Le prix record du chocolat dissuade les acheteurs : "avant, c'était le lapin d'un kilo, maintenant, c'est plutôt 200 grammes"

À 10 000 dollars la tonne, le prix du cacao n'a jamais été aussi élevé. Une hausse exponentielle qui se répercute directement dans les magasins. À la veille des fêtes de Pâques, les artisans chocolatiers de Gironde font leur maximum pour ne pas alourdir les dépenses des consommateurs.

Tradition du week-end de Pâques, le chocolat est de nouveau à l'honneur sous toutes ses formes, pour réaliser l'incontournable chasse aux œufs. Cette année, le butin s'annonce pourtant plus léger. "Avant, c'était la poule ou le lapin d'un kilo, maintenant, c'est plutôt du 200 grammes", plaisante une consommatrice, ses emplettes dans les mains.

"Il y en a plusieurs qui m'ont plu, mais j'avoue que je n'ai pas franchi le pas parce que je ne peux pas me le permettre", regrette une autre. En cause, l'augmentation de 170 % du prix de la tonne de cacao. Elle s'établit à environ 9 200€ en mars 2024, soit environ 10 000 dollars. Le dernier record remonte à 1977. La tonne coûtait alors 5 500 €.

Multiplication des sécheresses

Sur le marché international, le cours du cacao, source principale du chocolat, ne cesse d'augmenter et frôle la barre symbolique des 10 000€. Cette hausse importante s'explique principalement par la multiplication de sécheresses, entre autres, en Afrique de l'Ouest. Dans le monde, la Côte d'Ivoire et le Ghana sont les deux premiers pays producteurs de cacao. Ils fournissent près de 60 % de la production mondiale de fèves. "Quand ils ont des soucis, ça déséquilibre l'ensemble des achats, ce qui va perturber l'activité du cacao et du chocolat", explique Jean-Paul Carrère, président de l'Académie du chocolat de Bayonne, qui œuvre à la défense du chocolat basque.

Des perturbations qui se répercutent directement en magasin. "J'ai l'habitude d'acheter du chocolat. Là, le prix a doublé depuis l'année dernière", estime une consommatrice face aux étals d'une boutique girondine.

Ne pas impacter le client

Certains artisans ont pourtant fait le pari de préserver leurs clients au maximum. C'est le cas d'Hasnaâ Ferreira, chocolatière à Bordeaux, qui tente de limiter ses coûts de production autant que les hausses de prix."Depuis le début de la crise inflationniste, je n'ai pas augmenté mes tarifs, insiste-t-elle. Je rogne sur la marge, ce qui n'est pas bien et j'optimise ma production."

Pour limiter ses frais, la chocolatière a fait le choix de réorganiser sa façon de travailler en investissant dans un laboratoire plus grand et mieux équipé. "On perdait 30 % du temps de travail à chercher de la place, rien que ça, c'est un gain de temps et d'argent énorme pour l'entreprise", illustre Hasnaâ Ferreira. 

Je trouve qu'il ne faut pas abuser et considérer le client comme une vache à lait. 

Hasnaâ Ferreira

chocolatière

Une nouvelle manière de travailler, mais aussi une plus grande productivité. "La cristallisation des recettes qui pouvaient prendre avant quatre heures pour du praliné, là, va prendre dix minutes", donne la chocolatière en exemple.

La qualité plutôt que la quantité

Pour le moment, ces solutions alternatives suffisent à maintenir des prix corrects, mais les inquiétudes restent présentes. "Les producteurs préfèrent vendre à un prix élevé sans exigence de qualité et le risque, c'est de faire un produit de qualité médiocre, mais qui est vendu quand même cher", détaille Hasnaâ Ferreira.  

Toutes les matières premières ont augmenté, la crème, le beurre, le sucre et même le packaging, c'est +150%.

Hasnaâ Ferreira

chocolatière

Des dérives qui pourraient faire du mal à la renommée de la profession, régulièrement assimilée à des produits de luxe et de qualité."Les prix changent tout le temps, ils montent, ils baissent, ça fluctue tout le temps. Mais le nerf de la guerre, c'est la qualité", souligne la chocolatière.

De nouvelles opportunités pour les consommateurs

Les chocolateries artisanales restent toutefois moins touchées que les industrielles qui achètent en grande quantité dans les principaux pays producteurs. Les petits chocolatiers, quant à eux, misent davantage sur la qualité en diversifiant les lieux de production. "Vous avez, un petit peu de Mexique, de Venezuela, Madagascar, Vietnam, énonce Jean-Paul Carrère, président de l'Académie du chocolat de Bayonne. Là, il y a une autre philosophie, ce n'est pas le volume qui compte, mais la qualité, c'est un  peu comme ce qu'on fait avec le raisin pour le vin par exemple."

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La hausse du prix du cacao se répercute directement en magasin. ©Justine Roy Laure Bignalet France 3 Aquitaine

De nouveaux lieux de production qui peuvent parfois apporter un goût différent. "Paradoxalement, la montée en prix du monde industriel fait en sorte que le consommateur va se tourner plus facilement vers produits de l'artisan", abonde Jean-Paul Carrère. 

Pour autant, artisans comme industriels, espèrent une diminution du prix du cacao dans les prochains mois.

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