Reporté en raison des attentats du 13 novembre, le 26e Festival international du film d'histoire de Pessac aura lieu du jeudi 31 mars au dimanche 3 avril. Le thème de ce festival s'inscrit dans l'actualité avec une raisonnance toute particulière cette année. Il s'agit du Proche-Orient. 

Les 70 films projetés sur ce thème seront complétés par 22 débats en présence de journalistes, d'historiens et de réalisateurs.

Le recul nécessaire et la réflexion

Plus l'actualité est pesante, et rarement le fut-elle autant qu'à l'heure de Daech et des jihadistes, plus s'imposent le recul des réflexions et la fécondation des émotions

explique Jean-Noël Jeanneney, président d'honneur du festival qui se tiendra du 31 mars au 3 avril.

Des films proposés au public viennent d'Égypte, d'Iran, d'Irak, du Liban, de Turquie, d'Israël et de Palestine, mais aussi de Syrie, d'Arabie saoudite et de Jordanie.

Les réalisateurs d'aujourd'hui sont devenus les peintres à charge de leur société. A leur  manière, tous filment l'Histoire en marche et nous la donnent à comprendre



François Aymé, le Commissaire Général du Festival international du Film d'Histoire de Pessac présente cette 26e édition.
Interview de FRANCOIS AYMÉ Commissaire Général Festival Film d'Histoire de Pessac
Présentation de la 26e édition du Festival International du Film d'histoire de Pessac
En parallèle aux projections, de nombreux spécialistes du Proche-Orient, notamment les historiens Maurice Vaïsse ("Quelle politique internationale de la  France au Moyen-Orient"), Gabriel Martinez-Gros ("Les racines historiques du  jihadisme") ou Henry Laurens du Collège de France ("Le pétrole a-t-il fait le  malheur du Proche-Orient ?" et "Israël-Palestine"), animeront des débats, marque de fabrique de ce festival à la vocation résolument pédagogique et qui avait accueilli près de 40.000 spectateurs pour sa précédente édition, en novembre 2014.
le destin

 

affiches films

 

La compétition hors thématique

Hors thématique, dix longs métrages s'affronteront en compétition fiction et dix films en compétition documentaire.
La projection en avant-première du film "Maintenant, ils peuvent venir", qui se déroule pendant la "décennie noire" en Algérie, ouvrira jeudi 31 mars le festival en présence du réalisateur Salem Brahimi, et sera précédée de la conférence inaugurale "Genèse du jihad  français" menée par Gilles Kepel, politologue et spécialiste du monde arabe contemporain.
Maintenant ils peuvent venir
En avant-première également, "Ni Dieu, ni maître", film sur l'anarchisme en présence de son réalisateur Tancrède Ramonet, et "Les Champions d'Hitler", sur les sportifs du nazisme, en présence des réalisateurs Valérie Manns et Jean-Christophe Rosé.

Enfin, un hommage sera rendu au journaliste et biographe Jean Lacouture, co-fondateur du festival en 1990, décédé en juillet 2015 : le documentaire "Jean Lacouture ou la position du biographe" (2000) du Belge Hugues Le Paige sera projeté en sa mémoire.

Exposition Photos Pessac Syrian Eyes of the World

 

Par Amélie Petitdemange, étudiante à l'IJBA (édition C. Roux)


Le projet photographique Syrian Eyes of the World est présenté au festival du film d’histoire de Pessac « Un Si Proche Orient ». Il dresse le portrait de Syriens sans passer par le prisme de la guerre.

Le regard perçant d’une femme voilée, un épicier entouré de victuailles, des femmes qui tricotent… Ce sont une quinzaine de portraits qui accueillent le visiteur du festival du film d’histoire de Pessac. Un aperçu du projet Syrian Eyes of the World, mené par le photographe Youssef Shoufan. Les photos ont été prises entre 2013 et 2015 à Alep et à Damas, mais aussi à New-York, au Liban, ou encore à Montréal, où réside l’artiste syrien. Les portraits, dans un noir et blanc très graphique, représentent la société civile syrienne. Et notamment ses artistes : des peintres posant aux côtés de leurs toiles, une femme dansant dans la rue, ou encore un musicien.

Si la Syrie est en guerre depuis cinq ans, on ne retrouve ici aucune trace de ruines ou de combat. Les traits sont sereins, les regards joyeux. « On veut présenter un autre visage de la Syrie, mettre l’accent sur la vie qui continue », explique le photographe d’une trentaine d’années.

Vous avez plus de points communs que vous le pensez avec les Syriens. C’est ça qu’on veut montrer, pour faire tomber les stéréotypes et instaurer un dialogue.


Rassembler les cultures

Les photos, souvent prises en intérieur, ont un aspect très intime, comme si les photographes connaissaient les modèles depuis des mois. « Les citoyens ont compris le projet et le soutiennent : la confiance s’est instaurée », assure Youssef.

Ils ne se reconnaissent pas dans l’image qu’on donne d’eux. Ils veulent donc se saisir de cette opportunité pour montrer leur vrai visage.


Une citation accompagnait chaque portrait lors de l’exposition en novembre. Mais elles ont malheureusement disparues depuis la reprogrammation du festival en avril. « Sûrement à cause du manque de temps et de budget », suppose l’artiste. Les Syriens photographiés parlaient de leur travail ou de leurs sentiments mais ni la politique ni la religion ne sont abordées dans l’exposition. « Ces thèmes sont déjà suffisamment traités. Notre objectif et de rassembler les cultures, alors on évite les sujets conflictuels », sourit Youssef.


Aller plus en profondeur

Une place importante est aussi laissée à l’esthétique. « On veut raconter des histoires, mais d’une belle façon. C’est important pour les spectateurs comme pour les personnes photographiées », souligne-t-il. D’où le choix du noir et blanc.

C’est aussi une question de sobriété, de respect envers ces Syriens.


Dans un second projet, qui mêlera la couleur et le noir et blanc, il veut « rester dans la philosophie de cette exposition mais aller plus en profondeur ». Il s’agira cette fois-ci d’un documentaire, qui suivra six Syriens à travers le monde, dans leur quotidien. « Je veux montrer comment le conflit les touche et les transforme », explique-t-il. Une réalisation qui devrait voir le jour en 2017.