Crise énergétique : échange bois de chauffage contre entretien de la forêt

La pratique est ancestrale et encore aujourd’hui, semble bien pratique pour tout le monde. Elle consiste à abattre soi-même des arbres désignés par la municipalité, au cœur de la forêt communale, comme au Taillan-Médoc près de Bordeaux en Gironde. Une aubaine pour faire des économies, pour toutes les parties.

Échange bois de chauffage contre entretien de la forêt. Ceci n'est pas une petite annonce contemporaine, mais bien une méthode qui remonte au Moyen Âge. À cette époque, le seigneur des lieux accordait le droit de récolter du bois de chauffage dans ses forêts aux habitants des villages. Ce droit valait pour chaque foyer, d’où vient étymologiquement le terme d’affouage.

Au Taillan-Médoc, près de Bordeaux, on n'a pas oublié ce procédé toujours d’actualité, et qui parait de bon sens pour Madame la Maire.

Une tradition taillanaise

Aussi loin qu’il s’en souvienne, ça a toujours existé au Taillan-Médoc, nous raconte Michel Rondi, l’adjoint au maire chargé de la voirie, du domaine public et responsable de l’évènement. « Et autrefois les maires laissaient les Taillanais récupérer les bois morts". 

Lundi, comme chaque année, il assistera au tirage au sort des noms des administrés qui se verront attribué un lot à entretenir. Lui ne parle pas d’affouage, mais de cession de bois, car, dans ce cas précis, il y a un intermédiaire. C'est l’ONF (l'Office National des Forêts) qui cadre le dispositif.

Quoi qu'il en soit, le procédé est là : « On a généralement 10 à 15 lots de bois », 10 cette année pour 30 participants, « et du coup, on doit les attribuer par tirage au sort. Un lot correspondant de 3 à 7 stères. » nous explique-t-il. 

Autant dire, une sacrée économie pour les administrés, avec un stère de bois de chauffage aux alentours de la centaine d’euros en ce moment. 

Si ça ne rapporte pas grand-chose à la commune, l’adjoint nous parle de quelque 300 euros, ce qui compte est ailleurs.

C’est vraiment le maintien du lien social avec les administrés qui est important. 

Michel Rondi, adjoint au maire du Taillan-Médoc

Rédaction Web, France 3 Aquitaine

« C’est tout bénef pour tout le monde »

Agnès Versepuy a découvert la pratique en prenant ses fonctions de maire et depuis chaque année, elle propose cette mesure en conseil municipal. « Tous les ans, on délibère et on organise un tirage au sort auprès des habitants » nous explique-t-elle, convaincue par l’aspect « communautaire » de la mesure. 

Car le prix est une donnée essentielle dans cette affaire en or. À 10 euros la cession du stère de bois, pour du chêne ou de l’acacia, il y a des noms que l’on retrouve quasiment chaque année parmi les volontaires, des habitués du procédé. 

Jean-Claude Esquerre, est taillanais et fait partie des habitués, tous les 2/3 ans, il va couper son bois dans la forêt communale depuis une quinzaine d’année. Et même si cela est éprouvant, l’explication donnée par Jean-Claude est simple : il se chauffe au bois et brûle 5 à 6 stères par an. Alors quand il s’imagine les payer au prix du marché, tout de suite, il fait ses calculs, sachant que les lots de la commune sont des lots de 3 stères. « Ils parlent de 3 stères, mais on fait toujours presque 5 stères, donc y a pas photo. S'il fallait le payer au prix le bois, je ne sais pas si ma cheminée serait rentable, je crois que j’arrêterai de me chauffer au bois ». 

Sous la supervision de L’ONF 

Si la première réunion en mairie permet l’inscription de toutes les personnes volontaires, la deuxième, elle, fait généralement le tri, nous raconte l’adjoint. 

Car c’est le moment où intervient l’agent de l’ONF au moyen d’un "PowerPoint" détaillé pour former à la coupe de bois, et parmi les participants « Il y a des gens qui n’ont jamais tenu une tronçonneuse ». « L’année dernière, une dame est venue et croyait qu’on allait limite lui livrer le bois chez elle. Elle ne connaissait pas le système et elle n'était pas renseignée. » reprend-il. 

Il nous laisse imaginer sa tête quand il s’est agi de détailler le matériel nécessaire à la coupe, car reprend-il « Il faut avoir un minimum d’équipement recommandé, la tenue du coupeur de bois : la tronçonneuse, le casque, les lunettes et le pantalon spécial de protection. » 

Le vrai coupeur de bois qui leur enseigne quelques rudiments avant de les laisser seuls face à leur parcelle, c'est Laurent Viennet, agent de l’ONF sur le secteur du Taillan- Médoc entre autre.

Lui a une formation initiale de bûcheron et ne plaisante pas avec la sécurité, car chaque année, il se retrouve face à des néophytes.

"Ça m’est arrivé d’avoir des gens qui font demi-tour et qui me dise qu’il ne se le sente pas. Heureusement, on a la chance d’avoir des gens motivés. C’est assez prenant, et on ne s'improvise pas bûcheron ». Nous dit-il tout en nous expliquant qu’il a toujours la liste de « candidats de secours » pour pallier les désistements.

Par ailleurs, il sélectionne pour plus de sécurité des arbres aux dimensions « réduites ». « Les concessionnaires ne peuvent pas couper des arbres de plus de 30 cm c’est trop dangereux. L’année dernière, un monsieur ne se l’est pas senti, je lui ai répondu, je préfère que vous disiez non que de vous mettre un arbre sur la tête. ». 

Mais très vite, il nous parle des habitués qui sont toujours un peu dans les parages. "Ils s’entraident en fait."

La maire, elle, nous parle également de ces bûcherons du dimanche.

« Avec les nouvelles populations qui viennent de région parisienne, on s’est rendu compte que ce qui peut être évident pour nous ne l’est pas pour les autres » raconte Agnès Versepuy, en évoquant les découvertes de ces néo-ruraux et notamment de l’un d’entre eux. Celui-ci s’est essayé l’année dernière à l’affouage et s’est vu désigné sa parcelle et surtout les arbres à couper sur celle-ci. "Les arbres sont bien marqués et pourtant la personne a coupé toute la parcelle" rit-elle en narrant ce couac. "On s’est demandé si on avait bien tout expliqué". 

Un créneau pour l’ONF 

Depuis 1991, les 130 hectares de la forêt du Taillan-Médoc, classés « Forêt de protection », sont entretenus par la mairie en collaboration avec l’Office National des Forêts. Car il faut en entretenir les massifs pour éviter les accidents et permettre aux résidents de fréquenter les parcours sportifs et aux chasseurs de chasser en sécurité.

Alors ce débroussaillage à pas cher est une aubaine pour l’organisme qui voit d’un bon œil ces coupes annuelles. "Ça crée des respirations dans la forêt pour que les semis puissent pousser avec plus de lumière et de place". L'Office est le référent pour les communes qui souhaitent procéder ainsi.

"Dans la Communauté urbaine de Bordeaux, Le Taillan c’est la seule commune qui en fait tous les ans, car ils ont vraiment axé sur le social avec ces cessions" nous raconte Laurent Viennet.  

"Sur la métropole, il y a une dizaine de communes qui en délivrent ponctuellement, mais qui ne font pas de pub et ne sont pas forcément identifiées pour."  

Au Taillan-Médoc, la prochaine réunion pour les volontaires devrait se dérouler le vendredi 3 février en mairie. Juste après, les chanceux tirés au sort pourront organiser leur coupe durant 2 mois. Quant aux autres, ils seront classés prioritaires sur les listes de volontaires dès l'année prochaine.