Les actes négationnistes commis à Oradour-sur-Glane

Pour la première fois, des propos négationnistes ont été inscrits à l'entrée du village martyr d'Oradour sur Glane. Une première pour des écrits mais d'autres actes révisionnistes ont déjà été commis et jugés à Oradour ainsi qu'à Tulle. 
Le graffiti révisionniste fait à l'entrée du Centre de la Mémoire d'Oradour-sur-Glane a été recouvert d'une bâche
Le graffiti révisionniste fait à l'entrée du Centre de la Mémoire d'Oradour-sur-Glane a été recouvert d'une bâche © FTV - Thomas Milon
Oradour-sur-Glane est toujours sous le choc et la consternation après la découverte d'inscriptions révisionnistes à l'entrée du Centre de la Mémoire du village martyr vendredi 21 août matin.

L'auteur (où les auteurs) du graffiti avait rayé le mot "martyr" avec une bombe de peinture blanche et inscrit à côté les propos révisionnistes : "Menteur, a quand la vérité ?" suivi de "Reynouard a raison".
 

Une profanation qui provoque des réactions


Une plainte a été déposée par le centre mémoriel hier samedi 22 août. Des inscriptions négationnistes qui ont suscité une levée de réactions dans tout le pays. Robert Hébras, dernier survivant du massacre du 10 juin 1944 qui fit 642 victimes hommes, femmes et enfants, a déclaré : "C'est quelque chose qui me choque beaucoup. Ces personnes qui font cela et nous traitent de menteurs ! J'ai vécu le drame. Je sais très bien qui était devant moi, les soldats de la division Das Reich ce 10 juin 1944 !"

Côté politique, de nombreuses réactions : le président Emmanuel Macron, le 1er ministre Jean Castex, le ministre de l'intérieur Gérald Darmanin, le ministre de la Transition écologique chargé des transports Jean-Baptiste Djebbari, le président de Nouvelle-Aquitaine Alain Rousset ou encore le président du conseil départemental Jean-Claude Leblois ont vivement manifesté leur indignation.  

Qui est Vincent Reynouard ?


Cet ancien professeur de mathématiques, figure de l'activisme d'extrême-droite, radié de l'Education Nationale en 1997, avait réalisé une cassette vidéo intitulée « La tragédie d'Oradour-sur-Glane : 50 ans de mensonges officiels ».

Une vidéo dans laquelle il contestait les faits établis par les rescapés et lors du procès de Bordeaux en 1953. Il affirmait notamment que les soldats de la division SS Das Reich avaient tué, le 10 juin 1944, 642 habitants du village en représailles d'activités maquisardes et que des explosifs avaient été dissimulés par les résistants dans l'église où périrent fusillés et brûlés 245 femmes et 207 enfants.

La Cour d'appel de Limoges, le 9 juin 2004, avait condamné Vincent Reynouard à 24 mois d'emprisonnement dont six mois « ferme », pour « apologie de crimes de guerre ».

Le 12 avril 2005, la chambre criminelle de la Cour de cassation a jugé que la décision de la cour d'appel était mal fondée car, dans sa cassette, le prévenu ne se livrait à aucune glorification des crimes commis à Oradour constitutive d'une apologie.

Selon la Cour, Vincent Reynouard avait limité son propos à une contestation du crime de guerre, ce qui n'était pas un délit. Seules la contestation du crime contre l'humanité et l'apologie de crime de guerre étant réprimées par la loi.

Pour cette raison, la Cour avait cassé l'arrêt de la cour d'appel, conformément aux conclusions de l'avocat général, sans renvoyer l'affaire devant une autre juridiction d'appel, l'infraction reprochée à Vincent Reynouard n'existant pas.

Cette décision choquante, au regard de la volonté de Vincent Reynouard de porter atteinte au symbole même de ce que représente Oradour, peut s'expliquer par la volonté de la chambre criminelle de faire prévaloir la traditionnelle interprétation stricte de la loi pénale.
 

A Tulle également...


Les défenseurs de la mémoire des Pendus de Tulle ont connu les mêmes déboires devant la justice

En 2008, le tribunal correctionnel de Tulle condamne Christophe Picard à 5 ans de prison ferme pour apologie de crime de guerre, après qu'il ait revisité l'histoire du martyr de Tulle sur son blog. Mais la cour d'appel le relaxera. Elle estimera qu'au moment du dépôt de plainte, les faits étaient déjà prescrits. 
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