Coronavirus : le témoignage de Quentin Bontemps, un Limougeaud confiné à Wuhan

© (photo de Wuhan) - AFP - NICOLAS ASFOURI / AFP
© (photo de Wuhan) - AFP - NICOLAS ASFOURI / AFP

Alors que plus de 6 000 cas ont été diagnostiqués en Chine, où l’on dénombre près de 130 morts ce mercredi 29 janvier, un jeune limougeaud entrepreneur à Wuhan nous a expliqué pourquoi il avait choisi de rester et de ne pas céder à la psychose.
 

Par Jean-Martial Jonquard

Quentin Bontemps, originaire de Limoges, va bientôt fêter ses trente ans. À la base, ce devait être un anniversaire exotique, puisque le jeune homme est expatrié en Chine, à Wuhan précisément, capitale tentaculaire de la province du Hubei, au centre du pays, où il est propriétaire d’un bar comptant quatorze salariés.

Mais depuis quelques semaines, Wuhan est donc l’épicentre de cette mystérieuse épidémie de Coronavirus, qui, en Chine, aurait touché plus de 6 000 personnes et fait plus de 130 morts, alors que dans le monde, des cas d’infection ont été identifiés dans près de quinze pays.

On sait depuis le mardi 28 janvier que le gouvernement s’apprête à rapatrier par avion près de 250 français actuellement confinés à Wuhan, vraisemblablement vendredi prochain.

Mais Quentin Bontemps a fait le choix de rester sur place. Joint par notre confrère Romain Burot, il nous a expliqué pourquoi.

Pourquoi vouloir rester à Wuhan ?

Je suis clair sur ma position. J’en ai parlé avec mes parents, avec des amis, il vaut mieux que je reste là.

Je ne suis pas tout seul, il reste des médecins français, il reste des gens importants, influents au Consulat…
On n’est pas tout seul, on n’est pas abandonné.

Tant qu’il n’y a pas d’urgence majeure et qu’on ne nous oblige pas à rentrer, je reste.
On va se soutenir avec mes amis, j’ai de la chance d’en avoir beaucoup qui restent aussi, et qui habitent dans le même immeuble que moi.

Cela vient aussi de ma position ici, de mon business : je tiens un bar-restaurant, je suis solidaire de mes équipes, j’ai quatorze employés, ils sont inquiets pour leur métier, pour leurs salaires, pour leur future.
Je veux être présent quand les autorités nous autoriseront à rouvrir.

Vous avez fait le choix de fermer votre établissement ?

Non, c’est obligé. Les lieux ouverts, c'est qu'ils sont illégaux, qu'ils n’ont pas de licences. On peut aller en prison pour cela.
Il n'y a que quelques épiceries et les gros supermarchés qui ont pu rester ouverts. Même les pharmacies sont fermées, de toute façon, elle n'ont plus de médicaments.

Votre vision sur l’épidémie ?

Les autorités chinoises réagissent bien pour l’instant et mettent tout en place. C’est normal vu les enjeux économiques. Ils doivent montrer qu’ils font ce qu’il faut.
Fermer des villes entières, ça semble aberrant, imaginez à Paris, mais c’est nécessaire pour éviter la prolifération.

Vous me dîtes 136 morts, OK. Mais combien de mort fait la grippe chaque année en France ? 136 morts sur une ville de 11 millions d’habitants… En plus, l’épidémie s’est déclarée il y a plus d’un mois !

Sur le virus, on s’informe, mais je regarde de moins en moins les infos. Si l’on me voit beaucoup dans les médias français, c’est pour rassurer mes proches, mes amis, mais sinon…

Comment évitez-vous la psychose ?

Les Chinois ne sortent plus, mais restent très calmes. Quelques Français paniquent oui, mais ça leur appartient...

Après, je fais attention, je prends deux douches par jour, je nettoie régulièrement mon appart, je me lave tout le temps les mains, j’ai toujours de la solution hydro alcoolique  avec moi.
Je prends mes précautions, mais c’est minime, les risques pour moi.

La psychose ? Si j’avais des enfants en bas-âge, des parents âgés, oui, mais là, je me sens pas vraiment concerné, j’ai trente ans, je suis en pleine forme. Toutes les personnes mortes étaient âgées et avaient des antécédents pulmonaires. En faisant attention à ce qu’on fait, en prenant quelques médicaments, on peut « s’autoguérir ».

Vous comprenez l’emballement ?

Ma vérité, c’est que c’est un virus inconnu et que l’inconnu, cela fait peur. Moi, j’ai de la chance d’avoir des parents médecins (son père est cardiologue à la clinique Chénieux à Limoges et sa mère est infirmière.). 



 

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