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D'ici le début du mois d'octobre, deux ourses slovènes seront réintroduites en vallée d'Aspe ou vallée d'Ossau par une équipe de l'ONCFS, après l'annonce de François de Rugy, ministre de la Transition écologique et solidaire. Concrètement, comment cela va-t-il se passer ?
 
 

Où ? Dans un lieu confidentiel en vallée d'Aspe ou vallée d'Ossau

L'objet de la réintroduction à venir est de permettre la survie d'une population d'ours dans les Pyrénées françaises.

Aujourd'hui, une quarantaine d'ours sont répartis en deux groupes : un noyau central (Haute-Garonne et Ariège), qui concentre la plupart des individus, et un noyau occidental (Pyrénées-Atlantiques et Hautes-Pyrénées) ou vivent seulement deux ours mâles, baptisés Néré et Cannellito. 

Parmi ces ours, Cannellito est un cas à part : c'est le fils de Cannelle, la dernière ourse de souche pyrénéenne, abattue le 1er novembre 2004 en vallée d'Aspe (Béarn).  Son patrimoine génétique est donc très précieux.

Mais, comme Néré, il ne peut pas se reproduire, car le territoire des ourses du noyau central est trop éloigné. 
 


C'est pourquoi le lâcher des ourses slovènes doit être mené dans le Haut-Béarn. Selon le dossier de réintroduction soumis au public avant l'été, "la zone d’introduction des ours dans le milieu naturel le plus favorable au sein du noyau occidental de la population d’ours brun des Pyrénées est située en vallées d'Aspe et d’Ossau dans les Pyrénées-Atlantiques (64)."
 

La liste des communes pré-sélectionnées pour le lâcher 


Dans le même dossier, figure le document suivant : la liste des communes pré-selectionnées comme sites de lâcher. Néanmoins,"la localisation exacte du site de lâcher restera confidentielle", est-il précisé. 

 
Source : demande d'autorisation d'introduction dans le milieu naturel de deux Ours bruns (Ursus arctos) femelles
dans le département des Pyrénées-Atlantiques à la fin de l’été ou à l’automne 2018, publié sur le site de la préfecture
Source : demande d'autorisation d'introduction dans le milieu naturel de deux Ours bruns (Ursus arctos) femelles dans le département des Pyrénées-Atlantiques à la fin de l’été ou à l’automne 2018, publié sur le site de la préfecture

Cette maîtrise de l'accès implique de fermer toutes les pistes qui permettent d'arriver en voiture sur le site

Au moment de l'arrivée des ourses (en général, chaque réintroduction se fait à quelques jours d'intervalle), le site du lâcher sera très protégé.

"Avec l'aide des services chargés de la sécurité, l'accès au site de lâcher devra être sécurisé et interdit à quiconque sauf aux opérateurs désignés. Cette maîtrise de l'accès implique de fermer toutes les pistes qui permettent d'arriver en voiture sur le site. Ces interdictions d’accès doivent être effectives quelques heures (4-5 heures) avant le lâcher et se poursuivre durant au moins 24 heures après", indique le dossier. 
 
 

Archives INA : reportage de juin 1996 sur le lâcher de Melba à Melles

 

Archives INA : reportage de juin 1996 sur le lâcher de Melba à Melles
Un an après sa réintroduction, l'ourse Melba avait été abattue par un chasseur. 

 
 

Quand ? "D'ici le début octobre", selon François de Rugy

Lors de son déplacement à Pau, jeudi 20 septembre, le ministre de la Transition écologique et solidaire, François de Rugy, a indiqué que la réintroduction aurait lieu "d'ici début octobre", précisant "nous ne donnerons pas de date précise". 
 

Dans l'arrêté qui autorise la réintroduction, pris par Nicolas Hulot au lendemain de l'annonce de sa démission figure une date butoir : le 20 octobre. Ce texte précise aussi que si la réintroduction ne peut pas se tenir cet automne, elle devra être menée au printemps prochain.

"Les lâchers devront intervenir avant le 20 octobre 2018. Toutefois, en cas d’impossibilité de réaliser les opérations de relâcher avant le 20 octobre, elles seront reportées au printemps 2019 et les lâchers devront alors intervenir entre le 15 février et le 1er juin 2019" précise l'arrêté. 
 

Des ourses gestantes ? 


En ce début d'automne, les ourses femelles capturées en Slovénie peuvent être gestantes, et pourraient mettre bas début 2019. Pour que leur réintroduction soit un succès, elles doivent pouvoir s'adapter à leur nouvel environnement, avant la période d'hivernation. 
 


"En cas d’impossibilité de mise en oeuvre du renforcement à cette période et/ou dans la zone de lâcher prévue, cette opération pourrait être reportée au printemps 2019 et/ou réalisée au sein des communes limitrophes de la zone de présence ursine des Pyrénées-Atlantiques", prévoit le dossier de réintroduction. 


 

Archives INA : reportage d'avril 2006 sur la réintroduction de "Franska" à Bagnères-de-Bigorre

Archives INA : reportage d'avril 2006 sur la réintroduction de "Franska" à Bagnères-de-Bigorre

 
 
 

Comment ? Une opération très minutée en trois phases

"L’opération d’introduction d’ours bruns slovènes dans les Pyrénées françaises comprend trois phases : 1.capture, 2. transport, et 3. lâcher."  

Et tout doit aller très vite pour ne pas menacer la santé du plantigrade :  le délai entre la capture en Slovénie et le lâcher en France doit être compris entre 24 et 30 heures.
 
 

→ Phase 1 : la capture, la sélection des deux ourses 

Une fois le top départ lancé, cinq agents de l'Office national de la chasse et de la faune sauvage, l'ONCFS, accompagnés d'un vétérinaire, sont chargés d'aller chercher les ourses dans les forêts slovènes, après la capture réalisée par l'Institut Forestier de Slovénie, au sud du pays, à la frontière avec la Croatie.  

Les Slovènes sont en charge de sélectionner des ourses "matures sexuellement, âgées de 3 à 10 ans, s’étant déjà reproduites, en bon état de santé et d’engraissement et ne présentant pas de comportement anormal". 
 
Archives printemps 2006. L'ours Hvala examiné par un vétérinaire français avant son transport.  / © STRINGER / AFP
Archives printemps 2006. L'ours Hvala examiné par un vétérinaire français avant son transport. / © STRINGER / AFP

 

→ Phase 2 : le transport, 25 heures de trajet 


Selon le dossier de réintroduction, "l’animal est transporté à l’aide d’un brancard, d’une bâche ou d’un filet et chargé dans un véhicule autoroutier ou une remorque spécialement aménagée contenant une caisse de transport spécifique. Un antidote lui est administré si besoin. Le transport débute lorsque l’animal commence à se réveiller. "

L'équipe de l'ONCFS doit ensuite parcourir les 1700 km qui séparent les sites de capture des Pyrénées-Atlantique, ce qui représente environ 25 heures de trajet.

Pendant tout ce temps, le mammifère est surveillé par une caméra infra-rouge pour vérifier qu'il supporte le transport. 
 
(ARCHIVES) Photo prise le 06 juin 1996 dans les Pyrénées, du lâcher de Melba.  / © COR / AFP
(ARCHIVES) Photo prise le 06 juin 1996 dans les Pyrénées, du lâcher de Melba. / © COR / AFP

 
→ Phase 3 : le lâcher, une opération nocturne 

 
Dans le site confidentiel et protégé, l'équipe de transport doit arriver en milieu de nuit.

Ensuite, "il est alors préférable de faire patienter l’animal au moins 1 heure dans une atmosphère de calme avant de procéder à l’ouverture de la cage".

L'opération est gérée par une nouvelle équipe d'agents. Contrairement à certaines des réintroductions antérieures, auxquelles des médias et des représentant politiques avaient pu assister, le scénario actuel est celui d'une discrétion maximale. 

"La présence humaine se doit d’être des plus discrètes et l’intervention humaine se limite au déclenchement de l’ouverture de la cage, au contrôle du bon déroulement de l’opération, et à une éventuelle intervention", indique le dossier de réintroduction

Équipées d'un collier GPS, les deux ourses seront ensuite suivies par les agents de l'ONCFS.  D'après les expériences précédentes, "de grands déplacements sont attendus durant les premiers mois après le lâcher des ours, avant une stabilisation et une fixation géographique". 



→ Pour aller plus loin : consulter l'album de la réintroduction de 1996 édité par l'association Artus 


Photo de une : capture de Havla, par des vétérinaires français et slovènes, avant la réintroduction du printemps 2006.
AFP PHOTO/ Stringer/ ZGS