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Avec la chimie, le bassin gazier de Lacq entame sa seconde vie

Bientôt le gaz ne jaillira plus qu'en très faibles quantités du gisement épuisé de Lacq (Pyrénées-Atlantiques), qui alimenta jusqu'à 50% de la consommation française. Une page d'histoire industrielle qui se tourne sans trop de dégâts, grâce à sa reconversion réussie dans la chimie.
 Charles de Gaulle, président de la République, lors d'une visite sur les installations de gaz naturel de Lacq le 15 février 1959
Charles de Gaulle, président de la République, lors d'une visite sur les installations de gaz naturel de Lacq le 15 février 1959 © AFP

C'était il y a soixante ans une région tout ce qu'il y a de plus rurale du Béarn. Jusqu'à la découverte de pétrole, en 1949, puis d'un gigantesque gisement de gaz, en 1951, et son exploitation, dès 1957. Avec ses quelque 270 milliards de m3 de gaz, le "Texas béarnais", incarnait la stratégie d'indépendance bioénergétique de la France, fierté du général de Gaulle.

"On a vécu quelque chose d'exceptionnel", témoigne André Cazetien, 90 ans, instituteur à Lacq lorsque tout a démarré. Des milliers d'ouvriers de partout en France, d'Espagne ou encore du Portugal ont afflué et 32 puits sont venus modifier à jamais le paysage.

"Il y avait l'exaltation d'exploiter une richesse naturelle au service du pays tout entier", se souvient celui qui devint ensuite le maire de la ville nouvelle de Mourenx, comptant aujourd'hui encore 7.000 habitants, la première de France, sortie de terre pour accueillir les ouvriers de Lacq.

Lacq, vitrine de la modernité française, a du cependant se reconvertir, avec l'épuisement du gisement.

Un pas qui sera symboliquement franchi ce mardi avec l'arrêt définitif de l'exploitation commerciale du gaz. Il reste 3%, désormais destinés à alimenter en énergie pendant 30 années des entreprises spécialisées dans la chimie, installées sur le bassin.

Une reconversion réussie puisqu'il y a encore dans le bassin de Lacq environ 12.000 emplois non agricoles, liés à l'industrie soit directement dans celle-ci soit dans les services, contre 10.500 en 1988.

Ces entreprises nouvelles, ont été attirées par la décision prise en 2009 par Total, de réserver les 3% de gaz restant dans les puits afin de fournir de l'énergie bon marché sous forme de vapeur.

"La réflexion est simple", explique à l'AFP le directeur général de Total Exploration Production France, Nicolas Terraz: "On change de modèle, on arrête de vendre du gaz sur le réseau, on divise la production par 10, et ce qui reste dans le réservoir va uniquement servir à alimenter en énergie les industriels de la plateforme".

Fibre de carbone pour l'aéronautique


Le gaz brut récupéré à 3.500 mètres sous terre est composé d'hydrogène sulfuré, de méthane, de dioxyde de carbone et d'eau. La séparation de ces éléments, "qui au départ était une difficulté s'est transformée en opportunité puisqu'une chimie du souffre s'est développée", explique-t-il.

Jusqu'à mardi, Total a donc successivement fermé la majorité des puits encore en activité et cinq resteront en production.
Les installations d'extraction actuelles, "surdimensionnées et aujourd'hui obsolètes", vont s'arrêter et une nouvelle unité de traitement de gaz adaptée entrera en service début novembre.

La Sobegi, filiale à 60% de Total et 40% de GDF-Suez par l'intermédiaire de sa filiale Cofely, est chargée de piloter cette nouvelle unité.

Le leader mondial dans la fabrication de fibre de carbone, le Japonais Toray, a de son côté réalisé un investissement de 100 millions d'euros pour sa future usine Toray Carbon Fibers Europe de Lacq.

Cette usine,  mise en service en 2014, avec à la clef la création de 50 emplois, produira la matière première dans la fabrication de fibres de carbone, le polyacrylonitrile (PAN), et alimentera l'usine de fibre de carbone déjà en activité dans le bassin béarnais, pour desservir, en particulier, l'industrie aéronautique, Airbus étant un des principaux clients de Toray.

Selon M. Terraz, "la réussite de ce redéploiement industriel était importante car il y a un attachement très fort à ce site, Lacq étant un des grands berceaux, avec le Moyen-Orient, de Total".

Mais Total ne quitte pas totalement Lacq. Depuis deux ans l'entreprise poursuit un projet de stockage de CO2 dans les anciens puits.  Les injections ce CO2 ont été arrêtées en mars 2013 et une période de surveillance de trois ans s'est ouverte.

A Lacq, "il y a une visibilité à 30 ans pour les employés", s'est félicité le représentant FO au CE de Total Exploration-Production France, Gilles Deleau. "Les indicateurs sont bons, rares sont les bassins d'emploi avec un suivi équivalent", s'est-il réjouit.
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