Librairies indépendantes : un avenir en pointillés à l'heure du déconfinement

Toucher le papier, feuilleter quelques pages, papillonner de rayons en rayons, échanger ses conseils de lecture autour d’un café... A l’heure du coronavirus, ce qui faisait le quotidien des papivores est soudainement devenu prohibé ou tout du moins perçu d’un très mauvais oeil.

Librairies indépendantes : comment survivre à l’ère des gestes barrières et du sans-contact ?
Librairies indépendantes : comment survivre à l’ère des gestes barrières et du sans-contact ? © Ingrid Gallou - FTV
Gants interdits ! A la Maison des feuilles, petite librairie néracaise, prière de se déganter.

Pas question de feuilleter les livres avec des gants ayant trainé partout. On invite plutôt nos clients à utiliser le gel hydroalcoolique mis à disposition.
Cécile Quinard - gérante de la Maison des feuilles -


Depuis la réouverture cette semaine, les libraires partagent une même obsession : éviter que les livres ne deviennent vecteur du coronavirus. Une seule solution : limiter les contacts.
 
la librairie Livresse à Villeneuve-sur-Lot
la librairie Livresse à Villeneuve-sur-Lot © Ingrid Gallou - FTV

A Villeneuve-sur-Lot, la porte reste ainsi toute la journée grande ouverte et on limite à cinq le nombre de visiteurs. 

J’avais pensé à alléger les horaires mais on m’a au contraire conseillé d’étendre les plages d’ouverture afin que les gens ne se croisent pas. Résultat, nous sommes ouverts en continu, de 9h à 19h .
Laurence Pauliac -  gérante de la librairie Livresse -


Une gageure pour la seule librairie de Villeneuve, concurrencée par le rayon culture très fourni d'une grande surface voisine, dans un centre-ville « abandonné par ses habitants au profit des grandes surfaces ».
 

S’évader par la lecture

Après avoir opéré par commandes pour leurs clients les plus fidèles au mois de mai, les petites librairies ont franchi le cap de la réouverture pour retrouver, physiquement cette fois, leur clientèle.

Dès lundi, ils étaient nombreux à rejoindre les rayons de leur librairie préférée. À Marmande, la journée a été excellente au Gang de la clef à molette.

Très clairement, les gens attendaient la réouverture. On a reçu trois fois plus de monde, plutôt des habitués et des clients fidèles. Le téléphone n’a pas arrêté de sonner. Les gens avaient envie de sortir.
Anne Cuilhé -  co-gérante de la librairie du Gang de la clef à molette à Marmande -

 
Après deux mois de confinement, les clients veulent s’évader par la lecture - Librairie Le Gang de la clef à molette à Marmande
Après deux mois de confinement, les clients veulent s’évader par la lecture - Librairie Le Gang de la clef à molette à Marmande © Ingrid Gallou - FTV

Des bandes-dessinées, des romans et surtout beaucoup de livres jeunesse. Après deux mois de confinement, les clients veulent s’évader par la lecture.

Ça tombe bien, les librairies indépendantes ont un catalogue à faire vivre. Mais difficile de prévoir le comportement de la clientèle. Sera-t-elle durablement au rendez-vous ?
A Marmande, on veut rester prudent. Pas d’euphorie car l’avenir de ces petits commerces reste fragile, à l’image de leur trésorerie.

Je ne me risquerai pas à des pronostics. Si nous avons réussi à passer le cap du confinement, c’est essentiellement grâce au report des charges.
Anne Cuilhé - co-gérante du Gang de la clef à molette à Marmande -


De l’avis de tous, les éditeurs, eux aussi, ont joué le jeu en allégeant leurs programmes et en reportant leurs sorties.

Reste, maintenant, à faire redémarrer la machine. Dans sa librairie de Nérac, La Maison des feuilles, Cécile Quinaud est dans l’expectative :

Le grand point d’interrogation, ce sont les livraisons. Sur mes dix fournisseurs, seuls deux ont pu préparer des commandes. Du coté des transporteurs également, on ne sait pas ce qui va se passer. 


L’avenir fragile des petites librairies s’écrira très certainement grâce à sa clientèle toute particulière. 

Nous avons la chance d’avoir des clients fidèles et aisés, qui globalement n’ont pas été violemment touchés par la crise. Et vu qu’ils n’ont pas consommé depuis deux mois, ils conservent un vrai budget lecture, qui ne demande qu’à être dépensé.
Anne Cuilhé, co-gérante du Gang de la clef à molette à Marmande

Déferlement de littérature Covid

Pour l’heure, pas une seule demande de livre concernant le virus et l’épidémie. Les lecteurs ont envie d’ailleurs.

Pourtant, c’est un véritable tsunami qui se prépare dans les rayons. Une pléiade de livres médicaux s’annonce, légèrement anxiogène !
 
Conséquence de la crise, les libraires indépendants choisiront minutieusement les livres qui garniront leurs devantures. Pas question de se laisser dicter leurs choix par les éditeurs.

Nous serons prudents concernant les achats. Il faudra faire des choix. Je ne prendrai des nouveautés que si elles en valent vraiment la peine. Pas question d’envahir la librairie avec n’importe quoi.
Anne Cuilhé -  co-gérante du Gang de la clef à molette à Marmande -


Référence à peine voilée aux nombreux journaux de confinement qui s’annoncent chez les éditeurs… sans susciter pour autant l’enthousiasme des libraires.
 
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