Une décision qui intervient en plein mouvement #MeToo Hôpital. Le CHU de Limoges avait exclu de son stage un étudiant en médecine condamné pour agressions sexuelles, en première instance, par le tribunal de Tours. Le tribunal administratif de Limoges a suspendu cette décision. Des étudiantes de la faculté de médecine de Limoges ont pris la parole pour dénoncer ce qu'elles qualifient d'omerta autour de cette affaire.

C'est un nouveau rebondissement dans l'affaire Nicolas W., cet étudiant en médecine de 26 ans, condamné en première instance par le tribunal correctionnel de Tours le 19 mars dernier à cinq ans de prison avec sursis pour agressions sexuelles sur d'anciennes camarades, alors qu'il était étudiant à la faculté de médecine de Tours. 

Ce lundi 15 avril, le tribunal administratif de Limoges a annulé la décision du CHU de Limoges de suspendre l'étudiant de son stage en oncologie médicale, obligatoire pour valider sa sixième année. Le 22 mars dernier, la directrice du CHU l'avait, en effet, exclu à titre conservatoire,"dans l'attente de la décision du conseil de discipline par l'Université" de Limoges. 

Rappelons que le parquet de Tours, qui avait requis une peine de prison ferme, avait fait part de son insatisfaction, raison pour laquelle il a ensuite fait appel. L'étudiant, qui a reconnu les faits lors du procès, va donc devoir de nouveau être jugé. À noter également que les faits reprochés par la justice ne s'étant pas déroulés durant l'exercice professionnel de ce dernier, mais dans le cadre de la vie privée - des soirées étudiantes - le tribunal correctionnel de Tours ne pouvait pas prononcer d'interdiction d'exercer.

Dans son ordonnance, le tribunal administratif de Limoges motive donc sa décision notamment par le fait que "le CHU a prononcé son exclusion en raison d’une condamnation pénale et de fait commis en dehors de l’établissement de santé ou de l’université de Limoges et, d’autre part, il n’est pas établi qu’il ait commis une infraction disciplinaire ou que son comportement soit de nature à remettre en cause le bon fonctionnement du service." 

Compte tenu de cette décision du tribunal administratif, le CHU de Limoges disposait d'un délai de deux jours pour réintégrer Nicolas W. au service d'oncologie.

#MeToo Hôpital

Cette décision de justice intervient alors que des étudiantes ont pris la parole mi-avril dans le JT ICI 19/20 Limousin pour dénoncer, le silence de l'Université de Limoges autour de cette affaire : "Il y a une omerta à laquelle, en plus, on nous a demandé de participer." accuse l'une d'entre elles, sous couvert d'anonymat.  "Quand nous avons su, via la presse, les antécédents de cet étudiant, nous avons été reçus par notre doyen qui nous a demandé de ne surtout rien faire et de laisser la justice suivre son cours."

Contactée, la faculté de médecine n'a pas donné suite à nos sollicitations. La présidente de l'Université de Limoges, Isabelle Klock-Fontanille, nous a confirmé le lendemain de ce reportage, par téléphone, avoir pris acte de la décision du tribunal administratif tout en précisant que le conseil de discipline allait enquêter sur le comportement de l'étudiant depuis qu'il est à Limoges. Elle nous a fait savoir que cela pourrait prendre "plusieurs semaines, voire plusieurs mois."

Selon Me Marc Morin, l'avocat des victimes, "la question que doit se poser l'université de Limoges, mais aussi le CHU où il fait son stage, c'est de savoir si une personne qui a reconnu être l'auteur d'agressions sexuelles peut continuer à étudier et peut continuer à être au contact de femmes vulnérables."

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Un collectif d'étudiants des facultés de médecine de Tours et de Limoges a décidé de prendre la parole sur l'affaire Nicolas W. ©Marine Guigné / Margaux Blanloeil - France Télévisions

Sous le pseudo d'Emma Auclert, un compte Instagram, créé le 13 avril dernier, et déjà suivi par plus d'un millier de personnes ce 21 avril, relaie les informations autour de l'affaire. "Ce compte a pour vocation de relayer l'histoire de Nicolas W., un agresseur qui deviendra docteur... si on ne fait rien", précise la biographie du compte.

Un compte créé en plein mouvement #MeToo Hôpital, lancé après les accusations de "harcèlement sexuel et moral" de l'infectiologue Karine Lacombe envers l'urgentiste Patrick Pelloux. Une prise de parole suivie de nombreux témoignages sur les violences sexistes et sexuelles subies dans le milieu hospitalierSelon une enquête de l'Association nationale des étudiants en médecine de France (Anemf), près de quatre étudiantes en médecine sur dix disent en avoir subi durant leur stage hospitalier. 

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