Accusée d'avoir empoisonné sa fille, la mère d'Enea serait atteinte du syndrome de Münchhausen par procuration

Maylis Daubon, mise en examen pour l'empoisonnement et la mort de sa fille Enea, souffrirait-elle d'un syndrome de Münchhausen par procuration ? C'est en tout cas ce que laisse entendre une expertise psychiatrique. Ce trouble, extrêmement rare, implique d'attirer l'attention en simulant ou provoquant une pathologie sur son enfant.

S'agirait-il d'un début d'explication ? Ce vendredi, un rapport de deux psychiatres, en charge de l'expertise de Maylis Daubon, est revenu sur le fonctionnement psychique et les différents troubles de cette mère de deux enfants. Maylis Daubon est mise en examen pour l'empoisonnement de sa fille Enea, décédée à l'âge de 18 ans. Ces troubles "pourraient évoquer un syndrome de Münchhausen par procuration", soulignent les médecins. Ce syndrome, qui induit une maltraitance infligée sur l'enfant victime de son parent, ne serait pas de nature à altérer ni abolir le discernement de la mise en cause.

Un syndrome rarissime 

Jusqu'à présent, un tel syndrome n'a été posé devant une Cour d'assises qu'une seule fois, pour un infanticide, sans être formellement retenu, souligne le professeur Paul Bonnan. Et pour cause : c'est un syndrome "rarissime", "compliqué à décortiquer", et "difficile à démontrer", explique ce psychiatre, expert auprès du tribunal de Bordeaux, et qui n'est pas à l'origine de ce rapport. "Il s'agit de personnes qui vont solliciter les médecins pour des symptômes que peuvent présenter l'un de leurs enfants. Des troubles qu'eux-mêmes ont pu provoquer, afin que la personne soit prise en charge", poursuit le médecin qui rappelle que le syndrome implique une forme d'"emprise" sur l'enfant visé. 

Il y a chez le parent concerné une certaine souffrance, et cette souffrance s'exprime à travers l'autre.

Professeur Paul Bonna, psychiatre

à rédaction web France 3 Aquitaine

Empoisonnement médicamenteux

Enea, âgée de 18 ans, est décédée à l'hôpital de Dax, dans les Landes, en novembre 2019, après six jours d'hospitalisation. Elle a succombé à une surdose de médicaments, notamment des molécules de propanolol, des bêta bloquants. Sa mère a été mise en examen deux ans plus tard et placée en détention provisoire. Elle est suspectée d'avoir volontairement administré de fortes doses de médicaments à son enfant et d'avoir exercé une soumission chimique sur Enea.

Pour son avocat, Me Gérard Danglade, ce rapport n'apporte "rien de particulier". "Les experts parlent d'hypothèse, mais ils ne disent pas qu'elle est atteinte d'une maladie mentale", estime-t-il.

Maylis Daubon nie toute responsabilité dans la mort de son enfant. Son conseil tient également à nuancer les faits. "Un empoisonnement, c'est quand on donne une dose de cyanure à une personne : elle meurt. Là, ce n'est pas un médicament qui a provoqué la mort, c'est un cocktail", poursuit-il.

Rien ne nous permet de dire aujourd'hui qu'elle a intentionnellement donné la mort à sa fille.

Me Gérard Danglade, avocat de Maylis Daubon

à rédaction web France 3 Aquitaine

"Une nouvelle souffrance"

Le père d'Enea, avait alerté pendant plusieurs années sur la situation, dénonçant l'emprise que son ex-femme exerçait sur leurs deux filles. "Quand nous avons reçu ce rapport, on s'est posé la question de savoir où l'horreur allait s'arrêter dans ce dossier", commente son avocat, Me Thibault Laforcade.

 On a tout le temps de nouveaux éléments. Même si mon client est robuste, c'est à chaque fois, une nouvelle souffrance pour lui  

Me Thibault Laforcade, avocat du père d'Enea

à rédaction web France 3 Aquitaine

La deuxième fille également empoisonnée

En mars 2023, Maylis Daubon a été une nouvelle fois mise en examen, soupçonnée d'avoir également intoxiqué sa deuxième fille, la sœur cadette d'Enea. Des analyses toxicologiques effectuées chez elle révélaient une très forte concentration de médicaments, consommés sur un laps de temps précis : entre la mort d'Enea et le placement en détention provisoire de sa mère.

L'instruction est toujours en cours. Lundi 10 juillet, une audience se tenait à Mont-de-Marsan sur la question du maintien en détention provisoire de Maylis Daubon. La décision devrait être rendue ce mardi 11 juillet.

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