Lot-et-Garonne : le projet "Garonne Fertile » à la reconquête du fret fluvial alimentaire vers Bordeaux

La péniche  "Tourmente" s’élancera le 3 mai depuis le port de Damazan vers Bordeaux, chargée de produits agro-alimentaires de Lot-et-Garonne. Un voyage test, entre canal et Garonne, aux enjeux économiques, territoriaux et écologiques qui dépassent de loin cette simple épopée fluviale.

La péniche Tourmente partira de Damazan le 3 mai pour rallier Bordeaux le 7.
La péniche Tourmente partira de Damazan le 3 mai pour rallier Bordeaux le 7. © DR / Comptoir du canal

Lundi 3 mai, la péniche Tourmente quittera le port de Damazan, dans le Lot-et-Garonne, pour rallier Bordeaux, chargée de produits alimentaires Lot-et-Garonnais. Un voyage-test sur le canal de Deux-Mers et la Garonne, au service du renouveau du fret fluvial, mais pas seulement... Avec cette initiative, des acteurs de l’alimentation, de fret fluvial et certains territoires Lot-et-Garonnais, vont coopérer pour accompagner la construction de systèmes alimentaires et de transport trans-territoriaux plus justes et résiliants.

Après une première rencontre à Bordeaux le 11 septembre 2020 à l’initiative de la fédération Agir pour le Fluvial, les choses sont allées très vite. Un alignement de planètes enfin favorable entre volonté politique, transporteurs, chargeurs, distributeurs et restaurateurs, a permis de mettre en place ce premier voyage expérimental de la péniche "Tourmente", qui quittera Damazan le 3 mai en direction de Bordeaux. 

Publiée par Voyages entre Deux Mers sur Mardi 20 avril 2021

Réduire l'empreinte carbone du transport routier 

MBSO (Manger Bio Sud Ouest) fait partie de l’aventure. Né voilà dix ans, cette coopérative de distribution de produits biologiques pour la restauration collective régionale, regroupe plus de 350 producteurs, militants et engagés pour une alimentation de qualité et une agriculture durable.

"Nous faisons plus de 3500 livraisons par an principalement vers Bordeaux" résume Benjamin Labelle directeur de MBSO."Est ce que le transport fluvial pourrait contribuer à la réduction de notre CO2 ?" se demande-t-il.

Depuis leur plateforme de Damazan, à 2 kilomètres du canal, le transport par bateaux se présente comme une belle alternative au routier pour diminuer l'empreinte carbone. Une dernière bataille à mener pour Benjamin Labelle. Il n’est pas le seul à y croire, de nombreux petits producteurs locaux se sont manifestés pour charger les cales du Tourmente le long du parcours.

Le bateau chargera sur différents sites dans le but de valider les conditions de chargements de palettes et de produits alimentaires.

Faire vivre le canal des Deux-Mers 

Défendre le canal, l’association Vivre le Canal s’y emploie depuis 2012. Basée à Cesseras, dans l’Hérault, elle oeuvre à la promotion du Canal des Deux Mers entre Sète et Bordeaux, par de nombreuses actions de sensibilisations. Associée à la SAS Equipage, propriétaire de la péniche "Tourmente", elles participent à la sauvegarde de la batellerie et du fret fluvial et à sa promotion auprès des territoires.

Gestionnaire des canaux, VNF ( Voies Navigables de France) finance une partie du projet via le PARM (Plan d’Aide au Report Nodal). Notamment en assumant le delta entre le prix camion et le prix bateau, qui est aujourd’hui plus cher. Mais pour Catherine Jauffred, de l’association Vivre le Canal, le voyage-test va servir à déterminer les conditions de l'après, quels modèles économiques, volume, conditionnement, quelles marchandises, manutention, fréquence, quels sites, etc.

"Nous défendons l’idée que tous les canaux sont susceptibles de recevoir du transport de marchandises et du tourisme fluvial. Les deux ne sont pas incompatibles" souligne Jean Marc Samuel, propriétaire du "Tourmente". La notion de rentabilité est dépend directement de la marchandise transportée et non du tonnage.

Egalement président de la Fédération Agir Pour Le Fluvial (APLF), Jean Marc Samuel voit dans cette expérimentation une valeur d’exemple. "Un des plus petits réseaux, l’un des plus défavorisé de France et d’Europe va devenir un cas d’école" s’enthousiasme-t-il. "On peut arriver au coeur de Bordeaux sans emmerder personne".

Bordeaux, Toulouse, Montpellier, Avignon, Lyon. De nombreuses villes en France pourraient accueillir davantage du fret fluvial.

Premiers et derniers kilomètres décarbonés…

Les camions de MBSO roulent au gaz naturel, et concernant la logistique et les livraisons, aux points de déchargement à Bordeaux (ponton d’honneur) puis à Darwin Eco-système, le dernier kilomètre sera assuré par les vélos-cargos et les camions des Ateliers Remue-ménage.

…En attendant mieux : vers le halage à l’hydrogène

L’association Hydrogène Vallée installée à Tonneins s’est également embarquée dans l’aventure."

"Je vois dans ce projet de fret fluvial l’opportunité d’une production d’énergie renouvelable locale, mais c’est aussi l’occasion d’apporter de bonnes nouvelles sur notre territoire", souligne Gwenaël Bourdic, fondateur d’Hydrogène vallée.

"La péniche à hydrogène ce n’est pas pour demain. On n’a pas encore la technologie et on n’a pas la réglementation qui le permet", affirme-t-il. "Mais au travers de projets pilotes et pertinents comme celui-ci, on fera émerger une filière durable et bien ancrée dans nos territoires et qui constituera des opportunités d’emplois pour les jeunes."

Des restaurateurs Bordelais engagés en bout de chaîne

Actif dans le collectif pilote de "Garonne Fertile", Casa Gaïa est un restaurant locavore de bordeaux qui œuvre à minimiser son impact écologique, à faire vivre les savoir-faire culinaires et paysans et soutenir une économie locale et solidaire.

Partisans d’un lien direct du champs à l’assiette, Clémence Bardaine et Mounir Créanza co-fondateurs, cherchent à sensibiliser les habitants à l’alimentation vivante et décarbonée et aux démarches agroécologiques des producteurs. "On décide de qui on fait vivre sur notre territoire par nos choix alimentaires", aime à dire Clémence Bardaine.

Un temps chercheuse au Laboratoire ParisTech et diplômée de l’école paysagère de Versailles, elle met son expertise au service des projets en circuits courts. Clémence Bardaine animera des un ateliers prospectifs le vendredi 7 à la maison Ecocitoyenne de Bordeaux (À suivre de 15h à 18h sur Youtube).

L’aventure se terminera par un marché de producteurs et d’artisans, le samedi 8 mai sur le quai Richelieu à Bordeaux. La cale du Tourmente s’ouvrira au public pour une rencontre avec les producteurs-chargeurs et les acteurs du voyage. En fait, le début de l’aventure.

Poursuivre votre lecture sur ces sujets
agriculture économie transports maritimes transports écologie environnement