pas encore donné les détails de la reprise. Cela se fera dans les prochains jours en fonction de l'évolution de l'épidémie dont le pic est attendu vers la fin avril. Pierre Hurmic, le maire de Bordeaux, aimerait que les villes soient davantage associer aux modalités de reprise.
Il se dit favorable à la territorialisation pour adapter les mesures au cas par cas, c'est la clé de la réussite pour la sortie de crise et c'est ce qui a manqué jusque-là :l e manque de décentralisation durant la pandémie. L'Etat doit absolument associer les maires et les collectivités locales. 

Pierre Hurmic se dit ouvert aux demandes d'extension de terrasses à Bordeaux sur la voie publique "au cas par cas", pour aider les restaurateurs. "Nous sommes en contact avec l'UMIH pour travailler en ce sens."

Manque de personnel pour la reprise

"Notre crainte c'est le recrutement du personnel d'ici là car les gens sont partis travailler dans d'autres secteurs pour maintenir leurs revenus", explique Laurent Tournier.
Dans son restaurant, Franck Chaumes emploie 20 salariés pour le service. Avec la crise sanitaire et les confinements, "on a perdu le contact avec notre clientèle et aussi avec notre personnel. Nous serons obligés de reprendre avec de nouvelles personnes pas encore formées.

On aura du personnel pas qualifié pour la reprise.

Franck Chaumes, restaurateur à Bordeaux

"Il y aura aussi des enchères sur les salaires à cause du manque de main d'œuvre, les gens iront travailler dans le restaurant le plus offrant", s'inquiète le restaurateur bordelais qui emploie également une dizaine de personnes pour une activité "traiteur. "

Le syndicat Umih a demandé au gouvernement de maintenir le fonds de solidarité pour accompagner la reprise car tous les restaurateurs ne reprendront pas en même temps.
Le syndicat craint de fortes disparités comme en 2020 selon les régions et les localisations. Cet été, le bord de mer sera favorisé et les villes vont souffrir. "A Bordeaux, ville très touristique, on aura du mal à remplir les terrasses sans les touristes, il n' y a plus de croisière ni d'avion, et ce ne sont pas les locaux qui vont au restaurant quatre fois par semaine", redoute Franck Chaumes. 

Après l'euphorie de la reprise, ça va redescendre et ce sera une catastrophe à Bordeaux.

Franck Chaumes

En attendant cette hypothétique reprise mi-mai, les restaurateurs ont les yeux rivés sur la courbe de l'évolution du nombre de cas de Covid en France. "C'est la dernière ligne droite, les gens doivent vraiment respecter les gestes barrière et stopper les soirées clandestines. On est majoritairement sérieux dans notre profession et on a besoin de reprendre".

Le Chef Philippe Etchebest pas convaincu

Le chef étoilé bordelais Philippe Etchebest, qui défend la profession depuis le début de la crise sanitaire, ne croit pas à une reprise mi-mai et a réagi après les déclarations du président de la République. "Même le président n'est pas encore certain de ce qu'il pourra se passer".

Dans une interview donnée à nos confrères de France Info, il a déclaré "j'ai l'impression qu'on se rapproche du mois de septembre. Il y a de la lumière mais elle n'est pas très claire. Quand on entend les médecins, quand on voit les courbes d'épidémie et l'avancée de la vaccination cela ne laisse pas envisager forcément des très bonnes choses. Il y a beaucoup de paramètres qui rentrent en ligne de compte".

Selon lui, le modèle économique n'est pas prévu pour fonctionner à 50% d'activité. "Il y a le personnel, des charges incompressibles qui ne permettent pas de fonctionner à 50%. Cela veut dire qu'à partir du moment où les restaurants pourront rouvrir avec des jauges et des conditions particulières il va falloir un accompagnement du gouvernement derrière".  
Et pour l'instant, ce sujet n'est pas abordé. 

Poursuivre votre lecture sur ces sujets
covid-19 santé société confinement déconfinement économie crise économique social gastronomie culture