Terrorisme : un journaliste de Sud-Ouest au cœur du pouvoir

"Au cœur du pouvoir : l'exécutif face aux attentats" est sorti chez les Editions Plon, le 7 janvier 2015. / © Maxppp
"Au cœur du pouvoir : l'exécutif face aux attentats" est sorti chez les Editions Plon, le 7 janvier 2015. / © Maxppp

Après la diffusion du documentaire "Attentats : au coeur du pouvoir" en janvier dernier sur France 3, l'éditorialiste du journal Sud-Ouest, Bruno Dive, publie le récit intime de l'exécutif confronté aux attentats de Charlie Hebdo et du 13 novembre.

Par Hugo Lemonier

Dans un livre récemment paru, Bruno Dive offre une plongée "Au coeur du pouvoir", dans l'intimité de la décision politique, déjà mise à l'écran dans le documentaire éponyme diffusé sur France 3 en janvier dernier. A travers les témoignages du Président Hollande, de ses ministres et des services de police, l'éditorialiste de Sud-Ouest dépeint la mise en branle de la machine étatique confrontée aux attentats.

L'entourage des ministres, les communicants et les membres du cabinet, d'ordinaire pudiquement dissimulés dans leurs bureaux, sortent au grand jour. Le lecteur glisse un coup d'oeil dans certaines salles cachées des ministères, dont on voit quelques images dans le documentaire d'Antoine Vitkine et Bruno Dive. On découvre ainsi les coulisses des heures les plus tragiques que la France ait eu à affronter depuis bien longtemps.

Dans cet interview, Bruno Dive nous raconte les conditions et le déroulé de ses entretiens avec les hauts personnages de l'Etat. 

Comment se sont déroulés vos entretiens avec François Hollande et Manuel Valls ?

On a d'abord eu l'idée de réaliser un documentaire puis d'écrire un livre. Mais on ne pouvait pas le faire sans les témoignages de François Hollande, Manuel Valls et Bernard Cazeneuve, puisqu'ils étaient les témoins directs des attentats. On les a approchés très simplement et ils se sont volontiers prêtés au jeu.
François Hollande a peut-être été le plus réticent à cette idée car il y avait alors une théorie très en vogue à l'Elysée : le Président ne devait plus se comporter comme le commentateur de sa propre action.
Manuel Valls, à l'inverse, a été beaucoup plus prompt à nous parler, aussi bien avant qu'après le 13 novembre. Il est plutôt à l'aise face aux événements tragiques. C'est dans ce genre de situation qu'il a l'impression d'être dans la plénitude de sa fonction. Et puis, nos entretiens l'extrayaient un peu de son quotidien et du tout-venant gouvernemental.
Grâce à eux, c'est la première fois en France que des hommes encore au pouvoir acceptent de raconter des évennements historiques qu'ils ont eu à gérer. Je pense qu'ils étaient contents de pouvoir en parler, et notamment des attentats de Charlie Hebdo parce que cela s'était plutôt bien passé pour eux. Cela les a beaucoup marqués et tous ont gardé un souvenir très précis de ces quelques jours, presque minute par minute.

Dans votre livre, vous décrivez très bien l'impact du 13 novembre et l'inflexion créée par ces attentats dans la politique de François Hollande. Comment cela s'est ressenti dans vos entretiens ?

Les deux séries d'entretiens ont eu lieu dans des contextes totalement différents. Pour les attentats de Charlie Hebdo, on les interviewe 6 mois après : ils ont du recul pour en parler et, malgré la menace de nouvelles attaques, la situation est revenue à la normale.
Au mois de novembre, c'était beaucoup plus difficile, d'abord parce qu'il a fallu les interviewer très vite après les évennements. On voulait absolument que le film sorte pour l'anniversaire des attentats de Charlie. Mais ils étaient beaucoup plus réticents à l'idée de parler : ils disaient qu'ils manquaient de recul et ils avaient la crainte d'un nouvel attentat. Le gouvernement avait peur de paraître en décalage. Antoine Vitkine et moi avons réussi à les convaincre de parler en les rassurant sur ce point. On voulait qu'ils nous racontent comment ils avaient vécu ces événements, comment ils les avaient affrontés et pourquoi ils avaient pris telle ou telle décision. 

Vous a-t-on imposé des limites lors des interviews ?

Absolument pas. Certes, certains ministres n'ont pas voulu répondre à quelques unes de nos questions. Par exemple, Jean-Yves Le Drian n'a pas voulu répondre à propos des renseignements dont ils disposaient en janvier, ou encore à propos de la collaboration avec les Etats-Unis qui ont réalisé des frappes au Yemen après les attentats de Charlie Hebdo. Mais, au final, Hollande nous a donné cette information.
 

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