Les espaces de coworking à l'épreuve du Coronavirus en Limousin

Déjà plus qu'en difficulté, l'espace de coworking La Giraffe, à Limoges, a vu le confinement lié au Coronavirus lui porter un ultime coup fatal : il ne rouvrira pas. Les autres réfléchissent à leur avenir.

Rideau pour La Giraffe, qui ne rouvrira pas rue Haute-Vienne à Limoges. Déjà englué dans d'immenses difficultés, Didier Pouget, son fondateur, a vu ses ultimes et très maigres espoirs disparaître avec le Coronavirus.
Rideau pour La Giraffe, qui ne rouvrira pas rue Haute-Vienne à Limoges. Déjà englué dans d'immenses difficultés, Didier Pouget, son fondateur, a vu ses ultimes et très maigres espoirs disparaître avec le Coronavirus. © Jean-Martial Jonquard/France Télévisions

La fin de La Giraffe

Ouvert en 2016, l'espace de coworking La Giraffe (sic), situé rue Haute-Vienne à Limoges, ne rouvrira pas malgré le déconfinement. Son créateur, Didier Pouget, l'a annoncé le mercredi 20 mai sur le compte Facebook du lieu.
Ces derniers temps, quelques messages laconiques ne laissaient déjà planer qu'un maigre espoir sur la réouverture de ce lieu qui avait pourtant su trouver son public.
 
Mais, selon Didier Pouget, joint ce jeudi 21 mai, ce n'est pas le confinement qui a eu raison de ses efforts.

Cela n'a été qu'un révélateur, ou un accélérateur. J'avais déjà avant d'immenses difficultés, et ma trésorerie ne me laissait plus d'autres choix.
C'est sûrement lié au modèle économique que j'avais choisi pour La Giraffe.
Oui les espaces de coworking ont le vent en poupe, et la crise sanitaire du Coronavirus est d'ailleurs, d'un certain côté, peut-être porteuse d'espoir pour eux.
Mais il faut vraiment s'interroger sur la formule retenue.
La mienne, avec à la base des abonnements très simples et très souples, débutant à bas prix, ne m'a pas permis de faire vivre ce lieu.
C'est très triste. Mais je reste convaincu du bien fondé des espaces de coworking.

Un problème sans doute lié au modèle économique choisi

Des regrets, et une analyse, que partagent Adrien Boisdevesy et Matthieu Tanty. Le premier a fondé Le Phare, le second Le Cantou, d'autres espaces de coworking limougeaud.

Le problème principal qu'a rencontré Didier, c'est que son espace était en accès libre, si je puis dire. Nous, au Phare, on a des résidents permanents, des sociétés, la Fédération Hierro... Sans eux, qui nous garantissent des rentrées mensuelles fixes, on ne pourrait pas survivre non plus. Et on ne fait pas que du coworking, on est également un espace culturel. [Adrien Boisdevesy, Le Phare]

On était très complémentaire avec Didier, et je suis vraiment très triste pour lui, pour son lieu, pour lequel il s'est tant battu.
Vous savez, je suis même convaincu que si la rue Haute-Vienne a retrouvé une certaine dynamique, c'est grâce à lui.
Mais effectivement, on a pas le même modèle. Nous, au Cantou, il nous faut absolument des résidents, sinon, on ne pourrait même pas payer la plupart des charges.
Sur la vingtaine de places disponibles, on a actuellement 16 résidents, dont certains sont venus pendant le confinement, pour travailler.
Cela dit, on voit quand même l'avenir avec inquiétude. Il ne faudrait pas que la reprise, si tant est qu'il y en ait une, tarde de trop... [Matthieu Tanty, Le Cantou]


Longtemps symboles en France des « bobos parisiens », les espaces de coworking se sont pourtant multipliés sur tout le territoire, ces dernières années.
Et ils ne sont plus l'apanage des grandes villes, on en trouve jusqu'en zone rurale, via la communauté des Tiers Lieux notamment.
En Limousin, la très dynamique Quincaillerie de Guéret, en Creuse, en est le parfait exemple.

Mais cette variété se fonde sur une diversité qui ne va pas sans poser problème

Les Tiers Lieux par exemple sont des endroits formidables.
Mais, et j'en discutais beaucoup avec eux, lorsque certains venaient à La Giraffe organiser des formations, ils reposent essentiellement sur des aides publiques, jusqu'à 80% parfois.
Or on sait que cette manne n'a pas vocation à durer.
Que deviendront-ils lorsque la source se tarira ? [Didier Pouget, La Giraffe]

Sans être tatillon, il y a espaces de coworking, et espaces de coworking, ou plutôt, espaces de locations, ce n'est pas la même chose. Encore une fois, si on ne peut pas s'appuyer sur une base fixe, celle des résidents permanents, même s'il y a du turn-over chez eux, ce n'est pas viable. À moins d'être soutenu. Mais cela ne dure que le temps du soutien. [Matthieu Tanty, Le Cantou]

Il y a peut-être une chance dans le Coronavirus pour les espaces de coworking

On estime que la crise du Coronavirus a fait chuter de plus de 80% les activités des espaces de coworking en France.
Cela dit, et comme le dit Didier Pouget, il y a peut-être pour ces espaces un avenir qui naîtra de cette crise, pour ceux du moins qui parviendront à surmonter ses effets économiques.

En effet, face aux conséquences sanitaires, aux gestes barrières, à la distanciation, qui sont peut-être là pour longtemps, bon nombre d'entreprises ont, ou vont devoir réinventer leurs espaces.
Et les open spaces, les « flex offices » (un seul bureau partagé par plusieurs collaborateurs), qui avaient tant la vogue il y a quelques semaines encore, et qu'on nous promettait être le monde de demain, sont aujourd'hui regardés avec effroi.
De plus, l'explosion du télétravail durant le confinement a peut-être fait (enfin) changer le regard qu'on lui portait jusqu'alors.
Un télétravail qui permet aussi d'envisager des lieux de vie différents...

Nous, au Phare, on a profité du confinement pour faire évoluer nos espaces d'accueil.
Pour les beaux jours, on a désormais un lieu extérieur. Et on proposera aussi des salles de réunion de 6, 12 et 24 places.
Enfin, plus tard, parce que là, avec les règles de distanciation, la 24 places, elle n'est accessible qu'à 10.
Mais oui, je pense que le confinement, et ses conséquences, peuvent nous apporter un nouveau publique. Pas forcement à court terme.
Et il ne faut pas non plus envisager des « hordes de Parisiens » qui viendraient s'installer chez nous. Cela, c'est du fantasme. [Adrien Boisdevesy, Le Phare]

Ah le fantasme des Parisiens, il est vieux comme Hérode à Limoges, et il le restera...
Après, pour parler des « joies » du télétravail, elles existent, mais beaucoup se sont rendus compte que ce n'était pas forcement simple chez soi.
Tout comme du côté des dirigeants, qui, en France, restent encore très frileux sur ce télétravail. Basiquement, ils craignent pour la productivité et la rentabilité. Mais eux aussi ont vu que cela pouvait marcher.
Alors c'est peut-être une perspective pour nos espaces, qui en plus ont un mode de fonctionnement résilient.
Mais pour revenir au fantasme, plus que des Parisiens, peut-être des habitants des grandes villes, c'est peut-être quelque chose qui peut arriver.
Nous, au Cantou, on l'a constaté depuis le mois de septembre dernier, et cela nous a beaucoup surpris.
On a été contacté par plusieurs salariés qui étaient très intéressés. J'ai le cas par exemple d'un Bordelais, qui n'en pouvait plus là-bas, et que son entreprise avait autorisé à passer en télétravail. Il avait fait se études à Limoges, il en gardait un bon souvenir, et voulait venir s'installer là.
J'ai aussi le cas d'une amie, qui a monté une plateforme pour justement aider l'installation de Parisiens hors de la capitale. Elle était à Clermond avec son mari, elle est revenue à Limoges. Alors pourquoi pas ? [Matthieu Tanty, Le Cantou]

Poursuivre votre lecture sur ces sujets
coronavirus santé société emploi économie entreprises
l’actualité de votre région, dans votre boîte mail
Recevez tous les jours les principales informations de votre région, en vous inscrivant à notre newsletter