Crise du coronavirus : les fermes pédagogiques à l’arrêt ou presque

Sans les traditionnelles visites des élèves en cette fin d’année scolaire, l’activité des fermes pédagogiques tourne au ralenti, pour ne pas dire à vide. Témoignages de professionnels dans le Limousin.

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(illustration) © Ronald Plett de Pixabay
"Adieu veau, vache, cochon, couvée", clamait Jean de La Fontaine dans La laitière et le pot au lait. Une citation qui exprime la désillusion lorsque l’on a nourri beaucoup d’espoirs déçus. Cela n’a rien d’une fable pour Sophie Guisnet qui a dû faire face à l’annonce du confinement en mars dernier. 

Tout se passait comme prévu pour cette jeune femme qui s’apprêtait à lancer sa nouvelle activité de ferme pédagogique à Sauviat-sur-Vige, un petit village haut-viennois à la frontière de la Creuse : 

Mon premier groupe devait arriver le 23 avril. J’avais 10 groupes inscrits au total, et jusqu’à 60 enfants certains jours.


Dans son lieu-dit du Buisson, tout était prêt pour accueillir les enfants. Jusqu’à ce coup d’arrêt initié par l’annonce présidentielle du 16 mars. Sans attendre les préconisations du Premier ministre le 2 juin ou les futures règles pour la rentrée de septembre, elle a décidé de jeter l’éponge, temporairement.

Je veux commencer dans une dynamique plus sereine, même si l’épidémie va sans doute s’estomper. J’ai donc décidé de reporter mon début d’activité à 2021, je pourrai ainsi bénéficier des aides allouées pendant un an pour le lancement de la ferme

Un choix par défaut mûrement réfléchi et qui n’entame pas la détermination de cette ancienne éducatrice spécialisée, débarquée il y a 7 ans du nord avec son compagnon, pour s’adonner au maraîchage bio. "Un retour aux sources" selon ses propres termes, qu’elle a mis à profit en suivant un BEPA agricole.

Finalement, cette crise du coronavirus la renforce dans l’idée qu’elle est sur le bon chemin, ainsi que sur l’utilité de sa nouvelle vocation 

Une ferme pédagogique, c’est de l’éducation à l’environnement : comment fonctionne une plante ? De quoi elle a besoin ? Montrer qu’on peut faire les choses naturellement

Avec le centre aéré de la Jonchère Saint-Maurice, Sophie Guisnet avait mis en place un atelier potager biologique autour du zéro déchet. Les visites devaient avoir lieu en mai et juin 2020. Il faudra donc là encore attendre 2021.

D’ici là, la société française aura sans doute mûri un peu plus cette question de la crise du Covid-19 et de ses implications environnementales : " Pour moi, c’est l’élément-phare. Nos enfants sentent que ça ne va pas, il faut leur expliquer que si on fait attention à la nature, il n’y aura peut-être plus d’épidémie. C’est eux qui vont relever le défi de sauver notre planète face à la destruction de la biodiversité. "
 
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(illustration) © Congerdesign de Pixabay


A Saint-Léger-Le-Guérétois, la ferme Arc-en-ciel résiste elle aussi à la crise. Pour sa huitième année sur le mode pédagogique, Cécile Villard vite une rupture d’activité sans précédent :

Tout est annulé. D’habitude, on a 6 ou 7 écoles en mai-juin, jusqu’à 40 élèves parfois. Évidemment, c’est une perte sèche. On ne pratique pas de frais d’annulation, de toute manière ils ne peuvent pas venir et on ne peut pas les accueillir


Tout est dit du désarroi que cette période inédite provoque chez de nombreux professionnels. Fort heureusement, la ferme de Cécile ne tourne pas qu’à l’approche des vacances scolaires mais toute l’année. Avec son mari et son fils, elle espère réouvrir ses portes au public à la rentrée de septembre. Et ainsi continuer de participer aux projets pédagogiques qu’elle a construits avec certaines écoles dont celle de La Brionne :

Avec les enfants, toute l’année, on travaille sur les saisons, les céréales, l’élevage avec la naissance des bébés etc. Une ferme pédagogique, ce n’est pas que du ludique !

Quant à espérer une reprise pour cet été, c’est un peu prématuré et présomptueux :
" J’ai fait un devis au centre de loisirs de Montluçon qui n’a pas donné suite, faute d’autorisation..."

Alors, en attendant, la ferme Arc-en-ciel se concentre sur ses autres activités : les bovins allaitants, la vente directe ainsi qu’un nouveau service de livraison à domicile. 

Au-delà des conséquences économiques, Cécile insiste sur les apports bénéfiques de son travail, en terme de bien-être pour les enfants mais également pour les personnes âgées auxquelles elle va aussi rendre visite avec quelques animaux de sa ferme :

Cela apprend le calme, à se canaliser, à ne plus avoir peur. C’est une autre approche des animaux

Des moments précieux que Cécile Villard espère revivre très vite, même avec les gestes barrière qui s’imposeront.

 
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