"On n'aime pas se faire prendre pour des pigeons" : des milliers de motards rassemblés pour protester contre le contrôle technique

Le contrôle technique pour les deux-roues et trois-roues motorisés va devenir obligatoire à partir de lundi 15 avril. En colère contre cette mesure, des milliers de motards se sont mobilisés ce samedi 13 avril en Nouvelle-Aquitaine, à Bordeaux, Pau, Bayonne ou encore Poitiers.

Des milliers de motos roulant au pas, pour manifester leur colère. À Pau, Bayonne, Bordeaux, ou encore Poitiers, comme dans de nombreuses villes en France, des motards se sont rassemblés en nombre ce samedi 13 avril. Tous protestent contre le contrôle technique, qui va devenir obligatoire pour leurs engins à partir du lundi 15 avril.

Les deux-roues et trois-roues motorisés vont en effet être soumis, comme les voitures, à un examen payant et obligatoire de leur véhicule. La Fédération française des motards en colère (FFMC) demande l'annulation du décret, protestant contre un contrôle inutile et coûteux.

700 motards rassemblés à Pau

À Pau, un cortège d'environ 700 motos s'est élancé du Zénith, à 14 heures, pour rallier le centre-ville en roulant au pas. Après un arrêt sur le rond-point du parc des expositions, le rassemblement a emprunté de boulevard des Pyrénées, avant de finir devant la préfecture des Pyrénées-Atlantiques.

"C'est un rassemblement de motards citoyens, qui n’aiment pas se faire prendre pour des pigeons", pose d'emblée Pascal Avoyne, président de la FFMC des Pyrénées-Atlantiques. L'un des arguments avancés pour justifier ce contrôle technique obligatoire est celui de la sécurité, afin de faire diminuer le nombre d'accidents de la route. "Mais, selon une étude, on n'a que 0,3 % des accidents qui pourraient être liés à des causes mécaniques sur nos machines", proteste Pascal Avoyne.

Un motard, c'est sa peau qui est sur la moto. Donc on fait tous très attention à nos machines.

Pascal Avoyne

Président de la Fédération des motards en colère des Pyrénées-Atlantiques

"À chaque sortie, on vérifie la pression des pneus, la tension des chaînes, les freins, la signalisation, témoigne Sébastien Gilabert, motard venu de Sauvagnon. C'est un petit contrôle qui dure dix minutes, on passe tout en revue avant de partir."

L'autre argument avancé pour justifier le contrôle technique, celui de la lutte contre les nuisances sonores, ne passe pas non plus auprès des motards. "Pour démonter et remonter un pot d'échappement de moto, il faut entre cinq et dix minutes. Donc vous pouvez très bien démonter un échappement bruyant, aller faire le contrôle technique et quand vous revenez chez vous, c'est comme c'était avant", dénonce Pascal Avoyne.

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Environ 400 motards à Poitiers

À Poitiers (Vienne) aussi, les moteurs ont vrombi sous la colère des motards. Selon eux, ils étaient environ 400 à être rassemblés dans la Vienne, dont 200 collègues venus de Tours (Indre-et-Loire). Manuel Repentin, coordinateur départemental de la Fédération française des motards en colère du 86, fait partie de ceux qui ne comptent pas accepter cette décision : "On ne va pas se laisser faire, c’est un combat qui n’est pas perdu. On ne veut pas de ce contrôle technique, il n’a pas lieu d’être, il n’améliorera en aucun cas la sécurité, ni l’environnement, ni le bruit, ni rien du tout. On est pris pour des vaches à lait et on ne veut pas être des vaches à lait."

Les manifestants ont été reçus à la préfecture de la Vienne et ont défilé dans les rues. Face à cette nouvelle mesure, c’est aussi l’incompréhension qui règne chez les propriétaires des cylindrées. "L’entretien, on le fait tous les matins avant de prendre notre moto", s'offusque Manuel Repentin. "Une moto qui n’est pas entretenue, c'est l’hôpital direct. D’ailleurs au permis, on apprend à contrôler sa moto, on n’a pas besoin d’un contrôle technique."

Des défilés partout en Nouvelle-Aquitaine

À Bordeaux, plus d'un millier de deux-roues s'étaient donné rendez-vous sur la piste d'accélération de Labarde, pour manifester contre la mise en place du contrôle technique. Du côté de la côte Basque, des centaines de motards, et même quelques trois-roues motorisés ont aussi défilé ce samedi après-midi, entre Biarritz, Anglet et Bayonne.

"Il faudrait que les autorités nous écoutent, et surtout qu'ils essayent de nous comprendre, demande Dominique Loubière, coordinateur adjoint de la FFMC des Pyrénées-Atlantiques, présent sur la côte basque. Il faudrait qu'ils comprennent que le budget, l'entretien que représentent un deux-roues motorisé est conséquent."

"Aujourd'hui, la colère gronde, l'eau commence à frémir. Il faudrait que le gouvernement en prenne conscience, de façon à ce que ça ne rentre pas en ébullition", met en garde le coordinateur adjoint.

Boycotter les centres

Partout en Nouvelle-Aquitaine, et en France, les motards en colère appellent au refus du contrôle technique, et même au boycott des centres acceptant de les réaliser. Le site "Balance ton centre" répertorie tous ceux qui acceptent de réaliser les contrôles techniques de deux-roues : "Ils ne verront plus nos voitures, plus nos camions, plus nos autobus... pour eux, c'est une perte d’argent catastrophique", assène Pascal Avoyne.

Faut qu'on continue de mettre la pression, de taper là où ça fait mal, c'est-à-dire au porte-monnaie.

Pascal Avoyne

Président de la Fédération des motards en colère des Pyrénées-Atlantiques

À Pau, comme partout, les motards annoncent la couleur : "On ne lâchera pas le morceau." Des recours auprès du Conseil d'État, demandant l'annulation du décret, doivent encore être examinés.