Coronavirus : l'appel de la communauté médicale de Haute-Vienne à retourner se faire soigner

C'est un effet collatéral de l'épidémie : la plus grande majorité des Français ont renoncé à voir leurs médecins ou spécialistes, soit par peur du virus soit par crainte de déranger les soignants. La communauté médicale appelle aujourd'hui à revenir se faire soigner.
Les personnels soignants de Haute-Vienne, hospitaliers ou libéraux, oscillent entre amertume et inquiétude, comme au CHU de Limoges.
Les personnels soignants de Haute-Vienne, hospitaliers ou libéraux, oscillent entre amertume et inquiétude, comme au CHU de Limoges. © France Télévisions
"Aujourd'hui nous sommes tous réunis pour envoyer un message à la population : venez reprendre les soins !", a martelé ce mercredi Jean-François Lefebvre, le directeur général du CHU de Limoges, se faisant porte-parole de la communauté médicale de Haute-Vienne réunie autour de lui.
Constat alarmant déjà soulevé par de nombreux soignants : une forte proportion de la population a renoncé à se faire soigner depuis le mois de mars.

Les patients ont déserté les cabinets médicaux


"La capacité du service d'urgence a été diminuée de moitié. Pareil pour les consultations diminuées d'environ 50 à 60% et encore en prenant en compte les téléconsultations sinon le chiffre s'élèverait plutôt à 80% de consultations en moins. Parallèlement nous voyons arriver aux urgences des patients dans un état alarmant qui n'en seraient peut-être pas arrivés là s'ils avaient été pris en charge plus tôt", s'inquiète le directeur du CHU.
"On est descendu à 25% de la capacité du service urgences, constate de son côté Jean-Luc Dubois directeur de la polyclinique de Limoges. Chose assez rare, il y a un certain nombre de pathologies et syndromes cardiaques que nous voyons habituellement aux urgences et qu'on n'a pas vu. Ce qui signifie que les gens, restant confinés, risquent de passer à côté de pathologies plus graves qui peuvent peut-être se traduire par des décès".  

Même constat chez les médecins libéraux.

Plus d'un tiers des patients n'ont pas honoré les rendez-vous déjà pris dans nos cabinets. 

Plus globalement on peut estimer à plus de deux tiers la proportion de patientèle qui n'est pas venu se faire soigner", confirme le président de l'ordre des médecins, le docteur Pierre Bourras.

Il y a eu une chute considérable du nombre de dépistage du cancer colorectal depuis trois mois alors que nous en faisons beaucoup habituellement.

"Je n'ai personnellement vacciné qu'un seul enfant depuis trois mois", abonde le docteur Mickaël Frugier, généraliste et représentant de l'union régionale des professionnels de santé (URPS).
A la clé : des diagnostics tardifs qui peuvent engendrer de graves problèmes de santé. Pourtant l'activité n'était pas suspendue, même si de nombreux soignants ont été réaffectés dans les unités Covid. Les chirurgies cancéreuses notamment ont évidemment été maintenues.

"Nous sommes là pour vous soigner !"


Pour les établissements de santé, le moment est donc venu de préparer le déconfinement et le retour à un état non pas normal mais qui s'en rapproche.
"Nous ne sommes pas dans un "après" mais dans un "avec" coronavirus", remarque le docteur Pascal Paulhac de la clinique des Emailleurs.
Tous les patients sont donc invités à reprendre contact ou avec leur médecin traitant, ou avec leur spécialiste s'ils sont déjà suivis. S'ils ne le sont pas mais que la situation l'exige, il ne faut pas qu'ils hésitent à consulter ou à aller aux urgences. Le maître mot en cas de doute : toujours joindre son médecin traitant qui sera de bon conseil pour vous orienter où il faut. La communauté médicale veut avant tout restaurer la confiance et veut y mettre les moyens.
Que ce soit dans les hôpitaux, les cliniques, les cabinets médicaux, toutes les mesures vont être prises pour un retour des patients en toute sécurité.  Les parties administratives seront isolées derrière des plexi. Un cheminement sera assuré pour isoler la voie classique de la voie Covid.

Restaurer la confiance


Le port du masque sera obligatoire et vérifié à l'entrée de chaque établissement de santé. Des masques pourront être fournis à ceux qui n'en auraient pas. Les nettoyages seront également beaucoup plus fréquents. Dans les salles d'attente, les rendez-vous seront espacés et les distances respectés. Autant que possible, il est recommandé de ne pas se faire accompagner.
Comme les salariés invités à continuer autant que possible le télétravail : les médecins vont être incités à poursuivre au maximum les téléconsultations pour limiter l'afflux de patients. Au CHU, une application (MyCHU) permet de remplir un questionnaire pour être orienté au mieux. Les formalités administratives vont également être simplifiées.
L'organisation va être changée pour pouvoir redémarrer des consultations et la chirurgie mais la mise en route sera bien sûr progressive. 30 à 40% du potentiel sera retrouvé d'ici fin mai. En effet, les équipes restent prioritairement affectées pour affronter le virus et, en quelques heures, si un pic survient tous les moyens doivent pouvoir être mobilisés à nouveau.

Les gants à la poubelle !


La communauté médicale tenait aussi à pousser un gros coup de gueule contre l'usage des gants. Trop de personnes se présentent encore dans les cabinets médicaux avec des gants alors qu'ils ne servent à rien.
"Quand les gens arrivent avec des gants on leur montre la poubelle", s'agace le docteur Frugier.
 

Bon usage des gants


Pour rappel, les gants sont une fausse bonne idée. Ils collectent en fait plus de virus et de bactéries que la peau. Ils engendrent également un faux sentiment de sécurité, on croit moins se toucher le visage mais c'est faux. Certaines personne les aspergent de gel hydro-alcoolique ce qui les abime. Le masque et le lavage des mains sont bien préférables. 
Le mot d'ordre est donc : il ne faut pas prendre de gants chez son médecin au sens propre comme au sens figuré conclut à l'unisson la communauté médicale !
 
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