Gironde : à Mios, la pédagogie Montessori appliquée au collège et lycée

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Écrit par AR avec Marie-Pierre d'Abrigeon et Laure Bignalet
Entre deux cours, les élèves construisent une structure pour les chèvres de l'établissement.
Entre deux cours, les élèves construisent une structure pour les chèvres de l'établissement. © France 3 Aquitaine

Ouvert depuis la rentrée 2019, le campus Montessori de Mios, en Gironde, accueille des collégiens et lycéens éduqués selon la méthode pédagogique du même nom. Un enseignement privé et coûteux, qui favorise l'autonomie et l'apprentissage par la pratique.

Si la méthode développée par la pédagogue italienne Maria Montessori (1870-1952) est généralement connue pour son intérêt pour l'éducation des jeunes enfants, ses principes peuvent aussi s'adapter au collège et au lycée. 

C'est ainsi le cas à Mios, en Gironde, où un "Campus Montessori" a ouvert ses portes en 2019, au milieu des pins. Cet établissement privé accueille des écoliers mais aussi une trentaine de collégiens et lycéens. Tous bénéficient d'un encadrement beaucoup plus individualisé qu'au sein d'un établissement conventionnel, et tout est fait pour favoriser leur autonomie. 

"Ils travaillent plus"

La journée d'école s'articule différemment. Les élèves suivent des "enseignements généraux" le matin, puis travaillent sur des projets l'après-midi.

S'ils semblent plus libres dans un cadre moins figé, contrairement aux idées reçues,"les élèves travaillent plus" que dans un établissement classique, estime Bruno Gruyer.

Cet ancien professeur d'anglais au sein de l'Éducation nationale, puis chef d'établissement du Collège-Lycée Notre-Dame de Bordeaux, chapeaute aujourd'hui la structure. L'apprentissage "passe tellement par les activités, qu'on peut avoir l'impression quelques fois qu'ils n'ont pas travaillé. Alors qu'ils ont des journées beaucoup plus chargées que dans un système classique, car ils n'arrêtent presque jamais !" souligne-t-il. 

Apprendre par la pratique 

Outre les enseignements et les ateliers, les enfants sont encouragés à prendre part à toutes les activités de l'établissement, comme la préparation du repas du midi, ou encore l'entretien des animaux du campus, etc... 

"Cela me donne l'impression d'être très grand, d'avoir plus de responsabilités, d'être plus adulte" apprécie Sylvain, 12 ans, une toque sur la tête, alors qu'il s'affaire dans les cuisines. 

On apprend à peser les aliments, il faut calculer par rapport au nombre d'élèves et au grammage, il y a des maths à faire en cuisine

Damien Fortier, le chef cuisinier

Construire un tipi grâce à Pythagore 

Au-delà de l'autonomie et de la responsabilisation, l'autre enjeu de cette pédagogie alternative est donc "de donner du sens à l'enseignement", en montrant que "tout ce qu'il faut apprendre de théorique a une application pratique". 

"On se débrouille pour que l'application pratique, temporellement, ne soit pas éloignée de la théorie et que les élèves réalisent vite à quoi ça sert" précise Bruno Gruyer. 

Par exemple, illustre-t-il, "les élèves devaient réaliser des tipis l'année dernière, et ils voulaient y faire entrer six personnes. Donc, en fonction de la surface au sol, ils voulaient calculer la longueur des bambous servant pour ériger le tipi. Et ils ont eu besoin du théorème de Pythagore. Ils ont compris tout de suite l'utilité."

On obtient de la motivation à partir du moment où ils voient du sens dans l'apprentissage.

Bruno Gruyer, directeur du Campus Montessori de Mios

"On prend en compte la progression de l'élève, on va à son rythme tout en essayant de l'amener à un objectif final au bout des quatre ou trois ans de parcours de collège ou de lycée" précise Maud Nadeau, professeure de sciences.

Comme dans les établissements conventionnels, les élèves doivent intégrer le programme de l'Éducation nationale, et préparer les épreuves du brevet, puis du baccalauréat. 

→ regardez le reportage de Marie-Pierre d'Abrigeon et Laure Bignalet 

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Qui sont les élèves ? 

Cette année, une trentaine de collégiens et lycéens poursuivent leur scolarité dans cet établissement privé. Pour leurs parents, il faut débourser une somme importante : 700 euros par mois pour les externes, et 900 pour les internes. "Comme nous sommes hors-contrat, nous n'avons pas de subventions de l'Education nationale", explique Bruno Gruyer. 

Outre le coût, ce type d'éducation alternative est-il destiné à tous les élèves ? Parmi eux, certains sont reconnus "hauts-potentiels", d'autres ont connu des difficultés dans les établissements classiques.

"Le dénominateur commun des jeunes, c'est qu'ils n'avaient pas de bien-être dans le lieu où ils étaient, peut-être par un manque de sens dans l'apprentissage, le besoin d'être reconnu, d'avoir une véritable identité, ce qui est difficile quand on est au milieu d'un flot de jeunes" souligne Bruno Gruyer, qui ajoute : "ici, ils trouvent cette identité grâce à l'effectif plus réduit et le suivi pédagogique individualisé." 

Du côté des professeurs, l'expérience est également différente. "Un prof doit pouvoir connaître vraiment chacun de ses élèves, et c'est très difficile d'y arriver quand on change de classe toutes les heures et qu'on voit un élève une fois par semaine."

Pour intégrer l'établissement, ce n'est pas le dossier scolaire qui prime, mais "le profil et l'état d'esprit. C'est-à-dire : est-ce un jeune qui va s'investir pour le groupe, qui va avoir envie de mettre la main à la pâte, de travailler la terre, de s'occuper d'animaux, de réparer des choses ? Cela compte énormément. Même si son niveau scolaire n'est pas extraordinaire, on pense que le responsabiliser va lui donner de la confiance et à partir de la confiance, il pourra aussi améliorer ses résultats scolaires" argumente le directeur du campus. 

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