"Les gens attendent, mais ce n’est pas une bonne idée" : les permis de construire en baisse à la campagne

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Intervenantes : Josette Jayat, responsable agence L'Immobilier Arédienne, et Hélène Darthout, commerciale Maisons Limousines. ©France 3 LImousin

L'inquiétude des constructeurs de maisons et des vendeurs de terrains qui font face à une baisse des demandes de permis de construire en zone rurale. En cause, les taux d'intérêt et la hausse des prix des matériaux. Ce contexte économique difficile s'avère toutefois être une bonne nouvelle pour le climat et on vous explique pourquoi. (Première publication le 6 octobre 2023)

Le jour de notre tournage, nous nous rendons à Saint Yrieix-la-Perche, à quarante kilomètres de Limoges. Le constat est net : peu de nouvelles maisons sortent de terre alors que les terrains ne manquent pas.

"Le coût est vraiment dissuasif"

Exemple concret : Josette Jayat, responsable de l’agence L'Immobilier Arédienne, peine à trouver preneur pour un terrain à la vue dégagée. Selon elle, c’est une question de prix : "Les gens veulent encore faire construire, ce n'est pas l’idée qui a disparu, le Français veut devenir propriétaire et veut construire du neuf […]. Mais le coût est vraiment devenu dissuasif."

En un an, son agence a divisé par deux ses ventes de terrains à bâtir. Une tendance liée au manque de financement, à la hausse du taux d’emprunt, à l'augmentation du prix des matériaux, et à d'autres dépenses liées à la vie en zone rurale. Fin juillet, en Haute-Vienne, les autorisations de permis de construire étaient en recul : - 40 % par rapport à l’an dernier.

Josette Jayat le constate : "Se pose le problème du carburant. On a de nombreuses personnes de Saint-Yrieix qui font l’allée et venue à Limoges tous les jours. Ça devient problématique, d’où le prix du terrain à Saint-Yrieix qui est, au mètre carré, bien inférieur à la première ou deuxième couronne de Limoges."

De leur côté, les constructeurs défendent leur activité, comme Hélène Darthout, commerciale pour "Maisons Limousines" : "On est sur des maisons plus isolées avec des coûts de consommation très bas au niveau électricité […]. Les gens attendent, mais ce n’est pas une bonne idée parce que les taux sont plus élevés qu’avant mais inférieurs à l’inflation, donc c’est un bon placement."

Mauvais pour l'économie, bon pour l'environnement

Si l'origine du phénomène semble économique, cette nouvelle tendance a aussi une répercussion écologique, cette fois positive, car elle représente aussi une respiration pour la terre alors que l’artificialisation des sols aggrave le réchauffement climatique.

En effet, cette baisse des constructions limite l'artificialisation des sols, défini par la loi climat comme "l’altération durable de tout ou partie des fonctions écologiques d’un sol, en particulier de ses fonctions biologiques, hydriques et climatiques, ainsi que de son potentiel agronomique par son occupation ou son usage".

Selon l’Office français de la biodiversité, "en France, entre 20 000 et 30 000 hectares d’espaces naturels, agricoles et forestiers sont consommés chaque année. Ce phénomène se poursuit à un rythme quatre fois plus important que celui de l’augmentation de la population". 

Cette artificialisation a d'importantes conséquences concrètes, avec notamment une accélération de la perte de la biodiversité déjà catastrophique et l’aggravation du réchauffement climatique, car un sol dégradé absorbe moins de CO2.

"Il y a une image de la réussite autour d’un pavillon avec un jardin, mais ça ne tient pas"

Le gouvernement a mis en place un objectif de "Zéro artificialisation nette" qui fait débat, mais pour faire face au changement climatique, une prise de conscience semble indispensable et un changement des mentalités.

Marc-André Selosse, invité ce mercredi 4 octobre de l’émission "Planète Info" sur France Info, détaille : "Nos modes de vie sont plus exigeants en surfaces artificialisées. Ce sont autant de surfaces qui ne nourrissent plus, qui ne jouent plus leur rôle par rapport à l’eau, qui ne jouent plus leur rôle par rapport au climat… Si on aime nos enfants, il faut préserver ce patrimoine."

Pour lui, l’image de l’habitat doit évoluer : "Il y a une image de la réussite autour d’un pavillon avec un jardin, mais ça ne tient pas […]. On a besoin d’un habitat plus dense. On a besoin de créer une image et une envie d’autre chose qu’une banlieue pavillonnaire. Le coût induit va nous aider à comprendre que c’est bien de se serrer un peu…"