Assises de la Haute-Vienne : la violence de Frédéric Bernady décrite par ses proches

Publié le Mis à jour le
Écrit par Isabelle Rio .

Les témoignages se succèdent à la barre ce troisième jour d'audience. La majorité des proches rapporte des faits de violences exercés par Frédéric Bernady, l'un des deux accusés et père de la victime.

Il revient aux jurés d’appel de faire un sacré tri entre les mensonges, les incohérences et les silences. Que reste-t-il de ces débats ?

D’un côté, Alexis, 19 ans au moment des faits, en pleine force de l’âge, dont le corps est retrouvé face contre terre avec de multiples traumatismes. Il aurait pu être sauvé si les secours avaient été appelés.

De l’autre, dans le box, deux hommes plus âgés, chacun avec un handicap, qui se renvoient chacun la balle. Ils sont décrits comme violents et dépendants à l’alcool. Fallait-il qu’ils soient deux pour avoir le dessus sur le jeune homme, s’il y a eu altercation ?

 

L’avocat de Roland Michaud, Maître Guillaume Viennois, rappelle la position de son client : "Comme il le dit depuis le début, il n’est pas à l’origine de la mort d’Alexis. Il n’a pas porté de coup. Il n’a vu qu’un seul coup [porté par Frédéric Bernady, ndlr], le reste il avait refermé sa porte et était reparti chez lui."

 

Un contexte familial de violence

Les esprits s’échauffent, les accusés n’ont plus que quelques heures pour échapper au risque d’une condamnation. Frédéric Bernady s’emballe. Difficile de l’arrêter dans son récit, ses errements et ses invectives. Y compris lorsqu’il interrompt sa sœur qui décrit, à la barre, toute son impulsivité et son agressivité. "Il n’avait pas intérêt à me toucher, il le savait… Malheureusement il y a un autre qui n’est plus là."

Elle poursuit en décrivant plusieurs épisodes familiaux violents, parfois des coups de couteau, parfois des coups de poings et même des tirs de fusil de chasse jusqu'à blesser son père à la jambe.

 

"Si sa compagne est encore en vie aujourd'hui c'est un miracle" poursuit Maurice Bernady, que toute la famille appelle Christophe. C'est le frère ainé de Frédéric Bernady. Ses premières pensées à la barre vont à Alexis "qu'ils ont laissé comme un chien et ces deux individus demandent à être moins punis voire à rentrer chez eux". Et il raconte comment il a eu la mâchoire doublement fracturée par un seul coup de poing de son frère Frédéric. "On était à quatre un soir de décembre 2016, on jouait aux cartes. Ma conversation ne lui a pas plu. Tout d'un coup, je l'ai vu prendre son élan et j'ai senti comme une explosion dans ma tête. À l'hôpital, le médecin a cru que j'avais été frappé par une batte de baseball."

 

Une violence également confirmée par le fils cadet de Frédéric Bernady, élevé en famille d'accueil depuis 2010 à cause de maltraitances sur lui et la personne de son plus jeune frère encore mineur aujourd'hui, comme sur la personne de son frère ainé, Alexis. Le Président de la Cour d'assises lit sa déposition aux enquêteurs. "À sa majorité, il a voulu revenir aider nos parents, il en est mort. Je ne veux plus avoir rien à faire avec lui, je veux vivre ma vie."

Une audience mouvementée

Cette audience a aussi été marquée par la forte personnalité du père et de la mère de Frédéric Bernady, les grands-parents d'Alexis. Tous deux, d'une voix puissante, nullement impressionnés par la Cour, ont fait résonner leur colère.

"Qui a frappé Alexis par derrière ? Comme ils ne veulent pas dire ni l'un ni l'autre la vérité, ils ne méritent que la même sentence ! Ils l'ont massacré et je les retrouverai !" lance avec véhémence Paul Bernady. Des menaces que doit fermement interrompre le président de la Cour d'assises.

 

Face à cette charge, la mission s'avère difficile pour le défenseur de Frédéric Bernady, Maître Jean-Christophe Romand, du Barreau de Guéret. "Ce qui m'intéresse moi, désormais - puisque son comportement violent est presque considéré comme acquis - c'est qu'on me dise en quoi la violence, qui est normalement une infraction de droit commun, devient un meurtre. Un meurtre peut être violent, mais une violence n'est pas nécessairement un meurtre."

 

Place désormais aux plaidoiries des avocats des parties civiles : la mère et les deux frères d'Alexis, ainsi que ses trois tantes. Suivront le réquisitoire de l'avocate générale et les deux plaidoiries de la défense. 

 

 

Rappel des faits

Le 28 août 2018, entre 1h et 2h du matin, la vie d'Alexis s'est arrêtée nette, face contre terre, devant une maison d’un petit hameau au lieu-dit Beaufaix de la commune de Domeyrot en Creuse. Une maison dans laquelle il avait passé la soirée avec son père et un vieil ami de la famille, au cours de laquelle une bouteille de whisky de 2,5l a été vidée à trois. Alexis a succombé à des lésions telles que leur gravité a provoqué son agonie puis sa mort, avant d'être découvert cinq heures plus tard au petit matin par les éboueurs de la commune sur la voie publique.

En septembre 2018, le père d'Alexis est mis en examen pour meurtre. Mise en examen pour meurtre également pour l'ami du père Roland Michaud, un homme déjà condamné à 12 ans de prison pour le meurtre de l'une de ses voisines.

En janvier 2022, Frédéric Bernady, est accusé du meurtre de son fils et Roland Michaud, est accusé d'avoir récidivé 10 mois après sa libération de sa précédente condamnation pour homicide. Le verdict de la Cour d'Assises de la Creuse pour les deux accusés est de 22 ans de réclusion criminelle.

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