La vie après le cancer aux thermes de La Roche-Posay

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Écrit par Yann Salaün
Un peu de maquillage pour retrouver le sourire et l'envie de se faire belle pour Pauline après son cancer du sein.
Un peu de maquillage pour retrouver le sourire et l'envie de se faire belle pour Pauline après son cancer du sein. © S.Bourin-France Télévisions

Le centre thermal de la Vienne est un des seuls en France à proposer des cures post-cancer. Des soins thérapeutiques mais aussi des ateliers de maquillage et de portrait photographique pour retrouver confiance et estime de soi.

Bien sûr, d'abord, il a fallu vaincre la maladie. Il a aussi fallu mettre des mots sur la douleur et endurer d'interminables et pénibles séances de traitement. Le corps n'en est pas sorti indemne, la peau et les cheveux ont souffert. Et puis il y a le regard des autres et surtout son propre regard. La bataille a été longue et parfois insoutenable psychologiquement. Pendant de long mois, la vie s'est arrêtée et l'esprit s'est concentré sur ce protocole de soins qui semblait sans fin.

Pour Pauline, cela avait commencé en mars 2020 après son diagnostic du cancer du sein. Cela semble une éternité quand on la voit aujourd'hui le sourire jusqu'aux oreilles devant le miroir. Docile et consentante, ce jour-là, elle offre son visage de "Betty Boop" aux mains expertes de Carine Larcher, maquilleuse au Pavillon Rose de La Roche-Posay. "Je ne me maquillais plus. On s’oublie un petit peu à ce moment-là", explique la jeune curiste, "là ça me donne vraiment envie de me re-maquiller malgré le port du masque. Ça me fait plaisir ! Je me dis que je suis belle et que j’aime bien l’image que me renvoie le miroir. Ca faisait longtemps et ça fait du bien.  C’est bon pour l’estime de soi. C’est valorisant de retrouver ce côté féminin et de prendre soin de soi et qu’on prenne soin de nous !"

"Une victoire sur elles-mêmes"

Ces visages radieux, Carine les sublime tout en délicatesse avec ses pinceaux. Les conseils qu'elle prodigue sont ceux d'une professionnelle du maquillage, mais, évidemment, l'important est ailleurs. "A un moment donné, on se dit « je ne suis plus la même », mais de toute façon on n’est jamais plus la même quand on a vécu ses expériences mais il y a une forme de résilience", constate la maquilleuse, "ce n’est pas pour autant que c’est moins bien, pas pour autant qu’on n’est pas jolie. Ici on ré-harmonise et c’est le rôle du maquillage en fait. C’est une des motivations permanentes de ces ateliers. Il y a un retour sur investissement immédiat et ça fait du bien à tout le monde".

La peau a parfois été abimée. Cils et cheveux n'ont pas résisté aux chimiothérapies. Mais même si la maladie semble avoir abdiqué, la bataille n'est pas fini, loin s'en faut. "Les femmes quand elles reviennent sur leur deuxième ou leur troisième cure, ce qui est surprenant, c’est que souvent elles reviennent sur des cheveux courts", poursuit Carine, "elles se sont découvertes et la maladie et ses effets secondaires leur ont permis d’oser des choses qu’elles n’auraient pas osé faire. On est dans l’explosion de la combattante avec la victoire au bout qui est une victoire sur elles-mêmes. Je l’ai fait et je me mérite, je mérite que je prenne soin de moi et qu’on prenne soin de moi et ça, c’est ce qu’on voit sur tous leurs visages".

"Au-delà de l'apparence"

Klava a fini son traitement il y a quatre mois. Ses cheveux ont repoussé, un peu plus poivre et sel, un peu moins long. Comme pour beaucoup, cette chute capillaire avait été traumatisante. "Pour les sourcils, j’avais été voir une esthéticienne qui m’avait fait un tatouage permanent. J’avais fait ça justement pour continuer à ressembler à quelque chose", se souvient-t-elle, "au début, on se maquille un peu mais après quand les cils tombent, on arrête de se maquiller parce qu’on a peur que ça coule et que ça tombe dans les yeux. On ne se regarde plus pareil, on prend des habitudes… On met son turban, on ne met pas forcément sa perruque parce que la perruque, ça gratte, quand il fait chaud, c’est gênant".

Les souvenirs sont encore prégnants mais elle aussi arbore un sourire éclatant. Cette parenthèse thermale, c'est de toute évidence du baume au coeur après ces moments si difficiles. "Quand on a les traitements, les jours passent les uns après les autres, c’est toujours la même chose, on attend le taxi, on revient à la maison, on traîne, on marche un peu, cela dépend dans quel état on est, mais c’est vrai qu’on ne prend plus le temps de se maquiller, de se pomponner", confesse Klava, "mais là, ça revient, la cure m’a fait du bien, je me sens mieux et j’ai envie d’être bien… et belle !"

Pour immortaliser cette nouvelle page qui s'ouvre dans sa vie, Klava se prête au jeu devant l'objectif de Nathou Dupont-Manoury. C'est la présidente de l'association "Vers de nouveaux regards" qui, depuis trois ans, propose aux curistes de se faire tirer le portrait. "Ayant été moi-même curiste il y a des années pour de l’eczéma, je sais quelle est la difficulté du regard de l’autre", témoigne la photographe, "sur La Roche-Posay, les curistes qui sont là rencontrent d’autres personnes qui sont dans le même cas qu’eux et du coup, on est bien à La Roche-Posay parce que les autres sont comme nous. Rentrer chez soi et de nouveau retrouver le regard des autres, ça peut être violent. A travers l’association « vers de nouveaux regards »,  on se réapproprie son image et qui on est réellement, au-delà de l’apparence et ça, c’est important".

Depuis 2008, plus de 17 000 personnes ont bénéficié du programme thermal post-cancer de Laroche-Posay. Klava ne vous en dira que du bien mais exprime un seul regret avant de partir : "J’aurais préféré que mon mari ne me pousse pas à laisser pousser mes cheveux parce que je trouve que la tête bien rasée, c’est pas mal sexy quand même !"

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