Gironde : après les orages de grêle, la pénurie de tuiles empêche les sinistrés de recouvrir leurs toits

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Écrit par Hugo Lauzy avec Léa Breuil et Camille Michelland

Les dégâts des dernières intempéries qui se sont déroulées en début de semaine en Gironde sont encore bien visibles sur les toits de plusieurs milliers de maisons. Les réparations s'effectuent alors sous un rythme effréné et dans un contexte de pénurie de tuiles qui pénalisent à la fois les sinistrés et les professionnels du secteur.

Des toitures souvent pulvérisées et recouvertes par des bâches de fortune. La conséquence directe des récentes intempéries et des orages de grêle qui se sont abattues du lundi 20 au mercredi 23 juin et ont laissé d'importants stigmates sur les toits de milliers d'habitations du sud-ouest et plus particulièrement en Gironde. De la casse à tous les niveaux et notamment en ce qui concerne les tuiles.

Un matériau de construction sous tension et devenu de plus en plus rare ces derniers jours. Les demandes ont rapidement été supérieures à l'offre disponible, ce qui a submergé l'ensemble du secteur en passant des producteurs aux fournisseurs, et ce jusqu'aux couvreurs. Une situation climatique exceptionnelle et aux répercussions multiples après la précocité des épisodes de forte chaleur du mois de juin. 

Des fournisseurs déjà en rupture de stock face à la demande

Débordés depuis le début de la semaine, les couvreurs ne cessent de s'activer sur des dizaines de toits chaque jour. Objectif : répondre au plus vite aux besoins de personnes aux toitures percées et totalement dévastées par la taille de certains grêlons semblables à des balles de golf. Des interventions en urgence qui se multiplient sur tout le département, mais dont plusieurs restent seulement provisoires avec des bâches.  

Il y a certains produits qu'on ne peut plus vendre aujourd'hui avec tout ce qui est parti depuis le début de la semaine. On n'a même pas encore de dates de réception pour les prochaines livraisons.

Une gérante de magasin de matériaux de construction à Villenave d'Ornon

France 3 Nouvelle-Aquitaine

Le résultat d'une forte demande en tuiles chez les spécialistes ou devant les magasins de matériaux de construction qui croulent sous l'affluence des clients. Certaines gammes de tuiles font même déjà défaut, comme ici à Villenave d'Ornon : "Il y a certains produits qu'on ne peut plus vendre aujourd'hui avec tout ce qui est parti depuis le début de la semaine. On n'a même pas encore de dates de réception pour les prochaines livraisons", admet une des gérantes.

Un ralentissement global de la production de tuiles et une augmentation du prix des matières premières

Autre raison plus profonde de ce manque soudain de tuiles, la crise du Covid-19 a ralenti toute la chaîne du secteur et provoqué l'arrêt brutal de la production de tuiles pendant de longues semaines. Face à cette rareté d'un matériau indispensable, les prix se sont également envolées profitant de la crise ukrainienne et de la hausse des prix du gaz. Le tout dans un contexte d'inflation généralisée à tous les étages de la société.

"Il y a eu les prix de l'énergie et notamment du gaz qui a fortement augmenté ces derniers temps. Et pour produire de la terre cuite, on a besoin de ces ressources pour les usines et les fours, détaille Baptiste Lazaro, vendeur expert conseil dans un magasin de matériaux de construction. Malheureusement, le coût a été trop important à supporter et ces mêmes usines ne sont plus arrivés à suivre tout simplement."

Même constat partagé sur le terrain du côté des couvreurs. "On a pris environ 13 à 17% d'augmentation tous les deux à trois mois sur les produits bruts, comme le zinc, la tuile, les solins... Mais malheureusement, ce n'est pas nous qui sommes les principaux impactés par tout ça, ce sont les clients", reconnaît Johny Sterle, artisan couvreur sur Bordeaux et sa banlieue proche.

Selon les professionnels, les réparations comme les délais de livraison en tuiles risquent de prendre des mois jusqu'en 2023, en fonction des différents réapprovisionnements, pour que les sinistrés puissent retrouver complètement un toit et non plus une simple bâche au-dessus de leur tête.