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Montée des eaux : quels sont les sites les plus vulnérables en Aquitaine ?

© AFP / MEHDI FEDOUACH
© AFP / MEHDI FEDOUACH

Mercredi 25 septembre, le Giec publiait son rapport sur la montée du niveau des océans, soit 1 m 50 à l'horizon 2100. Leurs projections, alarmantes, pointent aussi la Nouvelle-Aquitaine.

Par Julie Chapman

La Nouvelle-Aquitaine sera-t-elle sous l’eau en 2100 ? La question, qui semble tout droit sortie d’un scénario de science-fiction est pourtant très actuelle. Le Giec (groupe intergouvernemental d’experts sur l’évolution du climat) explique dans son rapport que le réchauffement climatique touche aussi le niveau des océans

Le niveau de la mer s’élève à un rythme de plus en plus rapide et l’absorption croissante de CO2 dans l’océan a entraîné une acidification qui s’accélère. Cette dégradation des écosystèmes démultiplie les risques pesant sur les populations, en entraînant une dégradation des pêcheries, des dommages sur les infrastructures, des problèmes sur l’approvisionnement en eau douce, des impacts sur la santé humaine, sur la sécurité alimentaire ou encore sur le développement du commerce et du tourisme. 
Extrait du rapport du Giec

 

Qui sera sous l’eau ? 


Avec 1m50 de plus qu’aujourd’hui, le paysage aquitain va être inévitablement transformé. Les endroits les plus touchés ? Les zones basses, proches du niveau de la mer et soumises aux aléas des marées. 
Ce sera donc le cas du bassin d’Arcachon, de Bayonne et l’embouchure de l’Adour, de la grande côte, des îles de Ré et Oléron, ou encore de l’estuaire de la Gironde. 

Il ne faut pas rester que dans les projections. Ces zones sont déjà touchées aujourd’hui. Pour le voir, il suffit de regarder quels espaces ont été touchés par des inondations lors des dernières tempêtes ou des grandes marées. 
Camille André, chargé de mission gestion des risques littoraux au GIP Littoral


2100, une date encore lointaine pour le chercheur, qui préfère se projeter dans une vingtaine d’années. Si des cartes permettent de visualiser les zones touchées, elles ne sont cependant pas à prendre au pied de la lettre, du fait de l’approximation des données concernant le relief ou encore la difficile prévision de la métamorphose du relief face à la montée des eaux. 

Nous ne pouvons pas, aujourd’hui, prévoir à quoi ressemblera la Nouvelle-Aquitaine en 2100, et nous n’avons pas besoin d’attendre si longtemps pour voir des changements notables. Ces phénomènes existent déjà, mais il est certain que le réchauffement climatique accélère le processus. On fait des pas de plus en plus grands. 
Camille André, chargé de mission gestion des risques littoraux

 

En 81 ans, l'estuaire de la Garonne va beaucoup changer. Faites glisser le curseur vers la droite ou la gauche pour voir son évolution.

 

Processus accéléré


La montée des eaux n’est pourtant pas un phénomène récent. Au XXe siècle, l’eau montait d’un millimètre par an. Au XXIe siècle, ce sont désormais 3 mm par an. 

Ce n’est pas le cas partout dans le monde. Certaines zones du Pacifique sud sont à beaucoup plus quand nous, nous sommes aux environ de 2.4 mm dans le Golfe de Gascogne. Cette élévation du niveau des mers va se poursuivre encore longtemps et le réchauffement climatique accélère le processus.
Éric Chaumillon, professeur à l’université de La Rochelle et au CNRS.


L’élévation locale des mers comprend en réalité différents paramètres : l’élévation globale du niveau des mers, soit 40 cm d’ici 80 ans ; l’élévation liée aux tempêtes, comme ce fut le cas avec Xynthia ; et l’érosion liée aux marées. Trois critères qui font de chaque zone sensible une spécificité. 

Au total, on peut envisager, sur certains endroits des élévations allant jusqu’à 6 mètres de hauteur. C’est peut-être le maximum, mais c’est bien réel. En Charente-Maritime, par exemple, sur 10 km, 50 % des terrains sont déjà en dessous du niveau des mers.
Éric Chaumillon, professeur à l’université de La Rochelle et au CNRS

 

Lutter…


Si la montée des eaux est inéluctable, la mutation du relief est difficile à prévoir. Les solutions le sont donc tout autant.

Des données, chaque année, les scientifiques en produisent, et affinent à chaque fois leurs estimations. Aujourd’hui, ce qui est le plus difficile, c’est la dimension politique : trouver des outils adaptés et les mettre rapidement en place pour éviter d’arriver au moment critique de déménager. 
Camille André, chargé de mission gestion des risques littoraux au GIP Littoral

Face à ces futures inondations, plusieurs solutions sont déjà mises sur pied. La première, renforcer les digues, déjà présentes sur de nombreux sites. Plus hautes que le niveau de l’eau, elles permettent de protéger les habitations et terrains. Naturelles, comme les dunes ou la plage, elles sont surtout industrielles, construites en béton. Cette solution est onéreuse, à cause du prix du sable, dont les réserves s’amenuisent. 

L’homme va résister et construira des digues plus hautes, renforcera les digues existantes. Mais tout cela coûte énormément d’argent. Le plan digue du marais poitevin a coûté 25 millions d’euros.
Éric Chaumillon, professeur à l’université de La Rochelle et au CNRS.

En parallèle, les pouvoirs publics joue aussi sur le rehaussement des sols pour gagner quelques centimètres. Mais pour les deux experts, ces solutions ne sont pas durables.
 

…Ou arrêter le combat


Outre la limitation des effets de serre recommandée par le Giec, une autre solution existe : laisser la nature reprendre ses droits. Cette seconde recommandation du groupe de scientifiques permettrait aux écosystèmes de se restaurer. 

La région ne pourra pas défendre toutes ses côtes. Elle n’aura pas l’argent suffisant. Il faut qu’elle laisse, à certains endroits, l’eau s’infiltrer et créer des zones tampons. Il faudra attendre cependant des centaines de milliers d’années avant que les espaces redeviennent comme nous les connaissons. 
Éric Chaumillon, professeur à l’université de La Rochelle et au CNRS.


Lorsque l’eau s’infiltre dans les terres, elle apporte avec elle des sédiments, nécessaire à la reconstruction de terres.

Dans les zones laissées à la nature, on se rend compte que les sédiments peuvent monter de plusieurs centimètres par an. Au-delà de reconstruire des terrains, ces sédiments capturent aussi le carbone et permettent donc de limiter ses émissions.
Éric Chaumillon, professeur à l’université de La Rochelle et au CNRS.

Bayonne et l'Adour seront également touchés par la montée des eaux. Faites glisser le curseur vers la droite ou la gauche pour voir son évolution.




Une solution qui a fait son chemin dans les décisions politiques, qui aujourd’hui tentent de mêler renforcement des digues et zones sans action. Mais pour créer des zones tampons, il faut parfois déplacer des habitations, un critère difficilement acceptable pour certains, attachés à leur terre. 

C’est pour cela qu’il faut faire de la sensibilisation auprès des politiques, pour qu’ils mettent en place des solutions adaptées, mais aussi auprès du grand public. Cette dernière option est difficile à mener. Elle demande aussi des compensations financières, que nous ne sommes pas en mesure d’offrir aujourd’hui. 
Camille André, chargé de mission gestion des risques littoraux au GIP littoral

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