De plus en plus d'ours dans les Pyrénées, mais une "consanguinité croissante" qui inquiète

Avec 16 naissances enregistrées d'ours bruns dans les Pyrénées, 2023 a été une année record depuis les premières réintroductions de l'animal en 1996. L'espèce se développe notamment dans l'ouest du massif. L'office français de la biodiversité (OFB) a présenté un rapport ce mardi 2 avril.

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Petit à petit, la population des ours bruns augmente dans les montagnes des Pyrénées, sur un territoire plus grand, à cheval sur la France, l'Espagne et Andorre.

Dans l'Hexagone, l'office français de la biodiversité (OFB) suit leur situation, par le biais du réseau ours brun (ROB) et présente un rapport sur l'évolution de la population en 2023. Le ROB indique avoir collecté 2 162 indices et validé 1 731 indices de présence d'ours en France l'an dernier. Des chiffres en augmentation de 26 % par rapport à 2022.

Poils, empreintes et déjections

Le plus souvent, ce sont des poils qui mettent les enquêteurs sur la piste des ours. Des photos ou des vidéos automatiques permettent aussi de repérer les plantigrades qui laissent sur le passage des déprédations (dégradations de biens), des empreintes ou des crottes identifiées par des chiens formés pour l'occasion. L'observation visuelle reste rare.

Tous ces éléments indiquent à l'OFB qu'un "effectif minimal détecté" a été de 83 ours sur l'ensemble du massif, soit 7 de plus qu'en 2022. La nouvelle réjouit plusieurs associations de protection de la nature comme le "Fiep groupe ours Pyrénées" à Pau. 

On a réussi à avoir un effectif de population qui commence à être intéressant, en particulier, dans l'ouest. On avait 2 mâles seulement en 2017, on a désormais une dizaine d'individus en tout.

Gérard Caussimont

Président du Fiep groupe ours Pyrénées

Naissances en hausse

La population est composée d'au moins 37 femelles, 40 mâles et 6 individus de sexe indéterminé dont 43 adultes potentiellement reproducteurs. Signe encourageant pour les scientifiques, les mammifères se sont reproduits, en sachant que les femelles se reproduisent en moyenne tous les 2 ans.  
Un minimum de 11 portées totalisant 16 oursons a été détecté, contre 13 en 2022, une année record en la matière depuis les premières réintroductions de 1996, alors que l'espèce était menacée d'extinction. 

Le territoire des ours s'étend du sud-ouest des Pyrénées-orientales au nord-est de la Navarre en Espagne, mais la grande majorité se déplacent  entre l'Ariège, la Haute-Garonne et la Catalogne espagnole.

La population se développe notamment dans l'ouest, côté atlantique, avec au moins huit individus en Béarn, Bigorre, Aragon et Navarre : deux femelles, Sorita et Claverina, un mâle adulte, Rodri, trois jeunes mâles, Bious, Larry et Beròi et deux oursons de Sorita.
L'ourse slovène Sorita, réintroduite en octobre 2018 pour repeupler ce secteur, a déjà eu trois portées, mais tous les oursons n'ont pas survécu. La mère a été détectée le 12 juin 2023 avec deux oursons sur la commune de Laruns, dans les Pyrénées-Atlantiques.

"Malgré plusieurs séries de photos automatiques réalisées au cours de l’année, un seul ourson mâle a pu être identifié par la génétique grâce à des poils collectés le 28 juin sur un piège à poils à Arrens-Marsous (Hautes-Pyrénées)", précise le rapport.

Les trois ours ont aussi été observés à plusieurs reprises en été et en automne, notamment par des chasseurs, le 22 octobre 2023, sur la commune de Laruns. 

Attaques de bétail

Hormis les naissances et les décès de cette population, le rapport fait le point sur la prédation. En France, 349 attaques d'ours sur du bétail ont été recensées en 2023  contre 331 en 2022. Le nombre d'animaux tués "a légèrement diminué par rapport à 2022", passant de 590 à 552.

L'OFB admet une "sous-estimation de la prédation réelle", mettant en avant que certaines bêtes ne sont pas retrouvées ou trop tardivement pour détecter d'éventuels indices de prédation sur les dépouilles. Sept attaques sur des ruchers sont notées aussi pour l'an dernier, ce qui n'avait pas été le cas en 2022. En Espagne, 41 attaques ont été enregistrées en tout. 

"Il faut d'urgence apporter du sang neuf"

Dans un communiqué, des associations membres du réseau Ours brun saluent l'augmentation de la population, mais s'inquiètent d'une "consanguinité croissante" et appellent l'État à autoriser de nouveaux lâchers.

"Il faut d'urgence apporter du sang neuf", soulignent les défenseurs de l'ours. "La population actuelle repose très largement sur deux femelles : Mellba et Hvala. Et du côté des mâles, c'est pire."

Plus de 85 % des individus nés depuis 1996 sont les descendants d'un seul mâle : Pyros.

Associations membres du Réseau Ours Brun

"La diversité génétique n'est pas assurée et il y a un véritable enjeu pour assurer les bases d'une population plus nombreuse", indique Gérard Caussimont à France 3. Il indique aussi que quatre ours ont été illégalement tués, un empoisonné et trois tués par balles en 2020 et 2021, et n'ont pas été remplacés. "Il faudrait le faire", dit-il.  

En 2024, le site "pays de l'ours" affirme qu'une quinzaine de femelles, dont trois "intéressantes génétiquement", peuvent potentiellement avoir des oursons. "Toutes n’en auront pas, mais on peut raisonnablement espérer une dizaine de portées", conclut l'association.