Violences conjugales : « Je reprends confiance en moi petit à petit »

Des associations se battent pour aider ces femmes avant que le pire ne se produise. En 2019, 12 femmes sont mortes sous les coups de leur conjoint ou ex-conjoint en Nouvelle-Aquitaine dont 3 en Gironde. C'est ce mercredi la journée internationale de lutte contre les violences faites aux femmes.
Brigitte a été accueillie par l'association Groupe SOS en Août dernier.
Brigitte a été accueillie par l'association Groupe SOS en Août dernier. © Sylvie Tuscq-Mounet
Brigitte, a récemment été prise en charge dans une structure après 23 ans de violences physiques et psychologiques. « Ici, j’ai enfin pu poser mes affaires et souffler », confesse-t-elle. Son prénom a bien évidemment été modifié. De même que nous ne dirons pas d’où vient Brigitte. Tout juste pouvons-nous évoquer des centaines de kilomètres parcourus pour échapper à ses bourreaux. Car Brigitte a connu deux compagnons violents.

Des violences physiques avec son mari, puis les violences psychologiques avec un autre homme

Le premier, son mari, avec qui elle a partagé 21 ans de sa vie, et avec qui elle a fondé une famille. Deux décennies de violences physiques, jusqu’au jour où elle trouve la force de partir.
« J’ai quitté cet homme au bout de 21 ans, j’en avais marre de subir, pour me mettre avec un autre homme », raconte la quadragénaire. « Lui, c’était des violences psychologiques qui m’ont mis plus bas que terre et qui m’ont fait perdre pied ».  Deux années passées avec un nouveau conjoint lui faisant vivre « le rabaissement, le mépris et l’ignorance ». « Après notre séparation, je me suis retrouvée à la rue. J’ai appelé au plus vite le 115 qui m’a hébergée dans un centre d’hébergement d’urgence le soir même, et un mois plus tard je suis arrivée dans le centre ici ».

« C’est encore un sujet qui est tabou »

Brigitte a été prise en charge par l’association Groupe SOS en août dernier. Elle a mis en place deux dispositifs. « Il y a un centre d’hébergement d’urgence avec des séjours de 15 jours renouvelables une fois », explique Grégory Correia chef de service.
« Et on a aussi la possibilité de continuer le parcours et de faire de l’urgence accompagnée. Et là, c’est une place de stabilisation pour une période de six mois renouvelables ». Actuellement, elle dispose de 14 logements. Aujourd'hui, quatre femmes s’inscrivent dans l’accompagnement d’urgence, 9 sont hébergées dans le cadre du deuxième dispositif comme Brigitte.
Des parcours de vie brisés qui se croisent sans pour autant se confier facilement. « Je n’en parle pas beaucoup, on n’en parle pas beaucoup », dit-elle. « Et puis, le peu de femmes que j’ai connues ici n’ont pas subi ce que moi j’ai subi, donc on n’en parle pas."

C’est encore un sujet qui est tabou parce qu’on se sent diminué quand on dit qu’on est femme battue. Donc on en a un peu honte.

Brigitte

« Ici j’ai enfin pu poser mes affaires, et souffler, au calme »

Brigitte a donc trouvé refuge dans un petit studio situé dans une sorte de résidence. Un logement temporaire mis à disposition par l’association. Un lieu sécurisé, surveillé par un gardien. « Ici j’ai enfin pu poser mes affaires, et souffler, au calme… Retrouver une  part de sérénité dans un coin neutre et pouvoir me poser psychologiquement. C’est un réconfort vraiment important parce que quand on sort d’une situation comme ça on a besoin d’être entouré".

Aujourd’hui, je me sens un peu mieux. Je vois un peu plus mon futur se profiler.

Brigitte

"C’est-à-dire qu’avant, je ne pensais pas pouvoir faire quelque chose de ma vie", poursuit Brigitte. "Maintenant je commence enfin à faire quelque chose de ma vie. Je reprends confiance en moi petit à petit. Et j’avance, je reconstruis ma vie, seule, mais beaucoup mieux".

« Ils m’aident à me réinsérer »

L’association n’a pas pour but d’héberger ces femmes. « Nous n’avons pas de logement dans notre poche (…), mais on va travailler avec les partenaires et les logements sociaux etc.., pour aller vers du logement », explique Grégory Correia. « Au-delà de ça, on travaille sur l’insertion professionnelle ».
Une béquille sur laquelle Brigitte peut désormais s’appuyer. « L’association m’aide psychologiquement quand ça ne va pas, et pour l’insertion aussi », dit-elle. « Parce que quand on sort d’une rupture et qu’on a tout perdu, il faut apprendre à se réinsérer. Voilà, ils m’aident à me réinsérer".

Je vois une formation se profiler et grâce à cette formation, je vais pouvoir me lancer dans la recherche d’un logement et récupérer mes enfants.

Brigitte

Brigitte travaillait dans la restauration jusqu’à ce qu’elle perde récemment son emploi avec la crise sanitaire et le confinement. Elle souhaite se reconvertir sans trop savoir pour le moment dans quel secteur d’activité. Mais « chaque chose en son temps », dit-elle. Sa priorité, se sortir de cette « spirale ».

J’ai l’impression que tous les hommes sont pareils, qu’ils ont toujours quelque chose envers la femme, violences physiques, psychologiques, le rabaissement, la domination, la soumission.

Brigitte

"C’est pour ça que j’ai l’impression que c’est un cercle infernal", explique-e-elle. "D’abord il faut me recentrer sur moi-même, mes idées, mes idées noires tout ça… Pouvoir me reconcentrer et après, avec la formation, on verra où ça va mener. Mais c’est déjà un pas dans l’insertion et c’est déjà pas mal. Pouvoir changer de vie, prendre sa vie en main, foncer et reconstruire. La reconstruction c’est important ». Une phase de reconstruction pendant laquelle Brigitte a notamment besoin de se sentir en sécurité. La porte de son studio est fermée à double tour.

Nous avons rencontré Brigitte, voici son interview > 
 
 
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