“Ne laissez pas mourir notre école de musique” : le cri du coeur des élèves-musiciens de Blaye

Publié le Mis à jour le
Écrit par Barbara Gabel

Ils se battent contre la fermeture de l'école de musique intercommunale de Blaye (Gironde). Ce samedi 5 février, une trentaine d’élèves et leurs parents se sont mobilisés pour exprimer leurs inquiétudes. La communauté de communes a annoncé que l’année scolaire en cours était la dernière avant que la structure ne passe du statut public à associatif.

Vivez le Festival Interceltique : Le Festival Interceltique de Lorient 2022

Une réplique en carton de leurs instruments… pour les déposer dans un faux cercueil. Le message est fort pour ces jeunes enfants et adolescents. Ils étaient une trentaine à se mobiliser avec leurs parents ce samedi 5 février 2022 contre la fermeture de l’école de musique intercommunale de Blaye (Gironde).

Gérée par la communauté de communes de Blaye (CCB), la structure, qui compte 160 adhérents, devrait fermer ses portes en juin 2022 pour rouvrir à la rentrée sous un statut associatif.

“On n’a plus rien à perdre !”

“SOS école de musique en danger”, “Sauvons l’école de musique”, peut-on lire sur les pancartes des enfants. À l’origine de cette initiative : Milo, 12 ans. Il se rend trois fois par semaine à l’école de musique pour ses leçons de solfège et de flûte traversière.

Dès qu’il a su que l’école de musique était en danger, il a décidé d’organiser une action coup de poing. “On n’a plus rien à perdre !”, explique-t-il. “Ça me révolte, je veux que l’école reste ouverte. Pour moi et pour beaucoup d’élèves, c’est important de continuer la musique.” 

Sa mère assure ne pas s’être mêlée du projet de son fils. “Forcément, il n’a que 12 ans alors je le surveillais quand il distribuait des tracts, mais c’est tout”, témoigne Marie Charbonnier. 

Elle poursuit : “Les enfants ne veulent pas de changement. Nous, en tant que parents, on est prêts à faire des concessions. Mais ici, on est déjà dans un territoire enclavé. Alors faire l’aller-retour dans l’une des autres écoles de musique à 20 minutes de route aller-retour, trois fois par semaine, ça va être compliqué”.

L'inquiétude des parents d'élèves

Inquiets du devenir de la structure, une trentaine de parents d’élèves de l’école de musique multiplient les actions au sein de l’association FasilaBlaye depuis septembre 2021. Manifestations, sollicitation des élus de la CCB, participation aux conseils communautaires… Une pétition a notamment réuni plus de 2.400 signatures.

“On essaye de faire du bruit car perdre l’enseignement de la musique, c'est perdre une partie de la culture !”, dénonce Gilles Rudelle de l’association FasilaBlaye.

“Nous avons soumis plusieurs propositions à la CCB pour réduire le coût pour la collectivité comme la tarification adaptée sur la base d’un quotient familial ou encore le développement de cours collectifs. Mais tout ce qu’ils veulent, c’est qu’une structure associative prenne le relais !”

Ce statut associatif inquiète Audrey Brown. Maman de deux enfants inscrits à l’école de musique, elle craint de voir les frais d’inscription grimper en flèche. “Actuellement, je paye 350 euros par an et par enfant”, détaille-t-elle. “Mais en associatif, la participation financière des parents, c'est le triple de ça, voire plus.”

Son aîné, Cyd, 9 ans, qui participe à la mobilisation du jour, a grandi avec l’école de musique. Il a suivi l’éveil musical pendant trois ans à la crèche, et a fait un an de guitare. Il est aujourd'hui en deuxième année de percussion. “On comprend qu’il y a un souci de budget et qu’il faut trouver des solutions”, confie Audrey. “Mais on a l’impression qu’il n’y a pas de réel désir de vouloir sauver l’école.”

Vers une "mutation de l'enseignement musical"

Une accusation dont se défend la Communauté de communes de Blaye (CCB). “La question n’est pas de sauver l’école de musique mais de proposer une mutation de l’enseignement musical”, précise Yoann Brossard, vice-président de la CCB en charge de la culture et du tourisme.

Créée il y a trente ans, l’école de musique de Blaye n’a connu “aucune évolution structurelle”, assure Yoann Brossard. Aujourd'hui, près de 90 % du budget culturel de la CCB (300.000 euros au total) est consacré à la musique, laissant de côté “le théâtre, le chant, la danse que l’on n’aide pas du tout”, regrette le vice-président de la CCB. Autre argument : d’après les statistiques des huit dernières années, “il y a un taux d’abandon très important”, précise Yoann Brossard. “Sept enfants sur dix ne vont pas jusqu’au bout des quatre années du cursus d’apprentissage.”

L’investissement pour l’école de musique est surdimensionné par rapport à nos capacités de petite communauté de communes. L’idée est de réinvestir cet argent public vers la coordination et la médiation pour construire une vraie politique culturelle de territoire.

Yoann Brossard, vice-président de la CCB en charge de la culture et du tourisme

Sauf retournement de situation, la décision de faire passer la structure d’un statut public à associatif sera adoptée par les élus des 20 communes du territoire le 2 mars prochain, à l’occasion du prochain conseil communautaire.

CARTE. Blaye, Gironde