Précarité des étudiants, une rentrée universitaire difficile

Malaise parmi les étudiants. Beaucoup disent manquer d'informations sur leurs filières à quelques jours de la rentrée. S'ajoutent également des difficultés financières, notamment quand le job d'été a manqué.
Selon une enquête menée en 2018 sur les conditions de vie des étudiants néo-aquitains, 28% d'entre eux étaient en situation de vulnérabilité. La crise sanitaire a sans doute accentué cette vulnérabilité même s'il encore trop tôt pour la mesurer. Un premier ressenti se dégage néanmoins au seuil de cette rentrée universitaire.

Un défaut d'informations dénoncé

C'est tout d'abord un défaut d'informations qui déstabilise beaucoup d'étudiants. Certains se préparaient à être physiquement présents et ont appris la veille que leur rentrée se ferait à distance. Ainsi cette promotion en quatrième année de médecine, les jeunes ont reçu un courriel jeudi, veille de leur rentrée, pour les inviter à s'inscrire en se connectant via un lien. Tant pis pour celles et ceux qui n'avaient pas consulté leur messagerie, ils sont rentrés à Limoges pour rien avant le week-end.

Pour les post-bacs, c'est différent. Tout est forcément compliqué quand c'est la découverte d'un nouvel univers. Une rentrée universitaire classique, ce n'est déjà pas simple alors que dire de cette rentrée 2020 avec en plus ses protocoles sanitaires : masque obligatoire dans les couloirs, dans les amphis et au restaurant universitaire où seule la position assise permettra aux jeunes enfin de trouver ou retrouver une convivialité naturelle. Toujours disciplinés au tout début, les étudiants respecteront-ils toujours ces règles au fil des semaines ? 
 

Les jeunes sont heureux de se retrouver, on le voit avec cette première rentrée Pharma-Médecine, leur besoin de proximité ne va pas évidemment avec les contraintes sanitaires. Mais pour l'instant, chacun se montre discipliné. Nous verrons comment cela va évoluer avec la rentrée des prochains campus, nous nous adapterons

Thierry Averty, directeur du CROUS de Limoges


Pour les deuxième, troisième ou quatrième année, le défaut d'information est autre. Selon les filières, ils cherchent des emplois du temps, des salles, des précisions sur les cours pour savoir s'ils seront bien présents ou si les cours seront adaptés pour un enseignement à distance. Déjà perturbés à la fin de l'année scolaire, ils se montrent inquiets pour leur organisation et expriment leur anxiété dans les forums et autres échanges avec les associations étudiantes.

Un inconfort psychologique qui s'ajoute à une plus grande précarité financière encore que les années passées.

La rentrée est le mois des grosses dépenses et par anticipation d'un enseignement à distance, ils disent vouloir investir dans un équipement informatique. Mais beaucoup ne peuvent se le permettre.
 

Nous avions mis en place pendant le confinement, avec la FAGE - la Fédération des Associations Générales Etudiantes, des prêts d'ordinateurs et des financements d'abonnements internet pour les étudiants les plus précaires. La question est de savoir si ces mesures vont devoir se prolonger.

Quentin Périgaud, ancien président du bureau des étudiants en STAPS



Si le coût de la rentrée est en hausse de 3,21% selon la Fédération des associations générales étudiantes, Limoges reste une ville appréciée pour son cadre de vie, compte-tenu notamment du montant des loyers. Les étudiants estiment raisonnable un loyer entre 200 et 300 € pour un studio.

Mais le budget d'un étudiant varie selon son statut, sa filière et son cursus. Pour un étudiant inscrit à l'université, les droits d'inscription s'élèvent à 170 € pour une entrée en licence (113 € pour le taux réduit) et 243 € pour une inscription en master (159 € pour le taux réduit),  en ce compris les 92 € de contribution à la vie étudiante obligatoire. Droits d'inscription auxquels s'ajoutent le loyer, la restauration, le transport.

Des droits d'inscription beaucoup plus élevés pour les étudiants étrangers, qui doivent assumer en licence une inscription d'un montant de 2 770 € et de 3 770 € en master, ainsi que pour les étudiants aux cursus privés.

Anthony Mourlhon-Bonnet est étudiant à l'Institut de formation en masso-kinésithérapie à Limoges. Il rentre dans quelques jours en quatrième année. Ce cursus est dispensé par la Croix-Rouge et est donc privé, contrairement aux deux autres formations en masso-kinésithérapie qui existent à Limoges et qui sont eux, publics. La Région Nouvelle-Aquitaine, bien qu'encouragée par l'Etat à le faire, n'accorde aucune subvention pour cette formation. La totalité des frais de scolarité sont donc à la charge de chaque étudiant, soit 5.500 € l'année.

Les étudiants empruntent donc auprès de leurs parents ou, souvent, auprès d'une banque. Un endettement qui pèse psychologiquement sur le jeune. Outre le fait qu'il ne peut pas se permettre de redoubler, il va inévitablement en tenir compte à la sortie de son cursus, dans ses choix d'installation. Il privilégiera des postes financièrement plus confortables à des postes qu'il pourrait trouver plus intéressants mais moins bien payés. Une option qui peut avoir des conséquences sur ces déserts médicaux dont on parle tant.
 

Des études financées par un travail à côté

Mais Anthony Mourlhon-Bonnet ne se plaint pas de sa situation, par comparaison à bien d'autres étudiants.

Il a décroché un CDI auprès de l'association des Paralysés de France. Il travaille comme auxiliaire de vie un week-end sur deux. Un travail qui lui apporte beaucoup humainement, qui lui permet de mettre en pratique ce qu'il apprend et qui lui permet de recevoir 300 ou 400 € par mois, ce qui est loin d'être négligeable dans son budget. C'est sur la plateforme JOBAVIZ du CROUSS qu'il a trouvé cette opportunité. Particuliers et entreprises y déposent leurs offres d'emploi, aux horaires souples et peu élevés. On y trouve des propositions de gardiennages, de service en fast-food ou en supérettes, de gardes d'enfants ou des missions d'inventaires dans les magasins. Autant de jobs très recherchés par les jeunes pour financer leur vie étudiante. Un budget qui n'a rien à voir selon qu'on est étudiant du public ou du privé, boursier ou pas, comme le souligne Anthony, par ailleurs Président de la Fédération LEA (les étudiants associatifs du Limousin).
 

Nous par exemple, n'étant pas étudiants dans une formation qui relève de l'enseignement public, nous ne sommes pas prioritaires pour le CROUS. Très peu d'entre nous bénéficient donc d'une chambre en résidence étudiante, nous sommes quasiment toutes et tous en studios chez des particuliers ou en colocation.

Anthony Mourlhon-Bonnet, étudiant en 4e année à l'Institut Régional de Formation Sanitaire et Sociale Nouvelle Aquitaine

 


Outre le loyer, la restauration est également un poste important du budget étudiant.

Le repas au restaurant universitaire est à 3,30 €. Pour cette rentrée, il sera de 1 € pour les boursiers. Une avancée importante très appréciée. La preuve déjà au restaurant universitaire ce mardi 1er septembre avec les étudiants en médecine et pharmacie. Une demi-heure de file d'attente.

Entre le port du masque et la capacité limitée du restaurant, les élèves ont dû se montrer patients. Car si les horaires de restauration ont été étalés de 11h à 14h, les emplois du temps n'en ont pas vraiment tenu compte. Pour le moment, il fait beau... mais ces conditions ne vont-elles pas décourager certains dans quelques semaines ? A suivre.

Anthony et ses camarades boursiers vont devoir eux aussi se montrer patients.
 

A quelques jours de cette rentrée, nous n'avons toujours pas reçu la confirmation que nous sommes boursiers. Nous devrons donc payer nos repas au prix fort, comme nous devons faire l'avance des 92 € de contribution à la vie étudiante, même si nous en sommes exemptés en tant que boursiers. Cette somme nous sera remboursée mais pour l'instant, il faut quand même trouver cette somme à payer et 100 € ça compte dans un budget de rentrée.


Et quand on est boursier, on doit savoir jongler avec son budget car les versements sont faits avec deux semaines voire plus de décalage. Beaucoup d'étudiants ont donc des fins de mois difficiles.
 

Moins de jobs d'été

Pour les non boursiers, c'est le job d'été qui finance la plus grande partie les études. Mais cette année, la crise financière est venue compromettre beaucoup de plans. Les salariés ont pris moins de vacances pendant juillet et août, après avoir été encouragés voire obligés à en poser pendant le confinement. Il y a donc eu moins de CDD pour remplacer les congés estivaux. Anthony Mourlhon-Bonnet l'a constaté dans son association par exemple.
 

Je conseillais l'association où je travaille à beaucoup de copains les autres années, il y avait des possibilités pendant l'été. Mais pendant juillet et août de cette année, les vacances des salariés ont été moins longues, du coup il y a eu moins de besoins de remplacements.


Certains animateurs diplômés de leur BAFA n'ont pas trouvé de colonie ou de camp de vacances. Ils ont espéré jusqu'au dernier moment et se sont retrouvés sans solution de repli. D'autres avaient des contrats en vue dans les milieux culturels, là aussi ils se sont retrouvés sans activité.

Pour financer ses études, il y a aussi, pour les filières paramédicales, les contrats dits de fidélisation, entre un étudiant et un centre hospitalier par exemple. Mais les jeunes rechignent car des établissements ne jouent pas le jeu par la suite et profitent de la contrainte d'emploi pour bloquer l'évolution salariale du jeune diplômé. Même réserve du côté des contrats d'apprentissage, où de jeunes étudiants se retrouvent en situation d'autonomie, loin de tout encadrement et donc d'enseignement.
 

Plus d'aides demandées dans les mois à venir

L'enveloppe budgétaire des aides apportées aux étudiants a d'ores et déjà triplé depuis le 1er janvier 2020 par rapport à l'an passé. Des aides ponctuelles apportées pour payer un solde de loyer, une facture d'électricité ou des besoins alimentaires, après évaluation sociale
 

Nous sommes conscients que ces demandes risquent d'augmenter encore. Nous sommes vigilants pour ne laisser personne dans le besoin, le tout est de bien coordonner nos dispositifs avec l'université pour ne pas faire de doublons

Thierry Averty, directeur général du CROUS de Limoges

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