Rentrée sociale tendue au CHU de Bordeaux après un été sous tension

Après un été difficile, notamment aux urgences du CHU Pellegrin, les syndicats sont inquiets. Le manque de personnel est mis en avant d’autant que les chiffres différent sur le nombre d’agents refusant la vaccination.

Alors que la quatirème vague semble amorcer un virage final, la rentrée semble néanmoins compliquée à écouter les représentants syndicaux du CHU de Bordeaux.
Soit, on ne dénombre plus que 60 patients hospitalisés pour cause de Covid dont 31 en réanimation, pour autant la situation reste tendue. « On manque de personnel, on manque de lits, on manque d’attractivité », résume Alain Es-Sébar secrétaire général CGT Pellegrin. « La situation s’est nettement améliorée », répond la direction.

Combien d’agents ne sont toujours pas vaccinés ?

Les agents hospitaliers ont jusqu’au 15 septembre pour recevoir une première dose de vaccin. Où en est-on au CHU Bordeaux ? Indépendamment des tensions que cette question crée entre les personnels, elle pèse sur la rentrée sociale. Avec combien d’agents en moins va-t-il falloir naviguer dès la mi-septembre ? « Sur les 14000 personnes qui travaillent au CHU plus de 11000 ont dejà deposé leur pass sanitaire, les autres sont en train de la faire (…) », annonce Yann Bubien, directeur général du CHU de Bordeaux.

On évalue à peu près à 100 à 200 personnes qui sont aujourd’hui réfractaires à la vaccination.

Yann Bubien

Un chiffre que contestent les syndicats. Impossible, « vu le nombre d’appels qu’on reçoit », tranche Alain Es Sebar.
Pour la CGT, sur les 3000 qui n’ont pas transmis leur pass sanitaire, 2000 seraient aujourd’hui toujours réfractaires.
Selon Pascal Gaubert, secrétaire général FO, ils seraient entre 1000 et 1500. « Si on en a plusieurs dans un même service, va-t-on devoir fermer certains services ? On a posé la question au directeur mais nous n’avons pas eu de réponse. Où sont les récalcitrants ? On ne sait pas, c’est confidentiel ».

 « On est en train de discuter avec eux, d’essayer de les convaincre, avant le 15 septembre », annonce Yann Bubien.  Des discussions aux allures de « pressions », pour Alain Es Sebar de la CGT.

Certains sont reçus dans bureau de leur cadre et reçoivent de pressions.

Alain Es Sebar

« On leur dit « sinon tu prends une dispo », mais c’est trop facile", poursuit Alain Es sebar. "Avec une dispo, on revient s'il y a de la place. Et puis elle n’est pas comptabilisée, contrairement à une suspension ».

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Opérations à nouveau programmées

Ces dernières semaines, avec le plan blanc lié à la quatrième vague de Covid, un certain nombre d’opérations avaient été déprogrammées  sauf en pédiatrie, cancérologie et maternité, a tenu à préciser a direction. « Aujourd’hui la situation s’est nettement améliorée cette semaine », annonce Yann Bubien. « Parce qu’on a rouvert beaucoup de lits au CHU, et sur l’ensemble de la Métropole. Et les personnels ont commencé à arriver dès cette semaine. On est donc en train de reprendre très progressivement les déprogrammations pour reprogrammer tout ce qui a pu être déprogrammé ces derniers temps. On retrouve presque aujourd’hui le nombre de salles et le nombre de bloc normal ».

« Cela repart tout doucement mais ils sont dans l’expectative », nuance Alain Es Sebar de la CGT. "Ils ont reprogrammé ce qui était programmable mais ne peuvent pas augmenter la capacité ». En cause, le manque de personnel.

Manque de personnel

Un slogan récurrent dans les manifestations, « une réalité sur le terrain » pour les syndicats. « La direction nous annonce avoir recruté une centaine d’agents sur le CHU de Bordeaux », rapporte Pascal Gaubert. « Ce matin, on a regardé sur le portail intranet et on a un affichage de 6 postes vacants d’infirmières alors qu’on sait qu’il y en a beaucoup plus que ça. Il y a une opacité qui nous laisse perplexe.

102 recrutements ? Où ça ?

Pascal Gaubert

« Il y a eu des titularisations de contractuels mais pas de recrutement », analyse Alain Es Sebar. « Ils ont du mal à trouver des infirmières et aides-soignantes. Cet été il y avait 13 arrêts maladie chez les brancardiers à Pellegrin, aucun n’a été remplacé. Ceux qui étaient en vacances reviennent, donc cela va mieux ». « On a eu des difficultés à recruter du personnel paramédical, infirmiers et aides-soignants, qui n’arrivent qu’en septembre et qui n’ont pas pu arriver au mois d’août », reconnait Yann Bubien. Pour autant, y-a-t-il à ce jour le personnel suffisant ?

« On est inquiet », soupire Pascal Gaubert. « Il n’y a plus d’attractivité, surtout de nuit, et les recrutements opérés ne peuvent pas combler l’absentéisme qui est énorme. Qu’on ne nous raconte pas d’histoire. Certaines spécialités vont être touchées, notamment les urgences qui sont sans dessus dessous avec des burn out. La direction est en discussion avec l’ARS ( Agence régionale de santé ) pour trouver des moyens. On sait aussi qu’il y a des dispo et des démissions. Sur les trois premiers mois 2021, on avait 300 démissions départs ou mises en dispo au CHU de Bordeaux. C’est énorme ».

Si la direction admet des difficultés de recrutement au mois d’août, elle reconnait les « difficultés » rencontrées cet été. « D’abord parce qu’ il y avait beaucoup de lits fermés sur l’agglomération bordelaise », explique Yann Bubien, « pas que au CHU de Bordeaux mais aussi dans les autres hôpitaux publics et dans les cliniques privées ».
Un problème survenu à l’échelle nationale selon lui. « Mais en plus, nous avons évidemment envoyé des renforts de personnels aux Antilles, des médecins et des paramédicaux, et donc cela nous a fait défaut au CHU », analyse-t-il.

Mobilisation sur fond d’interrogations

De nombreuses questions restent donc en suspend selon les syndicats qui annoncent rester mobilisés pour cette rentrée. « Il y a toujours un préavis de grève qui court et qu’on n'a pas levé à FO pour la rentrée sociale », précise Pascal Gaubert. La CGT annonce « un mouvement national le 14 septembre dédié à la santé ». « Après il y aura le gros mouvement interprofessionnel le 5 octobre », explique Alain Es Sébar. Une réunion "avec toutes les nébuleuses syndicales" doit avoir lieu ce jeudi 9 septembre pour voir quelles actions mettre en place.

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