Violences racistes à Bordeaux : enquête ouverte et mobilisations après la rixe qui impliquerait un groupe d'extrême-droite

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Écrit par Julie Chapman

Dans la nuit de vendredi à samedi 25 juin, des violences ont éclaté dans le quartier central Saint-Michel à Bordeaux. Depuis, vidéos et témoignages de riverains affluent et décrivent des scènes de provocation et d’insultes racistes.

Sur les réseaux, la nouvelle est révélée par un étudiant parisien. Invité chez un ami situé rue des Menuts, ils entendent du bruit, vers deux heures du matin. “Une dizaine de membres du groupuscule Bordeaux Nationaliste ont déambulé dans le quartier Saint-Michel, en chantant des slogans racistes et ont agressé des riverains”, explique Nikola Dobric dans son premier tweet.

S’ensuivent alors trois vidéos, prises par plusieurs témoins de la scène. Si au départ, le groupe insulte et provoque les riverains descendus dans la rue, le ton finit par monter. Le groupe lance alors des bouteilles, et agresse des passants. 

Selon plusieurs témoignages, il s’agirait de militants d’extrême droite du groupe Bordeaux Nationaliste, qui étaient dans ce quartier pour faire une “ratonnade”, une expédition punitive qui cible uniquement des personnes d’origine arabe.

Je les ai entendus insulter deux filles de "putes", et de "retourner sucer des nègres".

Marc*, un habitant de la rue des Menuts

Source : France 3 Aquitaine WEB

L’homme serait allé confronter les neuf personnes. Il aurait alors été gazé “par une bombe de professionnel”, précise Marc*, avant de recevoir un coup de poing au visage. 

Versions divergentes

Le groupe s’est défendu dimanche 26 juin dans un communiqué sur Facebook.
Selon eux, les neuf membres du groupe seraient venus en aide à un couple, qui “se faisaient racketter par une bande de 25 racailles”, armée de “couteaux, de tessons de bouteilles, des gazeuses et des armes à feu dont ils font usage en tirant en l’air”. 

Les affrontements auraient alors éclaté, opposant les riverains au groupe. Socrate*, un habitant du quartier, assiste à la scène depuis sa fenêtre. “Ils criaient, ils insultaient les gens, ils répétaient “rentrez chez vous” en visant mes amis arabes et noirs. Ils coursaient les gens qui voulaient fuir”, raconte le riverain qui souhaite rester anonyme.

Enquête ouverte

Les auditions des témoins ainsi que l’analyse des photos et vidéos ont déjà débuté par les enquêteurs du commissariat de Bordeaux. Pour l’heure, même si “grâce aux documents, l’identification n’est pas complexe”, l’affiliation des protagonistes à une mouvance d’extrême droite “reste à confirmer” selon les policiers qui devront également déterminer quel rôle a joué chacune des personnes présentes sur les vidéos. 

Une enquête a été ouverte par le Parquet de Bordeaux pour coups et blessures volontaires avec arme. La police nationale de Gironde, à qui l’enquête a été confiée, indique que deux plaintes ont été déposées mercredi 29 juin.

De son côté, Bordeaux Nationaliste annonce préparer un communiqué pour obtenir un droit de réponse à ce qu’il nomme “des accusations mensongères et infondées”.

Indignation

Mais à moins de dix jours après les agressions homophobes en marge de la marche des Fiertés, les réactions sont nombreuses.

Parmi les associations, SOS Racisme Gironde a condamné des “faits de violence alimentés par le racisme et commis au nom d’une idéologie d’extrême droite nationaliste dont le ressort est la haine de l’Autre, des immigrés et de leurs enfants”. L’association a également indiqué qu’elle apporterait son aide aux victimes, en matière juridique, en se constituant partie civile. 

Pierre-Antoine Cazau, avocat et président de la section bordelaise Ligue des Droits de l'Homme, dénonce des faits "extrêmement graves" qui interviennent alors que le RN vient d'obtenir 89 sièges à l'Assemblée Nationale.

"Ces idées d'extrême droite se répandent de plus en plus, il y a une libération de la parole qui pousse certains à aller dans les quartiers pour insulter, menacer et provoquer".

Pour lui la seule façon d'endiguer ce phénomène est de "rester solide sur nos fondamentaux, nos valeurs républicaines".

On doit les combattre politiquement, juridiquement et intellectuellement.

Pierre-Antoine Cazau - Président de la section bordelaise de Ligue des Droits de l'Homme

source : France 3 Aquitaine

De son côté, Naïma Charaï, ancienne élue bordelaise, très active dans la lutte contre les discriminations, et sept autres personnalités politiques locales dont le maire EELV Pierre Hurmic, ont demandé la dissolution du groupe par le ministère de l’intérieur et “une convocation immédiate de l’instance départementale contre le racisme et l’antisémitisme” à la préfète de Gironde.