Guerre en Ukraine : les craintes d’une huile de tournesol plus rare et plus chère

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Écrit par Barbara Gabel avec A. Perrin et P. Durandeau

C’est une autre conséquence du conflit en Ukraine : la flambée du prix de l’huile de tournesol. Dans les Landes, l'huilerie coopérative de Mugron, redoute une pénurie de la précieuse matière première. Elle ne pourra bientôt plus satisfaire ses clients. Dans le Pays Basque, le rationnement a commencé.

Si l’huile de tournesol est encore bien présente dans les rayons de nos supermarchés, elle pourrait venir à manquer d’ici quelques mois. Une conséquence du conflit ukrainien : l’Ukraine et la Russie produisent à elles deux 80% de l’huile de tournesol commercialisée sur la planète.

Le prix de l'huile de tournesol pourrait doubler

Dans les Landes, la pénurie se fait déjà sentir chez les industriels de l’agro-alimentaire, qui utilisent l’huile de tournesol dans la composition de certains de leurs produits. À Mugron, l’huilerie coopérative Oléandes ne sera prochainement plus en mesure de répondre à la très forte demande de ses clients.

“Nous travaillons avec des contrats annuels, déjà signés pour la précédente récolte”, explique Julien Saint-Palais, directeur de l’huilerie. “Il est donc très difficile pour nous d’avoir des volumes supplémentaires à vendre.” 

L'huilerie, qui fournit principalement des PME de l’industrie agro-alimentaire, des laboratoires cosmétiques ou encore des cuisines collectives, doit trouver d'autres solutions. Pour le moment, Julien Saint-Palais est obligé "d’acheter de la graine en tournesol bio à des départements limitrophes pour compléter.”

Et si le conflit ukrainien persiste, le cours du tournesol risque d’atteindre des taux historiques. “Le tournesol de la récolte 2021 se négociait entre 550 et 650 euros la tonne. Pour la récolte 2022, on parle déjà d’un prix autour de 750 à 800 euros.” Conséquence : le prix de l'huile de tournesol pourrait augmenter de 50 %.

"On devrait être légèrement déficitaires"

Installé à Mugron, Julien Mora fait partie des 95 producteurs adhérents de la coopérative. Il aurait dû semer cette semaine. “Les prévisions n’étaient pas très optimistes : on risque d’avoir des gelées matinales fortes et de la pluie, donc je n’ai pas osé”, explique le jeune agriculteur sur son exploitation. 



Mais Julien Mora n'est pas inquiet pour sa récolte. Ce qui le préoccupe aujourd’hui, c'est le déficit de production du tournesol. 

Pour compenser ce manque de production, à moins de reconvertir des surfaces sur d’autres céréales, il faut trouver de la semence. Les quantités sont prévues pour un marché à l’équilibre, environ 700.000 à 800.000 hectares par an, en France. Pour le tournesol, on devrait être légèrement déficitaires.

Julien Mora, producteur adhérent de l'huilerie coopérative de Mugron
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L’huilerie coopérative de Mugron, dans les Landes, redoutent une pénurie de la matière première. ©Reportage de A. Perrin, L. Montiel et B. Chague • France Télévisions

La Commission européenne a décidé, le 23 mars dernier, de lever l’obligation de mettre certaines terres en jachère. Cette méthode qui permet de regénérer les sols et la biodiversité ne sera donc pas obligatoire en 2022. Jusqu'à présent, les céréaliers devaient laisser 4% de leurs terres en jachère.

50 litres par jour pour les clients professionnels

À Anglet (Pyrénées-Atlantiques), la pénurie d'huile de tournesol se fait sentir pour le grossiste alimentaire Metro. “On reçoit les bidons chaque jour au compte-gouttes”, affirme Laurence Rouyer, directrice du supermarché Metro à Anglet. “D’habitude, le rayon est plein à craquer. Mais là, on a des problèmes d’approvisionnement.”

Pourtant, depuis le 14 mars 2022, l’enseigne a anticipé une éventuelle pénurie en rationnant les achats de ses clients, notamment les restaurateurs. Ils ne peuvent acheter que 50 litres par jour d’huile de tournesol, de colza et les mélanges de friture, soit l’équivalent de deux gros bidons.

Résultat : il ne reste plus que des bouteilles de 2 litres, ou des huiles de friture dans les rayons.

Le rationnement a commencé pour nos voisins espagnols

En France, des alternatives à l’huile de tournesol existent comme le pépin de raisin, la graisse de canard ou de bœuf. De l’autre côté de la frontière, en Espagne, 80 % des importations d’huile de tournesol proviennent de l’Ukraine.

Alors, certains clients ont commencé à faire des provisions. Pour éviter la ruée dans leurs rayons, les supermarchés espagnols limitent à un bidon de trois litres par personne.

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L'huile de tournesol vient à manquer dans le Pays Basque. ©Reportage de P. Durandeau, L. Carpentier et B. Sandeaux-Cadet - France Télévisions

Les professionnels sont aussi impactés. Juan José Aleman est restaurateur à Irun (Kilkar). “L’huile de tournesol vaut le double d’avant”, se désole-t-il. “De 1,49 euro elle est passée à 3 euros le litre.”

Même s’il a encore du stock, Juan José Aleman n’est pas rassuré pour la suite. Car l’huile d’olive au même prix que celle de tournesol, c’est du jamais vu en Espagne.

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