"Nous ne vivons plus et son assassin refait sa vie tranquillement", proches de victimes de la route, ils demandent la création d'un "homicide routier"

La place Pey-Berland, à Bordeaux, a accueilli ce samedi 11 mai un repas en hommage aux victimes de la route. Parmi elle, une mère témoigne du drame qui a bouleversé sa vie en 2022. Comme les autres familles, elle demande la reconnaissance de "l'homicide routier".

Sur la place Pey-Berland, à Bordeaux, la table est mise. Au total, 70 couverts sont dressés. Des étiquettes, comportant un prénom et un âge, semblent attendre les convives. Pourtant, ils ne viendront pas. Ces noms, ce sont ceux des victimes des accidents de la route, en Gironde, en 2023. Cette action a été organisée par le collectif Justice pour les victimes de la route.

171 km/h, sous stupéfiant

Parmi les noms, il y a celui d’Anthony Georget. Le jeune homme a perdu la vie à 30 ans, sur la rocade bordelaise, au cours d’une nuit de mai 2022. “Il a été percuté par la droite par une voiture qui roulait à 171 km/h au lieu de 70. Anthony a volé. Sa voiture était en charpie”, rappelle sa mère, Laurence Papon-Fournier.

Le 16 mai prochain, il y aura une chaise vide pour son anniversaire.

Laurence Papon-Fournier,

Mère d'une victime de la route

La voix fragile, les yeux brillants, cette maman raconte cette matinée où tout a basculé. “Les policiers et pompiers ont sonné vers 8 h en me disant qu’Anthony avait eu un accident, et qu’il était décédé. Au téléphone, je n’ai pas réussi à le dire à mon compagnon”, se souvient, avec douleur, Laurence Papon-Fournier.

S’ensuivent alors des jours hors du temps, où cette mère, épaulée par son compagnon, ses deux filles ainsi que la compagne d’Anthony se mettent en “pilote automatique”, entre procédures judiciaires et préparation des funérailles. “Il fallait faire une autopsie pour prouver qu’il n’avait pas fait de malaise. On a dû insister pour pouvoir le voir”.

On ne vit plus comme les autres depuis deux ans. Son assassin, lui, refait sa vie tranquillement, en liberté.

Laurence Papon-Fournier

Mère d'une victime de la route

Sur les conseils des policiers, les parents d’Anthony portent plainte contre celui qu’ils nomment aujourd’hui “l’assassin” de leur fils. “C’est un individu qui est connu de la police. Il était sous stupéfiant, aurait jeté des bonbonnes de protoxyde d’azote. Pour moi, c’est un assassin”, souffle la mère de famille, toujours en attente d’un procès.

Homicide routier

Aujourd’hui, ces accidents de la route sont qualifiés d’homicides involontaires, avec des circonstances aggravantes. Des mots insoutenables pour les familles des victimes. “On ne peut pas accepter que ce soit involontaire. On veut faire la différence entre un accident lié au verglas ou au soleil, et la délinquance routière”, martèle Nathalie Prieto y Cosio.

Si on prend la voiture sous alcool ou stupéfiant, c'est volontaire. On sait ce qu'on fait et les risques que l'on prend.

Nathalie Prieto y Cosio

Vice-présidente du collectif Justice pour les victimes de la route

Depuis une dizaine d’années, ces associations demandent à créer une qualification d’homicide routier pour caractériser ces décès par accident avec des circonstances aggravantes. Ce 27 mars, le Sénat a approuvé une proposition de loi en ce sens. Une avancée pour les familles qui espèrent que la loi sera prochainement promulguée.

Une modification qui reste cependant symbolique puisque les peines encourues resteront les mêmes. Les prévenus encourent jusqu’à 10 ans de prison. “Je veux qu’il prenne le maximum, pour qu’il comprenne, lui et tous les autres, qu’on ne rigole plus. Il doit prendre conscience de la gravité de ce qu’il a fait. Si on l’avait jugé avec plus de fermeté avant, peut-être qu’Anthony serait là aujourd’hui”, regrette Laurence Papon-Fournier.

Ce samedi 11 mai, l’hommage rendu à ces victimes est organisé par le collectif qui demande la mise en place d’une journée d’hommage national, chaque 16 mai. “Nos victimes sont des oubliés. Nous avons envoyé des centaines de courriers au Président, aux institutions, nous n’avons jamais eu de réponse”, regrette Nathalie Prieto y Cosio, vice-présidente du collectif Justice pour les victimes de la route. En 2023, 3 402 personnes sont décédées sur les routes. Les deux premières causes sont l’excès de vitesse et l’alcool.

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