Consultations de demandes d'IVG : hausse de 20% au CHU de Limoges, l'accès plus difficile pour les jeunes femmes en zone rurale

Députés et sénateurs ont très largement approuvé, ce lundi 4 mars, l'inscription dans la Constitution de l'interruption volontaire de grossesse. À l'Espace choisir du CHU de Limoges, le nombre de consultations de demandes d’IVG est en hausse de 20% ces derniers mois. L’usage de la contraception d’urgence ("pilule du lendemain") semble exploser aussi.

1041 interruptions volontaires de grossesse ont eu lieu à l'Espace choisir du CHU de Limoges en 2023. Le nombre d’IVG y est en constante hausse au fil des années.

"Il y a des femmes sous contraception pour lesquelles il y a eu un échec ou pas de contraception efficace", expose Marie-Noëlle Duguet, sage-femme, conseillère conjugale et familiale au CHU de Limoges. "Si la grossesse est suffisamment jeune, elles ont le choix entre méthode médicamenteuse ou méthode chirurgicale".

L'IVG médicamenteuse représente d'ailleurs les deux tiers des IVG à l'Espace choisir et s'effectue en majorité à domicile, ou bien à l'hôpital.

Réorganisation face à la hausse de rendez-vous

"Ces derniers mois, surtout en janvier février, on a une augmentation de 20% du nombre de consultations de demandes d’IVG", nous déclare Anne Le Pichou, sage-femme et cadre du pôle Femme Parents Enfant (FPE) au CHU de Limoges. Cette dernière précise toutefois qu'"Entre 2018 et 2023, on a eu une augmentation du nombre d'IVG de près de 9%." 

L'explosion des demandes provoque une réorganisation régulière des personnels : "Il faut parfois doubler des journées de sage-femmes, de médecins et d'assistantes pour pouvoir assurer dans les délais légaux la prise de rendez-vous et l’accès à l’IVG".

Ici, la majorité des femmes ayant recours à l’IVG ont entre 20 et 30 ans. 5% des patientes sont mineures.

L'usage de la "pilule du lendemain" explose

Si l’usage des préservatifs serait en baisse, celui de la contraception d’urgence, aussi appelée "pilule du lendemain", serait en nette hausse, selon Aurélien Bellan, pharmacien à Limoges : "On a beau essayer de leur en parler, de leur expliquer qu'il existe d'autres solutions, ce sont souvent les mêmes personnes qui ont tendance à revenir avec un délai très court".

Depuis le 1ᵉʳ janvier 2023, la "pilule du lendemain" est accessible en pharmacie gratuitement, sans prescription médicale et à tout âge. Depuis cette même date, les pharmaciens peuvent délivrer des préservatifs gratuitement aux personnes de moins de 26 ans.

Si l'anonymat est assuré pour toute personne mineure, la carte vitale est nécessaire pour les femmes majeures. "Quand c'est le compagnon qui vient, c'est délicat de refuser une délivrance, mais ce n'est pas optimal pour accompagner la femme et lui donner des conseils", regrette le professionnel.

Deux types de pilules existent : la principale couvre une période de 48 à 72 heures suivant le rapport non protégé, la seconde peut aller jusqu'à cinq jours. Plus la prise est tardive, moins elle est efficace. "Si, sur le coup, les effets indésirables de la contraception d'urgence ne se voient pas forcément, sur le long terme, ce n’est pas forcément une bonne chose", affirme Aurélien Bellan.

La ruralité, un frein à l'accès à l'IVG

En 2023, 130 femmes ont été accompagnées par les bénévoles du planning familial de la Haute-Vienne. Parfois, des contraintes pratiques peuvent freiner l’accès à l’IVG.

"Il y a des difficultés pour les jeunes à se déplacer vers les centres IVG qui sont exclusivement centrés sur Limoges ou Saint-Junien. Pour les jeunes, les zones de Saint-Yrieix ou de Bellac représentent une difficulté. Et actuellement aucun professionnel libéral qui puisse délivrer des possibilités d’IVG médicamenteuses", regrette Marie-Jeanne Vaugoyeau, bénévole à l'association.

Un agrément des professionnels libéraux serait en discussion.

Reportage diffusé sur notre édition ICI 19/20 le mercredi 6 mars 2024 :

durée de la vidéo : 00h01mn49s
Reportage à Limoges (Haute-Vienne) de Justine Salles, Valérie Agut et Marion Haranger, tourné le mercredi 6 mars 2024. ©France Télévisions

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