"Qu'il(s) retourne(nt) en Afrique" : quand des élus de Gironde rappellent les propos déjà contestés du député RN Grégoire De Fournas par le passé

Publié le Mis à jour le
Écrit par Marine Cardot

Des élus girondins choqués et qui dénoncent la sortie de Grégoire De Fournas jeudi après-midi dans l'hémicycle de l'Assemblée Nationale. Mais qui ne les étonne pas pour certains qui se rappellent ses prises de positions sur les réseaux sociaux par le passé.

Il a provoqué une onde de choc jusqu'en Gironde. Plusieurs élus du département dénoncent une sortie "raciste" du député RN Grégoire de Fournas. Pour certains, ses propos ont un goût de déjà vu. Ils se rappellent des prises de position "focalisées sur la couleur de peau" sur les réseaux sociaux ou au conseil départemental de Gironde. 

Des propos qui choquent

L'événement a eu lieu à l'Assemblée Nationale hier après-midi lors d'une intervention du LFI Carlos Martens Bilongo, noir et d'origine congolaise, sur le "drame de l'immigration clandestine". Le député RN Grégoire de Fournas lance alors "qu'ils retournent en Afrique" ou "qu'il retourne en Afrique"

Le député du Médoc provoque aussitôt l'indignation dans les rangs de l'hémicycle. "Cette sortie haineuse lève le masque sur le danger que représente toujours le Rassemblement National pour notre pays", a réagi le député LFI Carlos Martens Bilongo dans un communiqué. 

De son côté, le député RN de Gironde dénonce une "manipulation honteuse". "Ma réponse concernait le bateau et les migrants, évidemment pas mon collègue", a affirmé Grégoire de Fournas dans un tweet. 

La députée RN de Gironde Edwige Diaz a défendu son collègue du Médoc au micro de France 3 Aquitaine : "Il visait à dénoncer l'immigration massive et il visait à dénoncer le fait qu'un certain nombre de bateaux affrétés par des passeurs (...) utilisaient les migrants pour les envoyer en Europe." 

"Nous avons rappelé à cette occasion la position du Rassemblement National, qui est la même depuis des années, à savoir que ces bateaux n'ont pas vocation à arriver en Europe mais plutôt ont vocation à repartir en Afrique", a poursuivi la députée du Rassemblement National. 

"Ce sont des propos de haine"

Cette justification n'a pas su convaincre les députés d'autres bords politiques du département. L'élu écologiste Nicolas Thierry a condamné ces propos. "Quelle que soit l'interprétation qu'on fait de cette phrase, soit c'est totalement inhumain, soit c'est profondément raciste. Donc dans les deux cas, on a dépassé de très loin les frontières de l'acceptable", estime le député de la 2e circonscription de Gironde.

Du côté du groupe Renaissance, on se dit également "choqué". "Je trouve ça indigne de la part d'un élu de la République que de crier comme ça à la cantonade au sein de l'hémicycle "qu'il(s) retourne(nt) en Afrique", a réagi Thomas Cazenave, député dans la 1ère circonscription de Gironde. Que Grégoire de Fournas ait voulu parler du député LFI ou des migrants fait peu de différence pour lui puisqu'il estime que "ce sont des propos de haine".

Déjà-vu 

D'autant que ce n'est pas la première fois que le député RN s'illustre avec ce genre de propos. Le président du département de la Gironde Jean-Luc Gleyze a dénoncé "une sortie abjecte, qui est conforme à ce que nous avons vécu et dénoncé au sein du Conseil Départemental de la Gironde pendant 6 ans." Grégoire de Fournas a été conseiller départemental de la Gironde de 2015 à 2021. 

Jean-Luc Gleyze affirme que, pendant une séance du conseil départemental le 17 octobre 2016, Grégoire de Fournas "avait tenu des propos analogues", que le président de la Gironde qualifie d' "odieux, racistes, xénophobes, indignes d’une représentation républicaine". 

Le député La France Insoumise de la 3ème circonscription de Gironde Loïc Prud'homme a également condamné la sortie de Grégoire de Fournas. "Ses posts sur les réseaux sociaux me suffisaient à me faire une idée du personnage, avec régulièrement, des propos détestables, des outrances focalisées sur la couleur de peau, sur les noirs, sur l'Afrique", juge l'élu LFI. 

Si La France Insoumise assure que le député médocain est en train de supprimer plusieurs de ses anciens tweets, certains sont encore là. Comme celui-ci, où l'élu du Rassemblement National demande l'expulsion de tous les Maliens de France. 

Dans cet autre tweet de 2017, il affirme que les Africains aimeraient tous la France et les aides sociales. 

Et les exemples sont nombreux, comme avec ce tweet de mars 2022, un mois après le début de la guerre en Ukraine. 

Enfin, en 2014, il exprimait publiquement son soutien à Anne-Sophie Leclère, une candidate RN aux municipales qui avait publié un photomontage montrant d'un côté un petit singe et de l'autre Christiane Taubira avec les légendes "à 18 mois" et "maintenant". Elle avait même répété "c'est une sauvage", et déclaré : "À la limite, je préfère la voir dans un arbre (...) que de la voir au gouvernement." L'ex-candidate, qui a été exclu du parti, a été condamnée à 3 000 d'amende avec sursis pour injure raciale. 

Concernant son intervention de jeudi dans l'hémicycle pendant une question au gouvernement du député LFI Carlos Martens Bilongo, Grégoire de Fournas risque jusqu'à 15 jours d'exclusion de l'Assemblée. "Je présente mes excuses à ce député s'il a pu mal interpréter le propos", a-t-il tenu à préciser au micro de BFMTV. La présidence de l'Assemblée nationale doit se réunir pour discuter d'une éventuelle sanction en début d'après-midi. La France Insoumise 33 ainsi que plusieurs associations girondines ont appelé à un rassemblement en soutien à Carlos Martens Bilongo vendredi 4 novembre à 18h place de la Victoire à Bordeaux. 

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