Un professeur de pneumologie du CHU de Limoges alerte sur les effets à long terme du Covid-19

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Alors que le gouvernement a fait le choix de ne pas imposer de mesures trop restrictives pour limiter la circulation du virus Sars-CoV-2, le Pr François Vincent, pneumologue au CHU de Limoges et conseiller régional de Nouvelle-Aquitaine s’inquiète des conséquences inconnues du Covid-19.

Le variant Omicron serait, certes, plus contagieux, mais beaucoup moins dangereux. En partant de ce postulat (confirmé par plusieurs études scientifiques), le gouvernement français a fait le pari d’une quasi libre circulation du virus Sars-CoV-2 : priorité assumée au bon fonctionnement de l’économie, protocole sanitaire restreint (notamment dans les écoles).

Un pari risqué ? C’est ce que pense le Pr François Vincent, pneumologue au CHU de Limoges et également conseiller régional de Nouvelle-Aquitaine, qui affirme que l’on connait encore très mal le virus du Covid-19 et les effets à long terme de la maladie.

Dans son service, le pneumologue accueille des patients qui ont développé des séquelles pulmonaires après une infection au Covid-19.
« Cela concerne un à deux nouveaux patients par semaine. Ces personnes souffrent d’un essoufflement persistant et inexpliqué, plusieurs mois après leur infection au Covid. C’est le symptôme le plus fréquent, qui est souvent associé à une fatigue persistante et invalidante, et à une faiblesse musculaire. Beaucoup présentent également des troubles de la concentration et de la mémoire », décrit le médecin. Autant de symptômes qui ne trouvent pas d’explications médicales rigoureuses, et laissent encore les soignants démunis.

Face à ces inconnues, le pneumologue estime qu’il serait plus sage de jouer la prudence : « Avec le variant Delta, il y avait 30 à 40 000 infections par jour. Avec Omicron, c’est 300 000. En imaginant que 1% de ces malades (et c’est certainement sous-estimé) développent des séquelles, on prend le risque de voir surgir ce type de complications à moyen terme, sans avoir tout déclenché pour limiter ce nombre qui est dantesque ! »

Sous-estimer ces risques qu’on ne connaît pas est une erreur, selon François Vincent, qui lâche cette doctrine : « La médecine est la science du doute et l’art de l’incertitude ».
Face à certains de ses collègues qui affirment que le Covid long n’existe pas, que l’infection a fait émerger une pathologie sous jacente qui était là avant, il réplique : « D’accord, mais laquelle ? Certains patients se retrouvent avec des nausées, des troubles de la vision, sans aucune explication. Il faut accepter de ne pas tout savoir, nous n’avons que deux ans de recul sur cette maladie ».

Etudier le virus pour mieux le comprendre. Au sein du CHU de Limoges, le professeur de pneumologie lance justement une étude observationnelle sur les effets de l’infection au Covid sur le diaphragme. « Il s’agit de déterminer si l’essoufflement est lié à une plus faible contractabilité du diaphragme après un Covid », explique-t-il. L’étude inclura 50 patients, à partir du 1er février.