REPLAY. Lot-et-Garonne : l'usine de Fumel revit à l'écran

Publié le Mis à jour le
Écrit par Emmanuelle Hardy-Robert
usine de Fumel
usine de Fumel © Dublin Films

L'usine de Fumel, fleuron industriel historique du département du Lot-et-Garonne, a fermé ses portes en 2018. Elle les a pourtant rouvertes le temps d'un film qui revient sur son histoire et ouvre le chapitre de son avenir : "Fumel après le silence".

Clap de fin pour l'usine

Le 4 juin 2018, le couperet est tombé : l'emblématique usine de Fumel dans le Lot-et-Garonne a fermé. Ce même jour, les dernières machines de l’usine se sont définitivement tues et les personnels s'en sont allés, désoeuvrés, peinés, désespérés.

Après avoir été un haut-lieu de la production sidérurgique française, cet immense site industriel a disparu, ne pouvant résister à ses dettes, à ses taxes foncières et à son sol pollué ...

Voir ou revoir le film

(disponible jusqu'au 22/12/2021)

 

Une fin d'activité d'une grande brutalité.

Alors que les 38 ouvriers encore à l'oeuvre avaient déjà embauché ce jour-là, le tribunal d'Agen prononcait la liquidation judiciaire de l'usine. Arrivés à 6H, ils sont repartis à 9H.

A l'heure où la journée commence, elle s'est finie pour eux pour toujours au sein de leur usine avec un profond sentiment d'abandon. L’usine de Fumel avait pourtant changé le destin de familles entières, de générations en générations...

" L'usine ", toute une histoire

"L'usine" comme on l'appelle dans le département, celle qui a forgé un territoire et contribué à donner une identité autre que l'agriculture au Lot-et-Garonne, ne fumera plus.

Car en effet, elle n’a pas été seulement un lieu de production industrielle. Ses fonderies ont animé tout un territoire, modifié le paysage, rassemblé des communautés de travailleurs venant de France, d’Europe et d’Afrique.

Pendant un siècle et demi, l’usine métallurgique de Fumel, la SMMP (Société Minière et Métallurgique du Périgord), a été la plus grosse entreprise de la Région Aquitaine. 

L’usine s'est développée avec les énormes besoins créés par la réalisation du réseau ferré français, dans la deuxième moitié du 19e siècle. 

La période la plus faste fut celle des Trente Glorieuses : la reconstruction de la France et l’adduction d’eau des grandes villes de nombreux pays émergeants fournissant à l’entreprise un gros carnet de commandes en tuyaux.

Mais la crise de la sidérurgie mondiale touchant en un premier temps l’est de la France à la fin des années 70 s'est ensuite répandue à Fumel au début des années 80. Les matières premières sont devenues plus chères. Après des décennies d’activité, Fumel a subi les conséquences de la mondialisation du capitalisme, exacerbée depuis la fin du 20e siècle. 

Utilisant les aides de l’État, l’usine a fait partir en préretraite environ 1 500 ouvriers dans les années 80. En 1988, elle devint la Société Aquitaine de Fonderie Automobile (SADEFA), spécialisée dans l’automobile.

En 1992, elle comptait encore 900 employés puis 710 en 1994.

 

Une agonie d’une vingtaine d’années.

 

Dans les années 2000, des plans de licenciements et des plans de départs pour cause d’amiante, en parallèle de la crise financière mondiale et de celle de l’automobile, ont entamé encore plus les effectifs.

En 2018, l’usine ne comptait plus que 38 salariés – dont 33 métallurgistes. Jusqu'à la fin de son activité le 4 juin.

Plusieurs propriétaires se sont succédés pendant tout ce temps : La Société Minière et Métallurgique du Périgord, puis Pont-à-Mousson, Metaltemple et la dernière, Metal Aquitaine. Et pourtant...

Sa fermeture a eu des conséquences sur Fumel et ses environs. Beaucoup d'employés ont été contraints de partir vers d'autres horizons pour chercher du travail. Ils ont alors laissé un vide immense : magasins, maisons, locaux abandonnés, rues désertes. Ce territoire vivait grâce à l’usine mais désormais, le vaste terrain industriel de 25 hectares est plongé dans le silence. Bordé par la rivière du Lot, il est encore bien visible et s'impose dans le paysage, aux portes de la ville, dont il fût le coeur. Mais le coeur ne bat plus.

 

Quel avenir pour le site ?

Comment alors appréhender la mémoire afin d’imaginer une nouvelle histoire commune ? Comment réinventer l’avenir d’un territoire post-industriel ?

Ce site est désormais la propriété des collectivités locales qui doivent faire face à cet héritage d'un genre paticulier. C’est donc à elles qu’il incombe d’imaginer son futur. Des choix politiques et économiques doivent être faits pour assumer le passé et se réinventer pour envisager l’avenir.

Elus, associations, architectes et artistes imaginent l’après. Chacun d'entre eux à leur façon. Ainsi, plusieurs projets de réhabilitation ont été proposés pour redonner vie à ce site hors du commun.

Mais face au côut que représente la dépollution du site, la chose n'est pas aisée.

 

L’histoire de Fumel, un miroir de notre temps présent et de biens d'autres sites.

 

L'usine a eu un sursaut de vie pour quelques événements et a aussi servi de décor au film "En guerre" de Stéphane Brizé avec Vincent Lindon. Sur fond de conflits sociaux, l'histoire autour de la fermeture d'une usine. Le lieu n'avait pas été choisi au hasard...

L'usine a d'ailleurs même eu droit à sa montée des marches sur tapis rouge, le film "En guerre" ayant été en compétition au Festival de Cannes en 2018, l'année même de sa fermeture.

Un film pour un récit collectif 

Et puis, elle a rouvert ces portes pour ce documentaire"Fumel après le silence". Tourné avant la pandémie, le réalisateur Fabrice Main a souhaité que son film soit « un récit collectif » composé des récits singuliers de ceux qui sont liés à l’usine, à son passé et à son devenir. Les anciens travailleurs mais aussi des élus, un historien et un cinéaste. Et il a souhaité que ces entretiens aient lieu sur place, dans cette usine, personnage principal du film.

 

Le décor de l’usine, le corps du film.

Fabrice Main a commencé à tourner quelques mois seulement après la fermeture de l’usine. Au milieu de machines démontées, de ferrailleurs découpant ce qui restait de métal, du ballet des camions emportant ce qui pouvait être vendu.

Cette usine disparaît sous mes yeux et mes premières images sont déjà des archives.

Fabrice Main

L’histoire de Fumel est universelle. Elle raconte la fin d’un modèle industriel, mais aussi celle d’un modèle social. Elle reflète l’histoire française des dernières décennies dans une économie mondialisée. Mais elle raconte aussi la vie des femmes et des hommes qui l'ont vécue de l'intérieur, à leur échelle. Avec leurs joies et leurs peines... 

 

À mes yeux, elle est encore, pour un temps compté, parcourue des sons, des fantômes des travailleurs. J’y ressens encore les liens tissés entre les murs et ceux qui les ont habités. Il semble qu’ils viennent juste de partir.

Fabrice Main, réalisateur

 

Un documentaire inédit empreint d'émotion qui permet de faire revivre les grandes heures de ce site emblématique, une partie de l'identité à tout jamais de Fumel et du Lot-et-Garonne.

En tant que réalisateur, je cherche à ce que le cinéma aille du ventre vers la tête, du sensible vers la réflexion. L’émotion réelle et tangible des ouvriers et de ce monde qui s’efface constitue donc le socle du film.

Fabrice Main

Diffusé le 22 novembre, il est à voir ou revoir pendant un mois après sa diffusion.

 en replay sur na.france3.fr 

 

NB : Ce documentaire a fait l'objet d'une projection en avant-première le vendredi 8 octobre au cinéma Liberty à Monsempron-Libos."Fumel après le silence" 52 mn

diffusion : lundi 22 novembre à 23.05 sur France 3 Nouvelle-Aquitaine

Un documentaire de Fabrice Main

Production déléguée Dublin Films
Coproduction France 3 Nouvelle-Aquitaine

Avec le soutien du CNC, de la Procirep (développement
et production), du département Lot-et-Garonne

voir et à revoir sur na.france3.fr 

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