Dépression, anxiété, troubles du sommeil : la santé mentale sous surveillance pendant la crise sanitaire

Depuis maintenant 8 mois, les séries de mesures de restriction et de confinement ont dégradé chaque jour un peu plus la santé mentale des Français. A l'hôpital psychiatrique Esquirol de Limoges, les équipes médicales sont sur le pont pour soigner les fragilités.

© Pixabay

Après six semaines d'hospitalisation, Catherine va pouvoir rentrer chez elle. Cette retraitée de 61 ans était déjà suivie pour dépression avant le confinement, mais la peur du virus et l'isolement ont provoqué une rechute.

Je me suis dit que j'allais attraper le Covid et il faut que j'essaie de trouver une solution, mais je n'ai pas pu, alors j'ai sombré.  

Catherine



Olivier Véran, le ministre de la Santé, mais également le directeur général de la Santé, Jérôme Salomon en sont conscients : le gouvernement veut éviter une "troisième vague", celle qui serait celle de la santé mentale. Santé Publique France a lancé une vaste et régulière étude sur le moral des Français.
 
 

Des questionnaires ont été adressés à des échantillons de 2 000 personnes (de 18 ans et plus). Sur les 16 vagues d'études lancées entre fin mars et fin octobre, les fluctuations sont évidentes. Après un temps d'adaptation, les cas d'anxiété et de dépression ont semblé se stabiliser pendant le confinement pour s'effondrer au moment de la première étape du déconfinement à la mi-mai et reprendre peu à peu à la sortie de l'été.

Et les indicateurs des premières semaines de novembre ne sont pas plus encourageants.

Des idées de suicide

Le mois dernier, une étude de l'Ifop abordait quant à elle la question du suicide. 1 Français sur 5 l'aurait envisagé sérieusement en 2020. Mais aussi paradoxal que cela puisse paraître, ce n'est pas pendant le confinement, période pourtant de forte contrainte que les intentions suicidaires étaient les plus nombreuses. Comme le détaille l'institut de sondage, "parmi les 20% des personnes interrogées qui déclaraient avoir déjà envisagé sérieusement de se suicider, 11% déclaraient l’avoir envisagé durant la période de confinement, 17% depuis la fin du confinement du printemps, ce qui doit nous faire prendre conscience collectivement que la crise est devant nous".

Parmi les explications, la solidarité qui a joué pendant le 1er confinement, moins après et la difficulté de passer à l'acte lorsqu'on est confiné en famille.
 
Le deuxième confinement aura-t-il un impact différent ? En tout cas, "on a l'aspect médical, la pandémie, le risque d'infection mais a aussi l'aspect économique, explique le docteur Eric Charles, psychiatre au centre hospitalier Esquirol. On essaie de trouver un équilibre entre les deux et puis on a finalement le grand oublié de tout cela, c'est l'impact psychique, extrêmement fort qui est fortement sous-évalué."

Face à la dégradation des indicateurs, l'hôpital Esquirol propose une aide par téléphone. Cette cellule d'écoute a enregistré près de 300 appels durant le premier confinement.

► 05.55.43.68.87

On sent une morosité, des difficultés. On a touché des personnes qui n'avaient aucun antécédent psychiatrique mais qui étaient dans une détresse importante.

Dr Nathalie Salomé, Psychiatre au centre hospitalier Esquirol - Référente de la cellule d'urgence médico-psychologique (CUMP)



Public particulièrement sensible, les personnes âgées isolées ou en Ehpad, peu à l'aise avec les nouvelles communications numériques.
Le docteur Magali Bricaud, psychiatre au centre hospitalier Esquirol de Limoges, est spécialisée dans la prise en charge des seniors. Elle a ressenti la difficulté à garder le lien. "On n'intervenait plus. La continuité des soins était faite par téléphone et c'était compliqué pour des personnes isolées".

A Esquirol, les soignants craignent que le début de l'année 2021 ne soit marqué par une nouvelle vague de consultations et d'admissions en soins psychiatriques.
  
 
Confinement et santé mentale : des indicateurs sous surveillance ©France Télévisions


L'acceptabilité

Un autre aspect des études menées sur le comportement des Français est celui des gestes barrières, la capacité des populations à se soumettre à des règles pour leur propre sécurité sanitaire et celle des autres. Ainsi, si le port du masque est monté en flèche à la sortie du confinement du printemps, tant en Nouvelle-Aquitaine qu'au niveau national, le relâchement est évident pendant la période estivale, tout comme la distanciation d'un mètre mais les (bons) réflexes reviennent !
 

 


Quant aux 4 gestes barrières essentiels (se laver régulièrement les mains, saluer sans serrer la main et arrêter les embrassades,tousser dans son coude, utiliser un mouchoir à usage unique), ces pratiques ont tendance redevenir tendance à la faveur de la reprise épidémique fin septembre. Comme le précise Santé Publique France, ces indicateurs sont des compléments à l'étude sur la santé mentale. Il s'agit de "déterminants cognitifs" (perception de la maladie et des mesures de protection) qui viennent compléter les principaux résultats. 



 

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