La propagande de Vichy sous la loupe du musée de la Résistance de Limoges

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Écrit par Pascal Coussy

Jusqu’au 30 août prochain, le musée de la Résistance de Limoges expose de nombreux objets, affiches et documents de propagande créés entre 1940 et 1944 pour promouvoir l’idéologie du régime de Vichy et de la Révolution Nationale du Maréchal Pétain

Des affiches, des livres, des bibelots, des contes pour enfants, des timbres, des partitions musicales : ces documents inédits, à la fois surannés et étrangement modernes, souvent inconnus du grand public, dormaient dans les réserves du musée de la Résistance, au cœur du vieux quartier de la Cité à Limoges.

Objets exhumés d’un passé pas si lointain, à mi-chemin entre la mémoire et l’histoire, ils sont les témoins d’un passé qui hante encore nos débats du présent.

Il y a 80 ans, après la défaite face à l’armée allemande, toutes les formes d’expression et tous les médias furent mis à contribution pour promouvoir la Révolution Nationale du maréchal Pétain et sa politique de collaboration avec l’occupant nazi. La propagande allait devenir une des armes essentielles du régime de Vichy.

Répandre et propager l'idéologie de la Révolution Nationale du Maréchal Pétain

L’étymologie  du terme « propagande » vient du latin Propagare, qui signifie répandre, propager.

L’Eglise catholique fut la première à l’utiliser, en tout cas officiellement, en créant au XVIIème siècle la très puissante « Congrégation pour la propagation de la foi », en vue de répandre la foi chrétienne, d’évangéliser les terres lointaines, et accessoirement, de lutter contre la Réforme protestante.

Quelques siècles plus tard, ce sont les régimes autoritaires des débuts du XXème siècle qui ont fait de la propagande une arme puissante au service de leur idéologie, de leurs dirigeants et de leur pouvoir.

Les communistes en Union Soviétique, les fascistes en Italie, les nazis en Allemagne, puis le régime de Vichy du Maréchal Pétain vont perfectionner et généraliser les méthodes d’endoctrinement et de conditionnement des « masses ». Tous les supports, tous les moyens de communication, tous les arts vont être mis à contribution pour faire adhérer les foules aux objectifs d’une propagande massive et multiforme.

De 1940 à 1944, le régime de Vichy va utiliser la propagande pour imposer le culte du « sauveur » (le maréchal Pétain), faire accepter l’idéologie de la « Révolution Nationale » et  la « collaboration » avec l’occupant nazi et aussi légitimer le régime face à une contestation grandissante.

Légitimer le régime et la collaboration avec l'occupant nazi

Dès 1941, Paul Marion, un ancien propagandiste du Parti Communiste passé au Parti Populaire Français est chargé d’unifier, de centraliser et de rationaliser l'Information et la Propagande de l’Etat français. Il créé une école des cadres propagandistes. La presse, le cinéma, la radio seront strictement contrôlés. Il dispose de moyens financiers conséquents : plus de 300 millions de francs par an qui vont permettre au régime de Vichy d’imprimer des tracts et des affiches mais aussi de tourner des films et de réaliser des reportages.

En 1940, la débâcle de l’armée française face à l’armée allemande avait humilié, traumatisé et sidéré les français. Pétain va en profiter pour prendre le pouvoir, conforter son rôle de sauveur qui « limite les dégâts », abattre la République  et imposer sa « Révolution Nationale ».

Sa propagande culpabilisatrice va désigner des bouc-émissaires rendus responsables de la défaite : la République, le Front Populaire, la laïcité et « l’esprit de jouissance » qui aurait trop longtemps « miné le pays ». Elle va particulièrement être ciblée sur la jeunesse, à ses yeux nouvelle élite de la Révolution Nationale, par nature innocente des pêchés de ses aînés et fer de lance de la reconstruction de la nation.

Désigner des bouc émissaires et glorifier la jeunesse

Encadrés par de nombreux organismes créés à cet effet, le régime de Vichy appuyé par une grande partie de la hiérarchie de l’église catholique, va soumettre les jeunes français à une intense propagande axée sur la vénération du chef, de la virilisation de la société, du culte du corps et la prédominance de valeurs morales autour du travail, de la famille et de la patrie. On estime que la moitié des 5 millions de jeunes de la tranche 14-21 ans furent affiliés à un mouvement de jeunesse pendant l’occupation.

L’école et les enseignants sont également accusés de porter une part dans la responsabilité de la défaite. Les écoles normales sont supprimées. La Ligue de l’Enseignement et le Syndicat National des Instituteurs sont dissous. Un millier d’instituteurs sont déplacés, mis à la retraite d’office ou révoqués.

Pour le général Weygand « « Tous les malheurs de la Patrie viennent du fait que la République avait chassé Dieu de l’Ecole. Notre premier devoir sera de l’y faire rentrer ». L’autre pilier de l’école devient le culte du Maréchal Pétain dont la vie et l’œuvre seront enseignés de la même manière que celles des héros du nouveau régime comme Jeanne d’Arc ou Vercingétorix.

Instrumentaliser les services sociaux et la charité publique

Enfin, face aux conditions matérielles très difficiles auxquelles sont confrontés les Français plongés dans la guerre et l’occupation allemande, les services sociaux du « Secours National » prennent aussi une place prépondérante dans les thèmes de la propagande du régime de Vichy.

Dès octobre 1940, l’institution caritative est placée sous l’autorité directe du Maréchal Pétain pour légitimer et compenser les effets de sa politique de collaboration avec l’Allemagne. En 1941, 28% de son budget est consacré à la lutte contre la faim.

Devenu un puissant instrument de propagande, le Secours National va disposer de droits et de moyens financiers exceptionnels. Jusqu'à la Libération, pas une affiche, pas un film, pas un reportage consacré à l’action du Secours National ne sera réalisé et diffusé sans qu’y soit associée l’image du Chef de l’État français.