A Chenevelles dans la Vienne, première marche des fiertés rurales organisée en France

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Écrit par Yann Salaün

C'est dans ce village d'à peine 500 âmes que le maire Cyril Cibert et l'association "Stop Homophobie" ont décidé d'organiser cette "Gay Pride agricole". Une façon d'affirmer que l'homosexualité doit aussi s'afficher sans complexes loin des grandes villes.

S'il avait été encore de ce monde, nul doute que Jacques Tiffeau aurait participé à la fête. Jacques Tiffeau, c'est ce célèbre créateur de mode des années 60, inventeur de la mini-jupe, amant de Christian Dior, né en octobre 1927... à Chenevelles. C'est qu'à cette époque on ne devait pas beaucoup parlé homosexualité dans ce petit village de la Vienne. Les choses ont bien changé.

C'est que depuis mai 2020, c'est Cyril Cibert qui préside aux destinées de la bourgade. Un édile qui n'a jamais caché son orientation sexuelle. "Même si aujourd’hui, c’est plus facile qu’à mon époque quand j’étais adolescent, parce qu’aujourd’hui on a par exemple le mariage pour tous, les choses ont avancé mais on a encore beaucoup de jeunes pour qui c’est difficile en milieu rural", explique le Radical de gauche, "alors si nous on peut faire avancer les choses, les accompagner et les aider, le pari sera gagné. Tous les grands sujets de société ne sont pas réservés aux urbains et je remercie l’ensemble de mon conseil municipal qui a dit banco et l’ensemble des habitants".

Ardent défenseur du mariage pour tous en son temps, c'est, ce matin, avec la signature d'une charte de l’inclusion avec l’Association des maires ruraux de France qu'il a inauguré cette grande journée festive et inédite en France.

Par cette charte, les maires ruraux représentés par Dominique Chappuit s'engagent à former les personnels municipaux et désignés un membre du conseil municipal qui deviendra référent et interlocuteur privilégié des personnes LGBT mais pas seulement, pour répondre à leurs questions, même après 17 heures et la fermeture des bureaux.

"Il faut pouvoir accueillir toute personne, en grande majorité des femmes qui ont des difficultés avec leur conjoint mais aussi des personnes LGBT en difficulté et qui ont besoin d'être accompagnées dans les démarches et les aider à sortir de leur enfer", explique la vice-présidente de l'association des maires ruraux de France, "en milieu rural, on se rend compte que les gens n'osent pas toujours aller frapper aux portes des associations en ville. Ce dispositif offre une certaine discrétion".

Mais bien sûr, c'est avant tout pour faire la fête que près de 400 personnes s'étaient retrouvées à Chenevelles. Et ça on le doit à l'association "Stop Homophobie" et à son avocat Etienne Deshoulières qui habite dans un village tout proche. "Le premier objectif, c’est effectivement la visibilité", s'enthousiaste le juriste, "Il y a moins de personnes LGBT en milieu rural, se retrouver, c’est plus difficile et on voulait organiser un événement qui nous permettait de nous rassembler. C’est une réussite au-delà de nos espérances".

En guest star ou plutôt en parrain de cette première marche, c'est un agriculteur bien connu de la petite lucarne qui avait fait le déplacement. Les habitués de l'émission "L'amour est dans le pré" se souviennent évidemment tous de Mathieu.

"On se fait toute une histoire d’un coming out en pensant que les gens ne l’acceptent pas, mais la preuve en est aujourd’hui, le village est avec nous, le maire est ouvertement gay", constate l'éleveur de chevaux, "en fait, les campagnes sont beaucoup plus ouvertes que ce qu’on pense. Mettre une lumière sur cette ouverture qui est belle, c’est extraordinaire. Quand on m’a proposé d’être parrain de la marche, j’ai tout de suite accepté. Moi, je me sers de cette popularité que cette émission m’a donnée pour parler des problèmes des personnes LGBT. Des gens nous disent souvent "arrêtez les garçons de vous exposer, pour vivre heureux, vivez cachés", mais moi je pense que ce n’est pas dans un bunker qu’on gagne une guerre".

C'est donc à pied, en vélo, en famille ou dans des remorques de tracteurs que la procession est partie sur les routes de campagne. C'était bigarré, joyeux avec une ambiance bon enfant. Pourtant, on le sait, l'homophobie reste un mal persistant dans l'Hexagone. La dernière polémique concernant les propos de la ministre Caroline Cayeux était dans bien des esprits.

"Les propos qui ont été tenus par une ministre il n’y a pas très longtemps en parlant de "ces gens-là", c’est vraiment déplorable", déclarait l'ex-députée Lrem Laurence Vanceune-Brock dans le défilé, "et comme d’autres parlementaires et d’autres ministres, je pense qu’il serait plus judicieux pour cette personne de quitter le gouvernement".

"J’ai pensé qu’il était pertinent d’y répondre avec une réponse positive, de faire en sorte que cette marche des fiertés rurales soit une réussite absolue, une réussite au nom du droit à la différence tout simplement", ajoutait Joël Giraud, ex-ministre de la cohésion des territoires.

Mais foin des polémiques. La fête ne faisait que commencer à Chenevelles, premier village de France à organiser une marche pour le droit à la différence. Le combat continue... en dansant jusqu'au bout de la nuit.

Notre reportage

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A Chenevelles dans la Vienne, première marche des fiertés rurales organisée en France. ©S. Marty / S. Bourin / N. Colombeau - France Télévisions