Ministre de la Culture, linguistes et Université de Limoges : points de vue opposés sur l'écriture inclusive

Roselyne Bachelot n'est pas une adepte de l'écriture inclusive. Une graphie qu'elle juge "compliquée" et "élitiste". Des institutions officielles ont pourtant adopté cette écriture, comme l'Université de Limoges, une démarche revendiquée pour faire avancer l'égalité hommes-femmes.

© Max PPP / Le Télégramme / F. Destoc
La ministre de la Culture n'est pas favorable à l'écriture inclusive. Dimanche 6 septembre, lors du Grand Jury RTL, Le Figaro, LCI, Roselyne Bachelot a indiqué "ne pas être une militante de l'écriture inclusive", ajoutant que cette graphie était "horriblement compliquée" et par ailleurs une "démarche élististe".

Le 18 septembre, 32 linguistes ont signé une tribune, soulignant notamment que l'écriture inclusive "pose des problèmes à ceux qui ont des difficultés d’apprentissage" devenant ainsi une écriture "excluante".

Une opinion très tranchée qui surprend ceux qui, au contraire, militent pour ce type d'écriture dans une démarche d'égalité entre les hommes et les femmes.

"Donner de la place aux hommes et aux femmes"

L'université de Limoges utilise ainsi l'écriture inclusive depuis maintenant plusieurs années dans ses courriers officiels. Valérie Legros, vice-présidente de l'université en charge de l'égalite milite elle pour cette écriture. "Cela permet de donner de la place aux hommes et aux femmes dans la langue française", explique-t-elle.
 

Il ne faut pas oublier que l'utilisation qui nous semble naturelle de la langue française (ndlr : la règle du masculin qui l'emporte sur le féminin) a été construite par un homme au XVIe siècle simplement parce qu'il pensait que les hommes étaient plus forts et plus intelligents que les femmes.

Valérie Legros

Elle n'est pas étonnée par la position de la ministre de la Culture sur la question de l'écriture inclusive. Toutefois, elle admet trouver cela "dommage" : "Sa position, et celle du gouvernement, va à l'encontre de la grande cause nationale qu'Emmanuel Macron avait prévu pour son mandat, celle de l'égalité entre les hommes et les femmes".  

En effet, Roselyne Bachelot suit les choix déjà établis par le gouvernement. Fin 2017, le Premier ministre Edouard Philippe avait demandé de bannir l’écriture inclusive des textes officiels. Le ministre de l’Éducation nationale et l’Académie française s'étaient également prononcé contre cette graphie.

Une méthode adoptée par des professeurs de l'université

Si l'ensemble de la communication de l'université de Limoges se fait de manière égalitaire - en écrivant "les étudiants et les étudiantes" par exemple ou en utilisant des formules épicènes comme "la population étudiante" - l'utilisation de l'écriture inclusive n'a pas été imposée dans le corps enseignant. "Nous n'avons pas eu de démarche directive envers les professeurs mais maintenant certains en profitent pour utiliser ce mode de communication", précise Valérie Legros.

Valérie Legros a eu affaire à beaucoup de réfractaires lorsque l'université de Limoges a décidé d'employer une "communication égalitaire". "Certaines personnes trouvent que c'est un combat qui ne sert à rien, détaille-t-elle. Parfois, ils ont du mal à vivre cette féminisation du langage, c'est presque une remise en question identitaire pour eux."

La vice-présidente de l'université préfère s'attacher aux témoignages de soutien qu'elle a reçu notamment de la part de chercheuses qui apprécient de voir qu'elles sont nommées en tant que tel et non invisibilisées derrière le nom masculin "chercheur" qui sous-entendrait qu'il n'y a pas de femme dans la profession. 



 
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