Limoges : la ville éteint ses lampadaires, pour mettre en lumière la biodiversité

Depuis lundi soir 28 juin 2021, la ville de Limoges a décidé de faire coup double. Près de la moitié de la ville sera plongée dans le noir de 23h30 à 5h30 du matin. Il s'agit à la fois de lutter contre la pollution lumineuse, mais également de faire de considérables économies.

Pour le budget 

250 000€ HT, c'est le montant des économies annuelles que cette mesure va faire économiser à la ville de Limoges. 

À partir du lundi 28 juin 2021, la municipalité a choisi d'éteindre une partie de son éclairage public entre 23h30 et 5h30 du matin. 170 des 380 armoires de commandes de l’éclairage public que compte la ville seront programmées pour s’éteindre une partie de la nuit. Les rues du centre-ville, des grands axes de circulation, et les zones couvertes par la vidéo protection sont en revanche exclus du dispositif.

Cette décision fait suite à une phase d'expérimentation menée durant une année. Et ayant fait ses preuves, comme nous l’explique Didier Franck, directeur de la transition énergétique à la Ville de Limoges : "Nous avons testé cette mesure sur 14 lotissements de la ville, soit environ 1000 foyers. Nous avons ensuite demandé l’avis des familles concernées par l’expérience. Et les retours ont été positifs. Seuls environ 10% des personnes ont émis des réticences concernant l’insécurité que cela pourrait générer. Mais selon les statistiques nationales, qui sont confirmées au plan local, il n’y a en fait pas plus d’insécurité dans les zones non éclairées, pas plus de cambriolages non plus, ceux-ci ayant lieu la plupart du temps en plein jour."

Selon l’ANPCEN, l’Association Nationale pour la Protection du Ciel et de l’Environnement Nocturne, en France chaque année, 2 milliards d’euros sont dépensés pour l’éclairage public.

Or,  à elles seules les 364 communes labellisées cette année, Villes et Villages étoilés génèrent une économie globale de 5,8 millions d’euros. Sachant qu’au total, 722 communes sont labellisées en France. Ce sera peut-être un jour (ou une nuit), le cas de Limoges.

Pour l’environnement

Le jour, la nuit, le jour, la nuit… C’est la nature, le cycle normal de tout être vivant sur la surface de la terre. Or, quand l’éclairage est trop présent la nuit, c’est tout le cycle de la nature qui en est bouleversé.

En 20 ans, l’éclairage public a augmenté de 94%, explique l’ANPCEN. Les nouvelles zones d’habitations et leurs nombreux lampadaires, les nouvelles zones d’activités commerciales avec leurs enseignes lumineuses et leurs parkings éclairés toute la nuit. Tout cela crée une véritable pollution, une pollution lumineuse.

Un exemple probant des dégâts causés par cette pollution : à quand remonte votre dernière rencontre avec une luciole, un ver luisant ?  Il faut chercher loin dans votre mémoire…

La femelle attire son mâle en produisant une petite lumière. C’est uniquement grâce à elle que le mâle trouvera une belle. Sauf que… il faudrait 500 lucioles pour produire la même intensité lumineuse qu’une bougie. Lampadaires, enseignes lumineuses et même les petits luminions de jardin ont pour effet de rendre invisibles les dames lucioles et de tromper ces messieurs qui au lieu de chercher leurs compagnes au sol, se dirigent vers les lampadaires et deviennent des proies faciles.

Où sont passées les lucioles ? ©Corentin Kimenau

Les oiseaux sont également victimes de la pollution lumineuses, la revue Instinct-Animal, recense les effets de la lumière artificielle sur les oiseaux : "Chez le merle noir, cette exposition engendre un système de reproduction plus précoce (un mois avant) que ceux qui n’y sont pas exposés. Alors que chez le moineau domestique, c’est le contraire. Face à de fortes perturbations lumineuses, son système reproducteur endocrinien est retardé."

Ne parlons pas des chauves-souris, toutes les espèces pâtissent de l’éclairage artificiel, etc, etc.

"La végétation est également impactée," souligne Didier Franck, "et nous humains, nous le sommes aussi," poursuit le directeur de la transition énergétique à la ville de Limoges. Ce que confirme cette étude documentée de l'encyclopédie de l’environnement : "La pollution lumineuse diminue la production et la sécrétion de mélatonine. Or, le déficit en mélatonine s’accompagne d’une altération des rythmes biologiques et de la perte de ses propriétés anti-inflammatoires, anti-oxydantes, immuno-stimulatrices, neuro-protectives, cardio-protectives et anti-oncotiques."

Comment se lancer ?

Chaque commune peut se lancer dans la lutte contre la pollution lumineuse et obtenir le label Villes et Villages étoilés. Il suffit pour cela de demander un dossier d’inscription à l’ANPCEN. Quatre critères sont étudiés et font offices de leviers pour l’obtention du label :

Et nous les particuliers ?

Et bien nous pouvons devenir pour l’ANPCEN des observateurs des étoiles et partager sur le site nos observations. L’ANPCEN propose également de devenir des sentinelles de l’environnement nocturne. Grâce à un outil interactif il vous permet d’enregistrer nos observations, elles sont collectées, et permettent à l’association d’être plus pertinente et plus influente auprès des collectivités locales.

Nous pouvons également faire en sorte de ne pas ajouter de pollution nocturne dans notre jardin. Investissons plutôt dans un hôtel à insectes que dans une lampe de jardin. Même un petit luminaire solaire peut être source de pollution pour les insectes. Rappelez-vous des vers luisants de votre enfance. Pour qu’ils reviennent, éliminez toute source lumineuse décorative. Adieu luminions et lampions, bienvenue lucioles et pipistrelles.

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