Une association veut valoriser le poisson des étangs du Limousin pour l’alimentation

De l’étang à l’assiette : une association régionale basée à Limoges veut développer la filière piscicole et la production de poissons d’eau douce grâce aux nombreux étangs sous-exploités. Elle vient de remporter un appel à projet pour se lancer.

"Notre projet réveille la pisciculture à vocation alimentaire qui était abandonnée". Marie-Ange Nowak, présidente de l'Association pour la promotion du poisson local en Nouvelle-Aquitaine (APPL-NA) croit dur comme fer à son projet.

Selon elle, la pisciculture est une profession en voie de disparition. Les poissons élevés en France servent en grande majorité à repeupler les rivières et le pays importe 80 % du poisson d’eau douce pour l’alimentation.

La Nouvelle-Aquitaine regorge d’étangs privés bien poissonneux en carpes par exemple (70 000 dont 20 000 en Limousin et 12 600 en Haute-Vienne).

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Depuis 2016, l’association basée à Panazol, près de Limoges, travaille donc à valoriser pour l’instant les étangs du Limousin après avoir fédéré près de 3 500 propriétaires d’étangs.

Mardi 29 juin 2021, l’association faisait le point sur son activité depuis le domaine de Bort, à St-Priest-Taurion. Marc-Antoine de Sèze, gérant du groupement foncier agricole de Bort est intéressé par la pisciculture :

On pourrait avoir à terme de petites unités de transformation pour faire des filets de poissons fumés, des préparations à base de poisson.

Le projet est ambitieux car on le sait, la consommation se porte aujourd'hui davantage sur les poissons de mer.

Soutien public-privé 

Pour mener à bien son projet, l’APPL compte sur le soutien de la fondation Avril "reconnue d’utilité publique". Cette dernière a lancé en 2020 un appel à projet "Territoires à Agricultures Positives", dont l’objectif est d’initier l’émergence de projets locaux dans le large Massif central, associant développement durable et transitions agricoles.

Neuf projets sont lauréats, dont l'APPL, et pourront bénéficier d’un soutien financier public-privé (au total de 324 000 euros) de la fondation Avril, de l’Agence Nationale de la Cohésion des Territoires (ANCT du Massif central) et de la Fondation RTE (réseau de transport d’électricité). 

Une association veut valoriser le poisson des étangs du Limousin pour l’alimentation

La fondation Avril met en avant son indépendance vis-à-vis du groupe Avril, dont elle est pourtant actionnaire, un géant agro-industriel qui annonce sur son site être le numéro un de la production d’œufs, d’huiles de table en France et leader de la nutrition animale.

On peut penser que la production piscicole pourrait aussi servir à fabriquer des aliments pour poissons, mais la question semblait embarrasser la déléguée de la fondation. Le groupe Avril confirme de son côté produire des aliments pour poisson, mais précise qu'il s'agit pour l'instant d'une activité mineure.

Etat des étangs ? 

Le projet à large échelle de l'APPL interroge pourtant des défenseurs de l'environnement, comme Marcel Chabassier, secrétaire général de l'association Sources et rivières du Limousin.

"L'association n'a vraiment rien contre l'activité par elle-même de production piscicole en vue de faire de l'alimentation, par contre, ce qui nous inquiète, c'est que ça ne doit pas permettre de justifier l'existence de milliers de plans d'eau sans usage et voire illégaux qui ne respectent pas les normes environnementales".

D’après lui, de très nombreux étangs ont été créés dans les années 70 grâce à la mécanisation, sans obtenir forcément d’autorisations.

Les porteurs du projet assurent que seuls les étangs déclarés et correctement aménagés seront mobilisés. "La régularisation des étangs, les travaux de maçonnerie, d'élagage vont créer de l'activité économique avant le travail des pisciculteurs, des écloseurs et des collecteurs de poissons" ajoute Marie-Ange Nowak, évoquant la création d'un millier d'emplois en Nouvelle-Aquitaine.

Enfin, l’APPL souhaite aussi commercialiser les boues issues des étangs, pour une vocation thérapeutique comme cela existe en Hongrie ou en Italie et développer la pêche no-kill comme le font les Anglais.

 

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