VIDEO. Il y a 70 ans, le procès du massacre d’Oradour-sur-Glane provoquait déception et polémiques

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Le 12 janvier 1953 s'ouvrait le procès du massacre d'Oradour devant un tribunal près de Bordeaux. L'un des procès les plus retentissants de l'après-guerre pour le massacre le plus important commis par les SS dans l'ouest de l'Europe. Mais pour le Limousin, ce procès sera un immense fiasco judiciaire qui laissera des traces. ©France 3 Limousin

Le 12 janvier 1953 s'ouvrait le procès du massacre d'Oradour à Pessac près de Bordeaux. L'un des procès les plus retentissants de l'après-guerre, pour le massacre le plus important commis par les SS dans l'ouest de l'Europe. Mais pour le Limousin, ce "procès de Bordeaux" restera comme un immense fiasco judiciaire et laissera des traces.

Le 10 juin 1944, la division SS Das Reich massacre 643 innocents à Oradour-sur-Glane, en Haute-Vienne. L’instruction de ce drame retentissant va durer 9 ans. Le procès s’est ouvert devant un tribunal militaire de Pessac, tout près de Bordeaux, le 12 janvier 1953.

"Soyez bref"

À cette époque, les survivants veulent d’abord savoir pourquoi les SS ont choisi de brûler leur village. Mais devant le tribunal militaire, ils sont auditionnés comme de simples témoins.

Robert Hébras, rescapé du massacre, a dû attendre trois longues semaines avant d’être entendu. Il raconte aujourd'hui : "Lorsque je suis rentré dans la salle d’audience, le président du tribunal m’a dit, "Monsieur Hébras, soyez bref, et n’expliquez que ce que vous avez vécu". "Soyez bref", d’un air plutôt pas très engageant. Ça s’est arrêté là, et j’ai témoigné à peine 10 minutes."

Neuf ans après les faits, les accusés ont fondé des familles et se présentent en costumes civils. Ils sont 21 simples exécutants, 7 Allemands et 14 Français. L’un d’entre eux s’était engagé volontairement dans les SS, les autres sont des Alsaciens qui n’ont jamais souhaité combattre avec les Allemands. Ces "Malgré-Nous" se présentent comme des victimes. Mais comme tous les autres accusés, ils sont finalement condamnés.

"Le symbole du crime impuni"

Mais une semaine plus tard, une loi d’amnistie est votée par l’Assemblée Nationale, à la demande des députés alsaciens et au nom de la réconciliation nationale. Un choc pour Oradour.

L’historien Pascal Plas analyse : "Pour les gens d’Oradour, c’est une immense déception qui va avoir des conséquences considérables, qui va les amener à un repli sur eux-mêmes et sur leur douleur. Or, la justice se doit d’être réparatrice, et là, elle ne l’a pas été. Ce n’est pas une justice réparatrice, c’est au contraire une justice qui va, à nouveau, créer la polémique."

Selon l’ancien maire d’Oradour, Raymond Frugier, le président de l’association des familles de victimes aurait écrit quelques années plus tard : "Oradour, qui a été le symbole de la barbarie, restera le symbole du crime impuni."

Une blessure profonde

Pendant plus de 20 ans, les représentants de l’État deviennent indésirables à Oradour-sur-Glane. Une affiche est apposée aux deux entrées du village. On y trouve les noms de tous les députés qui ont voté l’amnistie. Parmi eux, un certain François Mitterrand.

Ces affiches restent en place jusque dans les années 60. Raymond Frugier se remémore le courrier écrit alors par un préfet à un ministre : "Je crois qu’il faut renoncer à les faire enlever, sauf à maintenir des compagnies de CRS sur place 365 jours sur 365." 

En 1982, François Mitterrand, président de la République, se rend à Oradour. La tension est encore très importante. Raymond Frugier se souvient : "La tension était encore forte. Je crois que c’était le seul évènement qui a nécessité autant de service d’ordre. Le Président n’oubliait pas qu’il était sur la liste des parlementaires qui avaient voté la loi l’amnistie. Et certains à Oradour ne l’avaient pas oublié non plus."

Son discours, le premier depuis 1953, le Président le prononce à l’intérieur de la mairie. Sur le livre d’or, il inscrit simplement son nom, et la date du 3 mai 1982, laissant chacun libre d’interpréter ce geste.

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