Coronavirus et médecins généralistes : entre colère, attente et recours aux masques périmés

Les fameux masques avec système de filtration n'ont pas encore été livrés dans les pharmacies de Limoges ce mercredi 4 mars. / © Léo2014 via Pixabay
Les fameux masques avec système de filtration n'ont pas encore été livrés dans les pharmacies de Limoges ce mercredi 4 mars. / © Léo2014 via Pixabay

Alors qu'Emmanuel Macron vient d'annoncer la réquisition des trois fabricants français de masques de protection, les médecins généralistes n'en sont toujours pas pourvus. Ils doivent continuer leur activité, et certains tentent de se protéger avec les moyens du bord. 

Par Alice Robinet

Alors que l'épidémie de Covid-19 se propage en France, comment les soignants peuvent-ils se protéger et protéger les malades pour éviter d'autres contaminations ?

Ce mercredi 4 mars, Emmanuel Macron vient d'annoncer la réquisition de "tous les stocks et de la production de masques de protection" pour les distribuer aux professionnels de santé et aux personnes atteintes par le coronavirus. 
 

Si l'hôpital était d'abord en première ligne pour accueillir les malades, les médecins généralistes et les soignants libéraux risquent de plus en plus d'être exposés à la maladie. Mais ils ne sont toujours pas équipés de masques en raison de la rupture des stocks. L'annonce d'Emmanuel Macron semble donc très tardive. 
 

Il y a dix ans, pour la grippe H1N1, nous avons été sur-équipés et sur-informés. Là, nous sommes sous-informés et sous-équipés


"Nous n'avons pas de FFP2 qui sont en rupture de stocks", deplore Philippe Nicot, médecin généraliste à Panazol (Haute-Vienne)Il poursuit :  "Il y a dix ans, pour la grippe H1N1, nous avons été sur-équipés et sur-informés. Là, nous sommes sous-informés et sous-équipés". 
 

Les soignants libéraux, bientôt en première ligne face au coronavirus ? 


Egalement généraliste à Panazol, le docteur Jean-Philipe Coisne poursuit ses visites à domicile. Il se dit "préoccupé, comme tout le monde", et déplore le manque d'informations et s'attend à une surcharge de travail. 
 

J'ai récupéré des masques périmés 


De son côté, à Feytiat, Jean-Christophe Nogrette opte pour la débrouille :"J'ai appelé le maire de Feytiat et je lui ai demandé s'il n'avait pas des stocks stratégiques de masque FFP2 avec filtration. Il en a, qui sont périmés, et veut bien nous en céder quelques-uns pour les cas ou il y en aurait réellement besoin".

"Nous n'avons pas pris la mesure du fait que ce sont les généralistes, en phase épidémique, qui feront l'essentiel du travail", souligne-t-il. 
 
Coronavirus et médecins généralistes : entre colère, attente et débrouille
Intervenants : Philippe Nicot, Médecin généraliste, Jean-Philippe Coisne , Médecin généraliste, Jean-Christophe Nogrette, Secrétaire général adjoint du syndicat MG France Equipe : GUIGNÉ Marine, VAILLE Noëlle, REILER Marion

 
Les masques en pharmacie, c'est pour quand ? 

 
À Limoges, les cinq pharmacies que nous avons contactées ce mercredi 4 mars donnent toutes la même réponse : "Nous n'avons pas encore reçu de masques, et nous ne savons pas quand est-ce que nous allons être approvisionnées". 

Impossible donc de savoir à partir de quand les soignants libéraux pourront récupérer quelques masques FFP2.

Ils seront de toute façon délivrés en quantité limitée et reservés aux professionnels de santé : "Tout ce que nous savons, c'est que nous ne recevrons que dix boites", explique une pharmacienne.

Dans les officines, de nombreux patients et soignants s'enquièrent au sujet de ces fameux masques, mais aucune réponse positive ne peut leur être apportée. 


Un 4e cas en Nouvelle-Aquitaine 

 
Pour l'instant, la France demeure phase 2 de l'épidémie. Dans les trois départements du Limousin, aucun cas n'a, à l'heure actuelle, été signalé par l'ARS de Nouvelle-Aquitaine.

Dans la grande région, la situation vient d'évoluer ce 4 mars 2019, avec un 4e cas signalé dans les Pyrénées-Atlantiques, après les Landes, la Gironde et la Charente-Maritime, selon un communiqué de l'ARS. Il s'agit d'un homme revenu d'un voyage en Italie, hospitalisé à Bayonne. 

 




 

FFP1, FFP2, FFP3, késako ?

Tout comme le désormais fameux "cluster" que l'on peut traduire par "foyer épidémique", le coronavirus a entraîné la popularisation de plusieurs mots ou expressions dont l'usage était jusque là limité aux professionnels de santé. C'est le cas des masques de type FFP1, FFP2 et FFP3. Mais que signifient exactement ces trois niveaux ? 

Le signe FFP vient de l'anglais "filtering face piece", c'est-à-dire littéralement "pièce faciale filtrante". 

Les numéros 1, 2 et 3 de ces FFP correspondent à des normes de filtration de l'air. Un masque FFP1, autrement désigné sous le terme de "masque chirurgical", est le moins filtrant et doit être porté par un malade pour éviter de contaminer d'autres personnes.

Les masques FFP2 a la forme d'un "bec de canard", et comportent un système de filtration qui permet de limiter la contamination d'une personne saine, comme un soignant au contact des malades. 

Les masques de type FFP3 protègent contre les particules les plus fines, notamment dans le secteur de l'industrie.

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