Nouvelle-Aquitaine : trois agressions sur des arbitres de foot depuis septembre

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Écrit par Margaux Blanloeil
La rencontre qui a opposé Saint-Germain-les-Vergnes et Allassac, le dimanche 7 novembre 2021, s'est terminée par l'agression de l'arbitre central. En cause, le joueur d'Allassac qui a été exclu du club.
La rencontre qui a opposé Saint-Germain-les-Vergnes et Allassac, le dimanche 7 novembre 2021, s'est terminée par l'agression de l'arbitre central. En cause, le joueur d'Allassac qui a été exclu du club. © JL Cire, France 3 Limousin

Depuis le début de la saison de football amateur, trois agressions physiques envers des arbitres ont eu lieu en Nouvelle-Aquitaine. Comment expliquer cette violence ? Quelles conséquences chez les arbitres et notamment pour les recrutements ?

En Gironde et en Corrèze, des arbitres ont été agressé physiquement ces derniers mois. La dernière agression en date est celle survenue dimanche 7 novembre 2021, lors d’une rencontre entre le club de Saint-Germain-les-Vergnes et celui d’Allassac. Au coup de sifflet final, un joueur de l’équipe d’Allassac a porté un coup à l’arbitre. Un acte "inacceptable" selon les deux présidents de club, qui a conduit à l’exclusion du joueur.

Mais, avec près de deux millions de licenciés, de la violence dans le football, il y en a toujours eu."On peut même dire qu’elle est omniprésente" regrette David Wailliez, vice-président de la ligue régionale. Le football amateur draine beaucoup de sportifs, de divers horizons, ce qui explique ces dérives. Souvent verbales, les agressions dépassent parfois les insultes et cela touche principalement les arbitres.

L'Observatoire des comportements de la Fédération Française de Football recense chaque incivilité, chaque coup, insulte, menace, crachat, vol signalé au cours d'une rencontre, quels que soient le niveau et la catégorie. Il a notamment publié son analyse sur la saison 2018/2019 : la violence et les incivilités dans le football amateur.

Frédéric Cano a passé 29 ans en tant qu’arbitre. Une dizaine d’années en amateur avant d’être arbitre national puis international. Il passe aussi quatre ans, entre 2014 et 2018 comme conseiller technique en arbitrage Nouvelle-Aquitaine. "La violence dans le football, elle est partout, dans les quartiers et en milieu rural. Dans le milieu amateur, quand tu es arbitre, tu te retrouves tout seul, sans protection, dans des stades, en face de gens qui sortent du repas du midi, parfois éméchés et qui t’incendient… Mais, la tension, elle peut aussi venir des joueurs, des coachs, des éducateurs, des dirigeants, des arbitres… Ça peut se finir en bagarre. Tout le monde a sa part de responsabilité".

Depuis le début de cette saison, les dirigeants de la ligue observent plus de tension, plus d’agressivité… après deux ans de championnats annulés à cause de la Covid.

"C’est trop" lance un membre du district de la Haute-Vienne. "3 agressions en Nouvelle-Aquitaine depuis le début de l’année, ça fait beaucoup, en très peu de temps." Jean-Louis Ovan, président régional UNAF (Union Nationale des Equipes de Football) tempère. "Des faits de violence, il y en a toujours eu. Les réseaux sociaux font que ça se voit plus et c’est plus médiatisé".

Moins de personnes pour arbitrer les matchs

En France, la vocation d’arbitre attire de moins en moins. Ils sont 17 000 aujourd’hui. 6 000 de moins qu’en 2015. Une situation inévitable pour l’ancien arbitre.

 

Tu quittes ta famille le week-end pour te faire insulter tout l’après-midi… et après on s’étonne qu’il n’y ait pas assez de recrutement ?

Frédéric Cano, ancien arbitre.

"Ce week-end, j’ai assisté à un match et un gamin devant moi a passé 90 minutes à incendier l’arbitre. J’ai pris l’enfant à part et je lui ai fait comprendre que cela pouvait être traumatisant pour celui à qui il s’en prenait" raconte Jean-Louis Ovan, président régional UNAF et observateur des arbitres pour la Ligue dans le football amateur.

"Comment voulez-vous que ça donne envie à des jeunes d’aller arbitrer ?" insiste Jean-Louis Ovan. "On n’a pas de solution si ce n‘est que les dirigeants de club doivent exclure ces comportements. Ils doivent assurer la sécurité et la bienveillance sur leur terrain et dans le public. Malheureusement, parfois le manque de bénévoles ne permet pas d’être derrière chaque spectateur".

 

Une agression négative, et c’est 10 arbitres qui vont s’arrêter.

David Wailliez, vice-président de la Ligue régionale.

En Nouvelle Aquitaine, la situation reste correcte. Ils sont 1 900 arbitres pour 172 000 licenciés, quand en Ile-de-France ils sont 1500, pour 250 000. Mais attention, en Haute-Vienne, le recrutement piétine depuis le mois de septembre. Il y a 140 arbitres contre 200 les années précédentes. "Il y a des divisions où on n’a presque pas d’arbitre en Haute-Vienne, comme en D4 ou en D5", confie un des membres du district de la Haute-Vienne. Deux formations ont dû être annulées faute de candidat. "Il y en a une nouvelle en janvier, on espère qu’il y en aura."

Pour autant, le vice-président de la ligue régionale ne veut pas s’alarmer. En Nouvelle Aquitaine, 40 jeunes arbitres ont d’ailleurs été missionné pour recruter dans les clubs les mercredis après-midi.

Depuis 5 ans, la Ligue a aussi mis en place des mesures pour accompagner les arbitres lors de leurs 9 premiers matchs, explique Mohammed Zianibey, président de la commission d’arbitrage du district de la Haute-Vienne. Une initiative régionale unique en France.

Enfin, l'Unaf existe depuis 1967. Cette association œuvre à la défense de tous les intérêts des arbitres. Son but : apporter de l’aide aux arbitres dans tous les moments de la vie, qu'ils soient sportifs ou familiaux. Des avocats membres de l'Unaf peuvent les suivre dans leurs démarches. 

Quelles sont les sanctions contre les agressions envers les arbitres ?

Pour ce qui est des licenciés, il faut savoir que la Ligue de Nouvelle-Aquitaine est la seule en France à avoir voté en septembre, la radiation à vie d’un joueur qui aurait commis une agression envers un arbitre.

Ensuite, au niveau pénal, les peines encourues vont de 7 500 euros d’amende pour des propos déplacés… à 75 000 euros et 5 ans de prison si l’arbitre doit s’arrêter 8 jours ou plus.

Quant au public, les dirigeants des clubs peuvent décider d’exclure une personne des tribunes et peuvent même faire appel aux forces de l’ordre.

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