Précarité : des aides d'urgence pour ces étudiants qui ont du mal à entrevoir l'avenir

Annulation de stage, difficultés à payer leur logement, les étudiants aquitains sont touchés de plein fouet par les conséquences économiques du Covid-19. Pour les soutenir, plusieurs aides ont été mises en place. 
De nombreux étudiants appréhendent les prochains mois, notamment pour trouver un stage ou un emploi.
De nombreux étudiants appréhendent les prochains mois, notamment pour trouver un stage ou un emploi. © Hélène Chauwin
Alors que le contexte économique est en crise, nombre d’étudiants, pour certains déjà précaires, doivent désormais faire face à de multiples difficultés, pour poursuivre leurs études. 

“Les étudiants ne sont pas dans des conditions optimales de vie et d’étude. Beaucoup ont pu rejoindre leur famille, mais certains sont restés dans des résidences du CROUS ou dans leurs appartements et sont parfois en situation d’isolement. Notre préoccupation est de répondre urgemment à des difficultés qui apparaissent”, déclarait Hélène Velasco, présidente de l'université Bordeaux Montaigne le 3 avril.
 

Survivre pendant plusieurs mois

Étudiante en journalisme, Marie Montels a perdu son job étudiant avec le confinement. “Je travaillais les week-ends à Sud-Ouest, mais avec le confinement, tout s’est arrêté et avec la quantité de travail, je ne peux pas travailler en parallèle”, explique Marie Montels, qui avait envisagé un poste de caissière. 

Boursière, l’étudiante assure aujourd’hui tenir uniquement grâce à sa bourse et aux allocations logements. “Pour me nourrir, je vais chercher des paniers solidaires mis en place par l’université et par le CROUS”, ajoute Marie Montels, qui en bénéficie depuis trois semaines. Au total, 800 paniers sont distribués chaque semaine. "Nous avons également décidé d'ajouter des produits d'hygiène et d'hygiène féminine", précise Blandine Lacassagne, chargée de la communication de l'Université de Bordeaux.
Autre difficulté, suivre ses cours et valider son année à distance. “Je n’ai pas de quoi me payer une box internet, donc je travaille en partage de connexion. Avant, je travaillais à l’IUT pour bénéficier de leur connexion wifi”, précise Marie Montels. Désormais, elle doit faire avec une connexion 3G aléatoire pour suivre ses cours et valider les derniers projets. 

Une situation aussi difficile pour Maxime Jouet. “Je suis à la campagne, chez mes parents, donc ma connexion n’est pas toujours optimale. On a quatre fois plus de travail que d’habitude, donc parfois arriver à tout gérer est compliqué”, explique l’étudiant en BTS audiovisuel. Face à cette situation, l’Université Bordeaux Montaigne et l'Université de Bordeaux ont également recensé les étudiants en “situation d’isolement numérique ou physique”. Au total, une cinquantaine d’ordinateurs et une quarantaine de cartes SIM leur ont donc été fournis, dès le 13 avril.
 


Futur compromis

Mais pour cet étudiant en alternance, le plus dur est à venir. “Pour l’instant, je suis payé par mon entreprise, et je vis chez mes parents, donc j’ai de la chance. Mais l’après sera plus compliqué. J’aimerais devenir intermittent, mais j’ai peur de ne pas trouver de travail dans quelques mois. Tout est à l’arrêt, et mon école comme les entreprises sont dans le flou”, explique Maxime Jouet. 

Comme lui, Mathilde Baland voit son avenir compromis. En école de communication, elle doit désormais trouver un stage de deux mois sous peine de ne pas valider son année. “J’ai envoyé une cinquantaine de candidatures, mais aucune entreprise ne peut nous prendre en ce moment”, explique la jeune fille. Pourtant, son école reste ferme : sans stage, l’année ne pourra pas être validée. “On se sent abandonnés, l’école ne veut pas comprendre notre situation et ne nous aide pas. J’ai une bonne moyenne et sans ce stage, je validais cette année et pouvais partir en master”, regrette Mathilde Baland. 
Pour les étudiants, la période de recherche de stage ou d'alternance est devenue une véritable épreuve.
Pour les étudiants, la période de recherche de stage ou d'alternance est devenue une véritable épreuve. © William Iven / Unsplash

Pour l’étudiante en communication, ce redoublement sera aussi un véritable coup financier. "Ma famille ne peut pas se permettre de payer 7000 € supplémentaires", avoue la jeune fille. Aidée par ses parents, Mathilde Baland travaillait déjà à Intermarché, cette année. “Si je dois redoubler, je n’ai pas d’autre solution que de prendre un deuxième job étudiant”, assure celle  qui craint alors de rencontrer plus de difficultés pour poursuivre ses études. 

Seule solution, l’alternance. Mais là aussi, difficile pour les étudiants de dénicher l’opportunité. “J’ai envoyé plusieurs candidatures, mais les réponses sont souvent des refus. Les entreprises ont dû licencier ou faire des restrictions budgétaires, elles n’ont plus d’argent pour les alternants”, concède Mathilde Baland. L’alternance, pour Marie Montels est aussi la seule solution. “Je fais des insomnies depuis plusieurs jours, car sans alternance, je devrais arrêter l’école pour laquelle j’ai tant travaillé. J’ai une épée de Damoclès au-dessus de la tête”, regrette la jeune fille.

Si elle a de son côté trouvé un stage rémunéré, elle craint encore son annulation, au dernier moment. "Sans ce stage, c'est impossible pour moi de tenir encore plusieurs mois, il faudra alors que je trouve un emploi saisonnier de toute urgence, mais pour l'instant, je n'ai aucune confirmation définitive", détaille l'étudiante.
  

Lutter contre la précarité

Un fonds social d’aide d’urgence a été mis en place par l’Université de Bordeaux Montaigne et l'Université de Bordeaux. Depuis le 4 mai, huit commissions d’aides se sont tenues afin de traiter 108 demandes d’urgence, du côté de Bordeaux Montaigne. “Ce sont majoritairement des étudiants étrangers qui ne bénéficient pas de bourses ou des étudiants qui ont perdu leur emploi suite au confinement. Les demandes sont instruites par les assistantes sociales, au cas par cas”, précise Olivier Ballesta, vice-président de l’Université en charge de la formation et de la vie universitaire.

Au total, près de 35 000 € ont été accordés aux étudiants les plus précaires. “La situation ne va pas se résorber d’un seul coup. C’est pour cela que nous n’avons pas déterminé de date de fin pour ces aides d’urgence. De la même façon, un étudiant peut plusieurs fois faire une demande, si sa situation le nécessite”, ajoute Olivier Ballesta. L’université a également débloqué 40 000€, via un Fonds de solidarité et de développement des initiatives étudiantes (FSDIE). “Ce dispositif s’envisage aussi à moyen terme, car nous ne savons pas comment nous pourront accueillir nos étudiants à la rentrée. Nous sommes déjà en train d’anticiper un accompagnement renforcé des étudiants et nous allons revoir nos priorités budgétaires pour répondre au mieux aux besoins des étudiants”, précise le vice-président en charge de la formation.

L'Université de Bordeaux a de son côté financé plus de 700 dossiers, pour près de 300 000€. "Nous avons accordé directement des dons à certains étudiants, nous avons également équipés des étudiants en matériel électronique, notamment des cartes SIM et nous avons également distribués des cartes "carrefour", pour les étudiants les plus précaires", précise Blandine Lacassagne, chargée de communication à l'Université de Bordeaux.

En complément, dès ce mardi 12 mai, l’Etat accorde une aide supplémentaire de 200 €, versée en une fois. Elle s’adresse principalement aux étudiants boursiers et aux étudiants qui devront remplir un formulaire.


 
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