"Un pervers déguisé en médecin" : l'une des plaignantes témoigne au procès du radiologue accusé de viols et d’agressions sexuelles

Peggy Ambeau est l’une des huit victimes présumées du docteur Bassam El Absi, ancien radiologue à Langon en Gironde, accusé de viols et d’agressions sexuelles. A l’occasion de ce procès, qui se déroule jusqu'au 27 février 2023, elle espère être enfin écoutée, dix ans après les faits. L'ancien médecin nie toujours.

 "Je veux qu’on sache qu’on n'est pas des menteuses", voilà ce qui pousse aujourd’hui Peggy Ambeau à témoigner. Et pour cause, en ce deuxième jour d’audience, le prévenu nie toujours en bloc les faits qui lui sont reprochés.

Peggy Ambeau est venue aujourd’hui à la Cour d'assises de Bordeaux où elle est entendue dans le procès contre Bassam El Absi, qu’elle accuse de viol lors d’une consultation médicale en 2013.

Un viol présumé lors d'une consultation médicale en 2013  

"J’y vais à la base pour tout ce qu’il y a de plus commun parce que j’ai une douleur abdominale ", raconte Peggy Ambeau. Après avoir réalisé une échographie pelvienne traditionnelle, le médecin " finit par une échographie endovaginale qui n’avait pas lieu d’être. Il dépasse l’entendement en ayant des gestes sexuels, en introduisant l’un de ses doigts et il déborde …." , développe-t-elle. Immédiatement, elle comprend que ces actes dépassent le cadre d'une consultation médicale : 

Je suis terrorisée, je me demande ce que je dois faire. Je suis avec ma petite de deux ans à l’époque, avec moi dans le cabinet, et ma fille de quinze ans qui était dans la salle d’attente.

Peggy Ambeau, plaignante

Après la consultation, elle décide donc d’aller voir son médecin traitant :" Je lui demande une confirmation de l’examen et de me dire si tout était normal. Il me dit, bien évidemment que non et qu’il ne faut absolument pas en rester là ". Ce dernier l’incite donc à se rendre au plus vite à la gendarmerie pour porter plainte.

"Jusque-là, je ne sais toujours pas ce qui s’est passé. Je sais que ce n’est pas normal, c’est tout ", explique Peggy Ambeau. Ce n’est qu’une fois le mot "viol" utilisé par les gendarmes qu'elle réalise pleinement l’ampleur de ce dont elle vient d’être victime selon elle : " Et là, je comprends mon état d’esprit et ce que j’ai vécu. Et là, je sais que c’est grave."

 "Un pervers déguisé en médecin"

La position savante du médecin est ici d’une importance capitale dans son impunité à agir et sur la trahison que cela représente pour Peggy Ambeau : "Je suis dévastée et je sais que je ne dois plus avoir confiance en la médecine. C’est pire que tout parce qu’on y va, on est en confiance, il va nous demander de nous déshabiller, on ne va pas hésiter une seule seconde […] et là, on se rend compte qu’en fait, c’était pour lui un but sexuel et pour nous un acte médical."

C’était pour lui un but sexuel et pour nous un acte médical.

Peggy Ambeau, plaignante.

Et dix ans après, les séquelles de ce viol présumé restent omniprésents dans le quotidien de cette mère de famille : "J’ai des filles et c’est un problème permanent parce qu’elles ne vont plus chez le médecin seules, je ne les laisse plus sortir, j’ai perdu confiance en l’homme en général […] et cette crainte, elle ne vous quitte jamais."  Un viol présumé qui, selon elle, a détruit toute sa famille et cassé beaucoup de choses dans sa vie.

Un procès pour être écoutée

Si sa plainte remonte à 2013, elle avoue avoir le sentiment que depuis cette date, "il ne s’est rien passé, si ce n’est le cumul des victimes ". En effet, il a fallu attendre 2019 pour que l’ordre des médecins radie le radiologue Bassam El Absi.

Le pot de terre contre le pot de fer

Peggy Ambeau, plaignante.

À l’époque des faits présumés, "j’ai été entendue, mais pas écoutée. On a pris ma plainte et il s’avère que ce n’était pas assez explicite. Je suis la seule, je rentre dans les détails, mais c’est ma parole contre la sienne. Le pot de terre contre le pot de fer ", se souvient la plaignante.

Le suspect nie en bloc

Avec l’ouverture de ce procès et cette confrontation avec Bassam El Absi, Peggy Ambeau espérait au moins des excuses de la part de l’ex radiologue, mais il n’en est rien : "Je ne suis même plus en colère, je suis juste triste et son comportement n’aide pas ", explique-t-elle.

"J’ai essayé, tant bien que mal, de trouver le côté humain chez lui et, au fur et à mesure, de l’avancée du procès, je me rends compte à quel point il ne l’est pas. Je me demande même s’il n’a pas perdu toute son humanité, parce qu’il n’a pas une once de regret, une once d’empathie, rien. "

Il se moque de nous, il nous mime et c’est insultant ses propos

Peggy Ambeau, plaignante.

Pour l’heure, l’accusé nie en bloc. Pendant l’audience, elle décrit un comportement particulièrement déplacé vis à vis des plaignantes : "Il se moque de nous, il nous mime et c’est insultant ses propos, sa tenue… Il se met sur son téléphone quand on parle. "

Elle décrit aussi des propos qui tendent à faire passer les plaignantes, qui ne se connaissaient pas avant l’audience, pour des menteuses : "Nous ne sommes que des folles, qui fantasmons sur un médecin et c’est tout, rien d’autre. Des menteuses, avec des QI de poissons rouges. Ce sont ses mots, ce sont ses termes… "


Des propos qui la poussent, notamment, aujourd'hui à livrer ce témoignage à visage découvert. Le verdict du procès est attendu le 27 février.