Landes : les producteurs inquiets de l'interdiction du gavage demandée par le Parlement Européen

Jeudi 10 juin, le Parlement Européen a voté un texte demandant la suppression progressive de l’élevage en cage des animaux d’ici 2027. Un amendement fait réagir les éleveurs landais : l'interdiction du gavage des canards et des oies pour la production de foie gras.

Le département des Landes est le premier producteur de foie gras en France.
Le département des Landes est le premier producteur de foie gras en France. © C.Watier/MAXPPP

Le foie gras pourrait-il bientôt disparaître ? Jeudi 10 juin, le Parlement Européen votait un texte pour demander à la Commission de faire des propositions pour mettre en œuvre la suppression progressive de l’élevage en cage des animaux d’ici 2027 dans l' Union Européenne. 

Dans ce texte, un amendement a été ajouté : celui demandant également des propositions « visant à interdire le gavage cruel et inutile des canards et des oies pour la production de foie gras ».

"On condamnerait toute la filière"

Et si rien n'est encore acté, certains éleveurs landais s'inquiètent de cet amendement. Comme Julien Lafenêtre, président de l'association des producteurs fermiers landais :

On condamnerait toute la filière. [...] S’il n’y a plus de gavage, il manque un maillon dans la filière du canard. Et ça impacterai énormément tout le Sud-Landes.

Julien Lafenêtre - président de l'association des producteurs fermiers landais

Le département des Landes est le premier fournisseur national de foie gras, avec 7,8 millions de canards gras produits. En France, l'économie du foie gras représente 100 000 emplois directs et indirects.

"Méconnaissance" ou "malhonnêteté" ?

Le gavage a régulièrement été l'objet de menaces d'interdiction. Pour l'instant, aucune n'a aboutie. Alors Fabien Chevalier, président du groupe foie gras de la F.I.A.C., ne veut pas tomber dans l'inquiétude. Mais il critique l'ajout de cet amendement, qui n'aurait rien à faire dans le texte :

Notre métier, c’est des animaux qui passent la grande majorité de leur vie dehors, à l’air libre. Inclure notre production dans un texte sur l’élevage en cage, ça n’a rien à voir. C'est soit de la méconnaissance du métier, soit de la malhonnêteté.

Fabien Chevalier - président du groupe foie gras de la F.I.A.C.

Il reproche à certains députés de vouloir faire passer un amendement qui n'a pas lieu d'être: "Notre production, elle est réglementée, normée, elle respecte le bien-être animal."

5 pays autorisant le gavage

Depuis de nombreuses années, la polémique sur le gavage des palmipèdes fait rage entre les défenseurs des animaux et les éleveurs. Dès 1998, l'Union Européenne s'oppose à cette pratique à travers une directive sur la protection des animaux dans les élevages. Cette dernière stipule qu'«aucun animal n'est alimenté ou abreuvé de telle sorte qu'il en résulte des souffrances ou des dommages inutiles» (article 14). Une recommandation vient compléter le document et préconise «l'interdiction du gavage partout où il n'est pas déjà pratiqué».

Aujourd'hui, presque tous les pays européens respectent cette directive, sauf cinq: la Hongrie, l'Espagne, la Burgarie, la France, et la Belgique (dont seule la Wallonie continue d'autoriser le gavage: Bruxelles l'a déjà boycotté et la région Flamande l'interdira en 2023). 

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"N'engendre pas de stress"

Mais en 2004, l'Institut national de la recherche agronomique (INRA) publie les résultats d'une étude sur le gavage réalisée en laboratoire et dans les élevages sur 16 000 palmipèdes. Cette dernière montre que "la stéatose hépatique qui résulte du gavage est un processus d'engraissement naturel chez ces oiseaux qui ne provoque pas de stress".

Cette étude est souvent contestée par les associations de défense des animaux, qui accusent les auteurs de l'étude de "conflits d'intérêts". 

En France, ces questions d'éthiques font aussi débat au sein du Parlement : l’Assemblée nationale a ainsi adopté en janvier 2021 une proposition de loi visant à renforcer la lutte contre la maltraitance animale. De son côté, le Sénat a rejeté, fin mai, une proposition de loi pour un élevage éthique, juste socialement et soucieux du bien-être animal.

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