Agriculture : l'abeille, le ver de terre et l'agronome  

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Écrit par Hélène Abalo
Le jardin vivant, à Compreignac (Haute-Vienne).
Le jardin vivant, à Compreignac (Haute-Vienne). © Christophe Gatineau

Christophe Gatineau est agronome, spécialisé en agriculture innovante et en agroécologie. Installé à Compreignac en Haute-Vienne, il est auteur de plusieurs livres dans lesquels il défend l'abeille, le ver de terre et une agriculture responsable.

Il a la soixantaine, une renommée, des points de vue et des coups de gueule. Christophe Gatineau a fait des études d'agronomie et porte un regard critique sur la manière dont nous traitons la terre de la Terre.

"Je l'écoute, je l'observe, je sensibilise à sa cause, car le premier problème qu'on entretient avec la planète, c'est le regard que nous lui portons", analyse-t-il.

Un regard arrogant, méprisant ou simplement ignorant ? Pour faire évoluer les mentalités, le cultivateur-agronome est devenu écrivain. Pour partager ses connaissances, ses essais, ses doutes, il tient depuis plusieurs années le blog, Le jardin vivant, qu’il alimente au gré de l’actualité et de ses humeurs : les usages de l’ortie, l’opération Coquelicot, le glyphosate, la sécheresse…

Sur l’usage des pesticides dans l’agriculture, il a forcément son idée : "J'ai suivi un cursus agricole avec une spécialité en protection des cultures. Donc j'ai été tout de suite confronté à la problématique des pesticides et l'idée maîtresse de voir la nature et les animaux comme des parasites. La vocation du pesticide, c'est de se débarrasser de ces parasites. Le souci de cette stratégie, c'est qu'en supprimant le parasite, on en supprime des prédateurs comme les oiseaux, puis les prédateurs des oiseaux, on part dans un cycle infernal et au bout, on fait table rase de la bio-diversité."

 

Christophe Gatineau, invité de "Pour ma planète"

Le ver, c'est l'espoir...

Christophe Gatineau est l’auteur de plusieurs ouvrages dont le best-seller Eloge du ver de terre, véritable plaidoyer pour la protection des sols, puis Il faut sauver le ver de terre, militant pour la sauvegarde du lombric. Il en existe plus de 150 espèces en France, et ils ont un rôle primordial dans la fertilisation des sols qu'ils digèrent. Un substrat prompt à accueillir les cultures qui nous nourrissent. 

Ils ont également un rôle de plombiers de nos sols, ils permettent leur irrigation et, en ces temps de sécheresse appelés à durer, pas besoin d'être un grand scientifique pour comprendre l'intérêt essentiel de cette fonction.

Un sol sans vers de terre, c'est un sol sans vie. C'est comme un océan sans poissons.

Christophe Gatineau

Vouloir sauver le ver de terre, c'est permettre tout simplement à nos sols de pouvoir nous nourrir pour encore quelques décennies au moins... C'est en tout cas la position défendue par l'agronome. Et ce n'est pas le premier à s'intéresser au ver de terre, loin de là. Charles Darwin, lui a consacré tout un livre en 1881 (dont la préface est d'ailleurs signée par le Tulliste Edmond Perrier). Charles Darwin a étudié l'animal durant 45 ans, découvrant son utilité pour nos sols bien entendu, mais également quantité d'informations toutes plus étonnantes les unes que les autres : de l'intelligence du ver de terre, à ses élans sociaux, en passant par ses préférences alimentaires. 

En décembre 2018, Christophe Gatineau a fini par écrire une lettre ouverte, publiée par Le Monde, afin d’interpeller le président de la République sur la disparition des vers de terre. Il a reçu une réponse du ministère de l'Agriculture, qui en substance lui a répondu qu’on ne peut pas protéger le ver de terre à cause des techniques agricoles. 

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Bzzzz...

L’éveilleur de conscience reste pourtant persuadé qu’il existe des solutions pour nourrir les humains sans détruire la planète malgré les fléaux. Premier d'entre eux ?  le glyphosate qui décime les colonies de butineuses :

Le glyphosate (…) diminue le rythme cardiaque des abeilles, l’oxygénation du cerveau et ça les désoriente.… Elles ne retrouvent pas l’entrée de la ruche. Et sur des abeilles dites « sauvages », comme le bourdon, où c’est la femelle dominante qui nourrit l’essaim, si elle ne retrouve pas son essaim, il meurt.

Pour sauver les abeilles, et assurer notre propre survie, Christophe Gatineau milite pour un statut juridique de l’abeille.  "Si on donne un statut juridique à l’abeille, avec des droits, on va évaluer les pesticides par rapport aux abeilles", ce qui n’est pas le cas aujourd’hui. Au-delà des abeilles, l’ensemble des pollinisateurs est aujourd’hui menacé par les pesticides.

Il n'y a pas de politique pour sauver l'abeille, il n'y a pas de politique pour sauver le ver de terre, aucun politique pour sauver la biodiversité. Nous avons pourtant une obligation.

Christophe Gatineau

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Récolter beaucoup avec un minimum d’efforts ? Ah non !

Alors, c'est vrai que la prise de conscience est un peu longue, même si elle s'est accélérée lors la crise sanitaire : avec les confinements, nombreux sont ceux qui ont eu des envies de retour aux choses simples, mettre les mains dans la terre. Manger des légumes du jardinet, les faire pousser le plus naturellement possible. Les radios, les journaux, les réseaux sociaux font, depuis quelques années, résonner un nouveau mot, un terme très écolo : la permaculture, ou comment cultiver son potager, en accord avec la nature. Christophe Gatineau reste circonspect sur ce qui pourrait s'apparenter à un simple "truc à la mode".

Je ne veux pas faire de mal à la nature mais ça demande du temps, celui de l'observation et de celui de trouver des solutions.

Christophe Gatineau

"Le trait commun à tous ces nouveaux jardiniers en quête d’alternatives dites innovantes, pour récolter beaucoup avec un minimum d’efforts, c’est de vouloir apprendre des techniques comme on apprend une table de multiplication ou une recette de cuisine, c'est comme vouloir apprendre la peinture à un peintre en bâtiment. Internet et les réseaux sociaux véhiculent de nombreux plans divers et variés, et les auteurs ne tarissent jamais d’éloges sur l’abondance engendrée par leur création. Or, on n’implante pas une butte de culture comme un abri de jardin. Et à l’image de l’agri-culture, la perma-culture réclame de la culture, car c’est un art qui pose des actes créatifs en partenariat avec la Nature."

"Pipi et caca sont les deux mamelles de l’humanité"

L’humain a toujours besoin de modifier la nature, de créer, de lui demander de produire plus qu’elle ne peut. "On dope la nature. On va surfertiliser même naturellement… On surnourit pour dénourrir. Or on ne crée pas l’énergie. La nourriture de tous les êtres vivants vient des sols, plantes, animaux…. Sans cette nourriture vivante, il n'y a plus de vie." Plutôt que recréer un sol artificiel et lui demander d’être fertile, là, tout de suite, Christophe Gatineau nous propose d’observer et de réfléchir.  

Les ressources nutritives terrestres sont comme l'énergie, elles ne cessent de changer d'état, c'est un cycle. Et il faut très longtemps pour en créer de nouvelles à partir du processus biochimique de la photosynthèse, un processus qui n'est pas à l’échelle humaine.
Et nos déchets corporels qui ne sont pas recyclés, c'est-à-dire qui ne sont pas remis dans le cycle ? "C'est énorme. Tous les ans, l'humanité exclut du cycle de la fertilité 600 millions de tonnes de matières fécales (fertilisants) et 700 millions de tonnes d'engrais (urine)..."

 

Quels sont les visages de l’agriculture d’aujourd’hui ? Pour les découvrir, cliquez sur un point, zoomez sur le territoire qui vous intéresse ou chercher la commune de votre choix avec la petite loupe. Bonnes balades au cœur du monde paysan.

 

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