Ils ont payé 100 000 euros et se retrouvent sans formation : à Agen, la détresse des élèves d'Airways college

Leurs avions sont cloués au sol, leurs cours annulés. Pourtant, les élèves d'Airways college ont déjà déboursé 100 000 euros pour devenir pilote de ligne. Aujourd'hui, leur école est en liquidation judiciaire, et ils n'ont aucune assurance de pouvoir finir leur apprentissage. 

© Ingrid Gallou - France 3 Aquitaine

Il était tout proche de son but : devenir pilote de ligne. Antonin Oger, 24 ans, caresse de la main la carlingue des avions abrités dans le hangar de son école. "Là on est sur un TB 9, explique-t-il, tous les élèves qui arrivent à Airways font leur formation initiale sur ce type d'avion. Ensuite, ils montent jusqu'à 150 ou 200 heures de vol, pour avoir l'aisance nécessaire sur ces monomoteurs à pistons". 
Antonin, lui, en était déjà à l'étape suivante : "j'attaquais tout juste ma formation sur multi-moteurs. Il me restait 39 heures à faire sur cet avion, j'étais censé finir ma formation à la mi-juin".

Il était censé. Car plus rien n'est certain. Depuis trois jours, les TB 9 et autres DA 42, si chers au cœur d'Antonin et de tous les élèves d'Airways college, sont cloués au sol. L'école de pilote de ligne, située au Passage d'Agen est sous le coup d'une liquidation judiciaire.
Un coup de massue pour les 217 élèves de l'école, déjà plongés dans une grande incertitude quant à leur avenir professionnel. Depuis la crise sanitaire, les voyages en avion n'ont plus la côte, le métier se précarise, avec des pilotes parfois payés à l'heure de vol.

Près de 100 000 euros par élève

"J'étais ingénieur aéronautique avant, explique Alexandre Romanisio, élève de l'école. Devenir pilote était un rêve, et j'ai franchi le pas, il y a presque deux ans maintenant". Un rêve qui a un coût : près de 100 000 euros pour Alexandre, financés par un emprunt bancaire et réglés intégralement au moment de l'admission. L'école est reconnue dans le métier, forme des élèves venus de toute la France, et se targue de trente ans d'ancienneté.

 "J'ai fait confiance à une école et j'y ai placé mon argent", poursuit Alexandre, qui devait terminer sa formation dans cinq mois.  "On ne sait même pas si demain la formation va continuer, s'il faudra de nouveau allonger une grosse somme d'argent pour aller jusqu'au bout", s'inquiète-t-il. 
Comme Alexandre, les élèves d'Airways college ont tous dépensé entre 70 000 et 115 000 euros pour bénéficier de formations en pilotage. 
 

Beaucoup ont fait des emprunts, des prêts étudiants qu'ils doivent rembourser à partir de cet été, assure Antonin. On savait qu'on allait avoir des difficultés à trouver un emploi en cette période, mais là, on va se retrouver sans emploi, sans formation, avec un prêt à rembourser.

Antonin Oger, élève de Airways college


"On a des élèves qui nous disent que leurs parents proposent de vendre la maison, de la mettre sous hypothèque, d'autres qui se retrouvent sans rien, qui ont fait cette formation juste après le bac et n'ont donc aucune chance de trouver un emploi avec un salaire leur permettant de rembourser leurs mensualités", poursuit le jeune homme, qui lance un appel aux collectivités pour les aider à finir leur formation.

Un train de vie montré du doigt

Comment la situation économique d'Airways collège a-t-elle pu autant se dégrader ? Les élèves pointent du doigt le train de vie des dirigeants, dont Jérôme Binachon, ancien pilote de ligne chez Air France, décrit comme "très dépensier". "Son train de vie, c'est jets privés, Tesla, Mercedes, voyages d'affaires qui n'en étaient pas. Il n'avait aucun scrupule et ne s'en est jamais caché", dénonce un élève sous couvert d'anonymat.
Jocelyn Canet, ancien salarié de l'école, mentionne également des "aller-retour quasiment quotidiens avec les jets, des locations et des achats de voiture de sport".

Aujourd'hui, c'est la justice qui a le dossier entre les mains et ce sera à la justice de nommer les responsables de ces flambées d'argent.

Jocelyn Canet, ancien salarié de l'école


Lui se souvient d'une réunion organisée en date du mois de mai 2020, après avoir eu l'occasion de mettre le nez dans les comptes et avoir réalisé le désastre. "Nous savions l'école en grosses difficultés financières depuis des années, nous demandions le dépôt des comptes, chose qui n'a pas été faite depuis 2016. Mais le président, qui savait que la santé de l'entreprise était mauvaise, s'y opposait farouchement".
"Lors de cette réunion, nous avons mis en avant les dépenses de la direction de l'entreprise. Tous ceux qui ont dénoncé ces faits ont été immédiatement limogés", assure Jocelyn Canet qui ajoute avoir alerté les autorités, la justice et les prud'hommes sur cette situation.

Pyramide de Ponzi ?

Nombreux sont ceux qui, parmi les élèves et les détracteurs du président de l'école, estiment que Jérôme Binachon a usé d'un montage financier pyramidal et frauduleux. Une version plausible pour Jocelyn Canet. "La justice fera son travail, mais il est vrai que nous avons des éléments qui laissent à penser que c'est une véritable pyramide de Ponzi qui a été mise en place. "
 

Les élèves qui entraient chez Airways devaient payer l'intégralité de leur formation à l'entrée chez Airways, sous réserve d'être privés de vol. À peine rentré, cet argent était soit flambé, soit servait à payer les heures de vol des élèves qui étaient déjà plus avancés dans leur formation. 

Jocelyn Canet

Arnaque au concours

Les victimes sont nombreuses. Au-delà des 217 ayant payé une formation longue de 100 000 euros, figurent dans la liste quelques 800 élèves inscrits pour des formations au cas par cas, mais aussi plus de 1 000 personnes, victimes d'un autre style d'arnaque, avance Jocelyn Canet. 
"Ils ont répondu présent à un concours lancé il y un mois par l'école pour gagner des formations de pilote. Ils ont versé tous 200 euros pour participer à ce concours. Derrière, il n'y avait pas de prix à gagner, mais juste la sauvegarde de l'entreprise. Et ça n'a pas réussi", déplore l'ex-salarié. 
 

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